CHAPITRÉ V
LA VALLÉE DE L'OTTAWA AU XVIIle SIÈCLE.
E lecteur se demandera, peut-être, pourquoi les voyageurs prenaient la route de l'Ottawa, de préférence à celle des Grands Lacs, dans leurs expéditions vers l'ouest. Il y a pour cela plusieurs raisons : la première, parce que le lac Ontario resta longtemps en possession des Iroquois ; la seconde, parcequela route de l'Ottawa est, de beaucoup, la plus directe, et la plus courte ; la troissièm, enfin, parceque il n'était guère possible d'affronter, dans de frêles canots d'écorce, les puissants rapides du Saint-Laurent et les vagues de ces lacs immenses, aussi agités que l'Océan.
Nous ne savons, dans tout le dix-septième siècle, que MM. de la Salle et DoUier, et, plus tard, la flotte de M. de Courcelles qui se soient aventurés dans ces parages.
Au dix-huitième siècle, les Grands Lacs furent plus fréquentés, mais l'Ottawa n'en demeura pas moins le chemin favori des voyageurs. Nous avons peu de choses à dire sur le compte de notre vallée, à cette époque. Autant le dix-septième siècle était riche en documents, autant le dix-huitième en est dépourvu. A peine trouvons-nous, çà et là, quelques notes éparses dans les récits des contemporains.
Commençons, tout d'abord, par donner la liste des missionnaires de l'ouest, dont il nous a été possible de retrouver les noms :
Le Père Nicolas Potier, jésuite. Chez les Outaouais, en 1684.
Le Père Jacques Gravier, jésuite. Chez les Outaouais, en 1688. Chez les Illinois, en 1700. Tué par les sauvages, en 17 10.
Le Père Charles Avenau, jésuite. Chez les Miamis, en 1708.
Le Père Gabriel Marest, jésuite. A la baie d'Hudson, puis aux Illinois, 1700 à 171 2.
Le Père Charles Breslay, sulpicien. Chez les Algonquins et les Nipissiriniens de l'île aux Tourtes. Il y bâtit une église et un presbytère, et il y établit un prêtre déservant, M. Elie Duperet, en 1723.
Le Père Nicolas Constantin de Lhalle, récollet. Aumônier du fort Pontchartrain, au Détroit. Fut tué par les Outaouais en guerre avec les Miamis, en 1706.
Le Père Laurent Vatin, récollet. Massacré, en 17 13, par les sauvages Renards et Sioux.
Le Père Jean Chardon, jésuite. Chez les Outaouais, en 1721.
Le Père Dominique de la Marche, récollet. Successeur du Père de Lhalle au Détroit. Retourna en France en 1733.
Le Père J.-B. Saint-Pé, jésuite. Missionnaire aux Illinois de 1724 à 1734.
Les Pères de Kérében, de Beaubois, et Guimonneau, jésuites. Sur le Mississipi, en 172 1.
Les Pères Doutreleau, du Poisson, Sonel et Sénal, jésuites. Aux Illinois et dans l'Arkansas, de 1729 à 1730.
Le Père Bonaventure Léonard, récollet. Succéda au Père de la Marche au Détroit, mort en 1741.
Le Père François Picquet, sulpicien. Arrivé en 1734. Fut longtemps missionnaire. Retourné en France par la Louisiane, en 1760.
Le Père Luc de Jaunay, jésuite. Aux Illinois et au Détroit, en 1738 à 1754.
Le Père Aunoux, récollet. Massacré par les Sioux, près du lac des Bois, en 1739.
Le Père Pierre Potier, jésuite. Arrivé en 1742. Missionnaire aux Illinois.
Le Père Nicolas Laurent. Envoyé par le Séminaire de Québec aux missions de Sainte-Anne et de la Sainte-Famille, de Casquias, Mississipi, 1750. Mort en 1758.
Le Père François Forg-et du Verger, arrivé en Canada en T749. Envoyé par le séminaire de Québec à la même mission en 1754. Envoyé de nouveau pour succéder au Père Laurent en 1759 En fut le dernier missionnaire.
