SAINT-FRANÇOIS DE SALES DE LA POINTE-GATIXEAU
Aux notions que nous possédons déjà sur les origines de la belle paroisse de la Gatineau, il convient d'ajouter ici quelques détails supplémentaires. Copions d'abord l'extrait suivant d'un article de M. Alphonse Lusignan sur ce village : " La première personne qui s'établit à la Pointe-Gatineau se nommait Pierre Papin. C'était un mécanicien ; il avait servi tour à tour sur le " Coco " et le " Wm. King-," deux bateaux qui faisaient le service entre le Long-Saut et Bytovvn. Il dressa sa tente à l'endroit où se trouve actuellement Martin Cullin, forgeron sur la Gatineau. Ceci se passait au commencement de mai, année 1830. Ainsi le villag-e fut fondé.
"Je dis fondé, car entre le commencement de ami et la fin de juillet de la même année, plusieurs colons vinrent s'établir ici. C'étaient : un boulang"er de Sorel, qui se nommait Ouimet, et qui se fixa à la place oii demeure Joseph Moreau, F.-X. Moreau, son domestique, à qui il dut céder sa terre après trois années de service ; Joseph Arcouette, qui prit la terre que possède aujourd'hui Dosithée Galipeau ; Antoine Devaux-Sanscartier, qui occupa la deuxième terre ; François Lorrain, de Saint-Martin ; Joseph Lafontaine, de la même paroisse ; Cabana, un vieux voyageur dont l'