A partir de la conquête du Canada par les Ang-lais, les Jésuites et les Récollets, ne pouvant se recruter, disparurent. Les missions subirent le même sort. La mission de Détroit subsista néanmoins. Elle donna même un évêque à Québec, l'illustre Mgr J. F. Hubert. Le choix de Mgr d'Esg"lis, qui le prit pour son coadjuteur, l'enleva à ses chers sauvages, en 1784.
Citons encore quelques noms :
Pierre Gibault, missionnaire et vicaire général aux Illinois, de 1768 à 1775. Parti pour visiter un poste de Hurons sur le Mississipi, en 1777.
François-Xavier Dufaux, missionnaire et vicaire général au Détroit, jusqu'à sa mort en 1796. Inhumé à Sandwich Ontario.
François Ciquart, sulpicien au Détroit, en 1799.
J.-B. Marchand, sulpicien, à Sandwich, de 1796 à 1825.
Edmond Burke, missionnaire et vicaire général du Haut- Canada, à partir de 1795. Sacré vicaire apostolique de la Nouvelle-Ecosse, à Québec, en 1818, mort en 1820.
Ledru, dominicain. Missionnaire à Michillimackinac, en 1794.
L. J. Louis Desjardins, émigré français en 1793. Missionnaire au Niagara, la même année. Retourné en France en 1802, vicaire g-énéral de Paris, où il mourut en 1833.
Félix Catien, vicaire au Détroit. *
Cette liste est incomplète et nous la donnons comme telle, nous y ajouterons plus tard d'autres noms. D'ailleurs il nous a été impossible de savoir combien de ces missionnaires ont pris le chemin de l'Ottawa. Il est certain qu'un grand nombre, surtout
* Extrait du répertoire général du clergé canadien de Mgr Tanguay.
dans les dernières années, dut passer par les Grands Lacs, qui étaient alors fréquentés par des bateaux et des navires. Quoiqu'il en soit, nos lecteurs, espérons-nous, seront heureux de trouver ici des noms glorieux dans notre histoire ecclésiastique. Arrivons à l'histoire de notre rivière.
De 1700 à 1755, l'Ottawa fut la voie favorite d'un très grand commerce qui s'étendait jusqu'à la vallée du Mississipi et au pied des Montagnes-Rocheuses. La guerre de la conquête, et, un peu plus tard, la guerre de l'indépendance américaine, ruinèrent, pour un temps, la traite, jusqu'à ce qu'elle se relevât plus puissante et mieux organisée.
La fondation du Détroit date du commencement du siècle. Antoine de la Mothe Cadillac, étant parti de Lachine, le 5 mai 1701, remonta l'Ottawa et la Mattawan, prit le lac Nipissing et la Rivière française ; puis, descendant par le lac Huron et la rivière Sainte-Claire, il arriva à un lieu qu'on appelait Détroit, le 24 juillet 1701. C'est sur la rive américaine qu'il fonda le poste célèbre, origine de la grande ville actuelle. La Mothe Cadillac amenait avec lui cinquante chasseurs et artisans, et cinquante soldats, sous les ordres du capitaine Alphonse Tonty et des lieutenants Dugué, Chacornacle et Marzac de Lobstrom. Deux prêtres les accompagnaient, un jésuite, le Père Le Vaillant, aumônier des troupes et un récollet, le Père de Lhalle, curé des colons.
Ce poste du Détroit prit immédiatement de l'importance. Il Il devint l'entrepôt de tout le commerce qui suivait la route des Grands Lacs ; tandis que Michillimackinac, plus à l'ouest, resta l'entrepôt du commerce qui préférait l'ancien chemin de l'Ottawa. * A la date de 1706, il est parlé d'un autre voyage officiel. "M. d'Aigremont, raconte M. de Catalogne, eut ordre de la cour de faire la visite et la revue de tous les postes des pays d'en haut, 1706. En montant, il passa par Cataracoui (Kingston) et les lacs ; et, de Michillimackinac, descendit par la grande rivière (l'Ottawa), et fut fort gracieusé de toutes les Nations, et bien régalé de poisson blanc, qui est, selon lui, un mets des plus délicieux. " t
* Benj. Suite. Les Totityt Catalogne. 71. 2.
A la suite d'une discussion qui s'éleva au sujet des limites des possessions françaises et anglaises, sur le versant de la baie d'Hudson, Louis XV ordonna au gouverneur de Québec de continuer de regarder comme lui appartenant le poste du Temiscamingue avec le territoire arrosé par les eaux qui se dirigent vers le fleuve Saint-Laurent, 1725. C'était fixer la hauteur des terres pour nos frontières. J
Pour la dernière fois, en 1728, l'Ottawa fut témoin d'une grande expédition militaire. Monsieur de Beauharnois, s'étant résolu à détruire les restes de la tribu des Outagamis qui infestaient nos postes avancés du Michigan, chargea M. Ligneris de cette entreprise. Cet officier partit de Montréal, au commencement du mois de juin, à la tête de quatre cent cinquante Canadiens, et remonta l'Ottawa jusqu'au lac Nipissing. Sept à huit cents sauvages auxiliaires vinrent là se joindre à lui, et ils descendirent, tous ensemble, la rivière Française, jusqu'au lac Huron. Les Grands Lacs furent traversés sans encombre, et le 13 ou 14 août, deux mois et neuf jours après son départ, le corps expéditionnaire campa dans un espèce de marécage, à l'extrémité sud du lac Michigan, qu'on appelait Chicago, et sur lequel s'élève aujourd'hui la reine de l'Ouest.
Ce fut, disons-nous, la dernière expédition militaire par l'Ottawa, car déjà l'on pensait à construire une flotte sur les Grands Lacs. L'année suivante, 30 avril 1729, M. Sillery écrit au ministre : " M. le général Beauharnois, m'ayant fait entendre qu'il était nécessaire de faire construire à Montréal, cinquante bateaux, en forme de canots, pour contenir sept hommes, deux mois de vivres, avec une réserve du port de six cents livres, je les ai ordonnés et je compte qu'il y en a plus de la moitié de faits. Il pense qu'à l'avenir on doit naviguer par les lacs et quitter l'ancienne route de la rivière des Outaouacs, à laquelle on ne peut aller qu'avec des canots d'écorce, qui coûtent beaucoup et se trouvent hors de service après le voyage, et avec lesquels partie des choses naufragent dans les rapides." ||
î Rapport sur les limites française, 1880, p. 130. Il Corresp. gouv. fran. 3e série XI, p. 22-23.
Le 15 octobre de l'année suivante 1730, M. de Beauharnois et l'intendant Hocquart écrivaient au ministre : "Le fort Temiscaming-ue a été remis par le sieur de la Gorgendière, qui prétend avoir fait des dépenses considérables, pendant son année de jouissance, en présents qu'il fit faire aux sauvages des différentes nations des environs de son poste, pour les attirer, et aussi dans les avances qu'il leur a faites, suivant l'usag-e ordinaire des traiteurs. Comme une année, ou même deux années d'exploitation ne donnent aucune chance de profit, on demande qu'il soit exempt du paiemeet de deux cents livres de marchandises qu'il a achetées des magasins du Roi. " **
L'année suivante, 173 1, le grand explorateur le Vérandrye passait par l'Ottawa, en route pour les prairies du Nord-Ouest. On a prétendu qu'il a suivi le bord de la rivière, à cheval. Cet exploit semble incroyable, puisque la forêt vierge couvrait alors le pays. En 1733, l'arpenteur Normandîtî explore la hauteur des terres et en fait la carte que l'on suit encore aujourd'hui. En 1734, l'intendant Hocquart informé, par des voyageurs, de la découverte d'une mine de plomb au fcac des Chats, y envoie l'arpenteur Boisclerc avec des instructions dont voici le résumé : "M. Boisclerc partira le 12 ou 15 du mois prochain, en canot d'écorce, avec le nombre d'hommes nécessaires pour aller au lieu de la mine. Comme la veine s'étend sous l'eau, paraît-il, il examinera les lieux d'alentour pour voir s'il ne trouvera pas de veines plus propices. Il amènera avec lui le sieur Guillet qui part pour le Témiscamingue, et qui a quelque connaissance de la situation de la dite mine. Le sieur Boisclerc dressera un procès-verbal de tout ce qui peut intéresser, par rapport à la dite mine. Il marquera également le nombre et la longueur des portages, depuis Montréal, à ce point. Il emmènera avec lui le sieur de Fonblanche qui a connaissance de cette mine et d'une autre dans le voisinage, qui peut être du cuivre. Il fera des épreuves sur le lieu même de la qualité du plomb : il rapportera avec lui à Montréal au moins trente à cinquante livres de mine. Ce sont deux sauvag'es Nipissings qui ont révélé l'existence de cette mine. Il serait bon que le sieur de Boisclerc les eût avec lui. L'importance de cette découverte se
** Lindsay : Rapport, (anglais,) sur les Limites, p. 198.
fait assez sentir et nous sommes persuadé que le sieur de Boisclerc ne néglig^era rien pour l'exécution de la présente instruction ; nous le lui recommandons. Fait à Montréal le 22 juillet 1734, par Hocquart."
Quelques années plus tard, 1739, débarquèrent à Québec les sieurs Forster, père et fils, mineurs allemands aux gages du roi de France, Ils parcoururent tout le Canada, du lac Supérieur à la baie Saint-Paul, à la recherche des mines de cuivre, et autres. L'intendant Hocquart qui avait sollicité leurs services, leur procura toutes les facilités désirables pour exécuter des explorations fructueuses. Les mines de cuivre du lac Supérieur étaient connues depuis longtemps. Les MM. Forster en découvrirent d'autres au lac Nipissing-, où ils indiquèrent cinq ou six filons avantageux. A la roche Capitaine, sur l'Ottawa, et aux Chaudières, ils en signalèrent de nouvelles.
En 1752, le poste des Deux-Montagnes avait pour commandant le chevalier de Benoist. *
A la même époque, le navigateur Bougainville écrivait, de cette seigneurie des Sulpiciens : "Il peut y avoir ici deux cent cinquante sauvages, Nipissings, Algonquins et Iroquois. Il n'y a ni commandant français, ni garnison. Le commerce est affermé par les prêtres pour neuf ans. Il en sort, année commune, cent cinquante paquets " de fourrures", f
Y avait-il, oui ou non un commandant français aux Deux Montagnes ? Les deux témoignages se contredisent, et nous restons dans le doute. La chose, du reste, ne vaut pas la peine qu'on l'éclaircisse. Quant aux sauvages d'Oka, ils sont les seuls dont les statistiques de l'époque fassent mention, dans la vallée de l'Ottawa. Sans doute, ils passaient une partie de leur temps à chasser dans les forêts, et ils revenaient, ensuite, au village, à la belle saison, pour vendre les fourrures qu'ils rapportaient.
Le même Bougainville, écrivait en date de 1759 : " De Montréal à Michillimackinac, il y a trois cents lieues, passant par
* Daniel, gr. fa. 80.
t Bougainville : Notice Historique sur les Sauvages.
la Grande-Rivière. II y monte, chaque année, quatre-vingts canots d'écorce, de six à sept cents hommes. *
En 1788- 1789, il est fait mention d'arpentag-e en cours d'exécution sur la Grande-Rivière.
En 1793, le géomètre Peachy arpente les terres depuis Carillon jusqu'à Repentigny, sur l'Ottawa, t
Tels sont les principaux documents historiques que nous avons recueillis sur notre rivière, au dix-septième siècle. Notons maintenant les premiers essais de colonisation qui s'y firent.
Les premières concessions de seigneuries, sur la rivière Ottawa, datent de 1674. Le 27 novembre 1674, la compagnie des Indes occidentales donnait et accordait à M. Prévôt, major à Québec, une concession de la continuation de terre non concédée, au lieu de la Pointe à l'Orignal, au-dessus de Montréal, de l'étendue de deux lieues de front, sur deux lieues de profondeur, avec droit de pêch-^î, chasse et traite avec les sauvages, et propriété des lacs et rivières, mines et minières qui s'y trouvent ; pour, par lui, ses hoirs et ayant cause, jouir, à perpétuité, de la dite concession, propriété et seigneurie, sans justice ; à la charge, par lui et ses successeurs, de la foi et hommage qu'ils seront tenus de rendre, à chaque mutation de possesseur, au château Saint-Louis à Québec, avec un écu d'or qui sera payé en rendant le dit hommage, dont il sera expédié acte, et encore à la charge et condition que le sieur Prévôt fera incessamment faire le défrichement des terres de la dite concession. J
La concession de la seigneurie de la Petite-Nation à Mgr. de Laval, porte la même date 1674 : "Concession d'une pièce de terre de cinq lieues de face, sur cinq de profondeur, sur la grande rivière Saint-Laurent, à environ quarante-cinq lieues de Montréal, à partir de la chute des Chaudières, appelée communément
* Bougainville, p. 44.
t Rapp. commissaires des terres, 1856, p. 234-5.
î Titres de la seigneurie de la Pointe à l'Orignal, Ont. Ces titres précieux dont nous n'avons point trouvé d'extraits dans le Recueil des titres seigneuriaux, ont été gracieusement mis à notre disposition par M. Higginson, registrateur du comté de Prescott.
Petite-Nation, en descendant la rivière qui sert de route aux Indiens Outaouais". Les erreurs g-rossières dont fourmille ce document, aussi bien que les sig-natures qui y sont apposées, indiquent bien qu'il fut rédigé en France, loin des lieux. L'évêque était tenu de faire un défrichement dans les quatre années, à moins qu'il n'en fut empêché par la guerre ou autre cause légitime, comme il arriva en effet.
Cette seigneurie passa en possession du séminaire de Québec, et fut vendue, plus tard, à la famille Papineau.
A la date du 7 juin 1680, l'intendant Duchesneau fit, à Charles-Joseph d'Ailleboust des Musseaux, une promesse par écrit ; et en 1682, 15 juin, le comte de Frontenac signa le titre régulier de concession de la seigneurie d'Argenteuil, à laquelle appartenait l'île de Carion, " Carillon ".
En 1722, Madame d'Argenteuil fit une déclaration expliquant que si elle n'avait pas env^oyé de colons sur sa seigneurie, c'était en vertu de la défense qui était faite d'établir des colons sur l'Ottawa, au-dessus de Montréal. " Les deux seigneuries sus nommées étaient dans le même cas". En conséquence elle demandait la confirmation de sa concession ; ce qui lui fut accordé.
La fille de cette dame épousa l'illustre navigateur Lapérouse.
En 1717, concession fut faite aux prêtres de Saint-Sulpice de la seigneurie des Deux-Montagnes. On pense qu'elle fut immédiatement mise en culture. Ce serait donc la première terre défrichée sur l'Ottawa.
En date du 23 octobre 1702, concession fut accordée à messire Philippe de Rigault, chevalier de Vaudreuil, chevalier de l'ordre militaire de Saint-Louis, capitaine des vaisseaux du roi, gouverneur de Montréal et de ses dépendances, de la seigneurie de Vaudreuil.
En 1732, concession "à Pierre Rigaud, écuyer, seigneur de Cavaigniol, major des compagnies des troupes du détachement de la marine en cé pays, et à Pierre-François Rigaud, capitaine d'une des dites compagnies, d'un terrain situé le long de la Grande- Rivière, en tirant sur le Long-Saut, mesurant trois lieues de front
sur trois lieues de profondeur, sous le nom de Rigaud, joignant la seigneurie de feu M. le marquis de Vaudreuil, leur père. *
Telles sont les concessions de terre faites sur la rivière Ottawa, sous la domination française.
Avant d'aller plus loin, il convient de chercher l'origine de deux noms fort anciens : ceux de la pointe Mondion et de la rivière Gatineau. Nous tirons ce que nous allons dire, comme tout le reste d'ailleurs, des notes de M. Benjamin Suite.
La pointe Mondion est une pointe de terre, sur l'Ottawa, qui se trouve dans le canton actuel d'Onslow, un peu au-dessus de la chute des Chats. Elle est connue sous ce nom depuis cent ans et plus. Quelle est l'origine de ce nom ? Nous le voyons mentionné trois fois dans nos annales. En 1694, un lieutenant de marine réformé, maintenu dans les rôles des officiers servant au Canada ; en 1699, un M. de Mondion, officier de mérite, recommandé pour de l'avancement, par le gouverneur général ; enfin, un troisième de Mondion, enseigne des troupes, enterré à Québec en 1702 à l'âge de 38 ans.
Quant k la Gatineau, elle a évidemment pris son nom d'un des membres de la famille Gatineau, aujourd'hui éteinte.
Nicolas Gatineau dit Duplessis arriva au pays en 1649. Il fut greffier des Cent-Associés, aussi notaire et greffier de la Cour, aux Trois-Rivières et à Montréal. Après deux ans de résidence aux Trois-Rivières, il passa, en 1651, de l'autre côté du Saint-Maurice et s'établit au Cap de la Magdeleine, dans un village d'Algonquins. II épousa la sœur de Pierre Boucher, seigneur de Boucherville. La Magdeleine était un grand marché des sauvages qui, par peur des Iroquois, descendaient aux Trois-Rivières par le Saint-Maurice et la Gatineau. Gatineau lui-même était un fameux traitant. La dernière fois que nous trouvons son nom dans les registres porte la date 1681. On n'a point son acte de décès. Peut-être se noya-t-il en voyage dans la Gatineau, qui prit son nom.
Il laissa trois fils : Nicolas qui s'illustra contre les Anglais ; Jean, seigneur de Gatineau près de Machiche, traitant au
* Titres seigneuriaux.
Détroit, mort en 1750, aux Trois-Rivières ; Louis, seigneur de Sainte-Marie, comté de Champlain, mort au même lieu. Ce dernier seul laissa un fils, lequel ne se maria point. Cette famille est donc éteinte, t
De toutes ces concessions on peut dire que, pendant la durée du dix-huitième siècle, les seig-neuries des Deux-Montagnes et de Vaudreuil commençèrent seules à être colonisées.
La guerre contre les Anglais et la conquête arrêtèrent l'expansion des Canadiens vers l'ouest.
Avec cet instinct des races cherchant leur salut, instinct qui touche au génie, les Canadiens comprirent qu'ils devaient se tenir groupés et concentrés dans leurs vieilles paroisses du Saint- Laurent, à l'ombre de leurs clochers et sous la conduite de leurs prêtres. Ils firent pendant longtemps semblant d'y dormir. Mais la population dont la densité s'accroissait régulièrement, ne tarda pas à couvrir la grande vallée et à s'en faire un fort inexpugnable.
Elle s'étendait d'abord de proche en proche, comme une tache d'huile. Ce ne fut qu'au siècle suivant, que, se trouvant trop à l'étroit, elle déborda comme un torrent et créa au loin des paroisses, à la grande surprise des étrangers.
La colonisation de la rivière Ottawa, dans notre province ecclésiastique, commença aux derniers jours du dix-huitième siècle. Mais comme elle ne se rattache à rien de ce que nous avons vu jusqu'ici, nous en ferons l'objet d'une étude distincte et du livre second de notre histoire.
Toutefois, nous ne pouvons terminer ce travail sur nos origines sans dire un mot des fameuses compagnies anglaises de traite qui accaparèrent si longtemps le commerce des fourrures dans nos régions.
t Nous donnons ailleurs l'histoire de l'orig-ine du fort Coulonge.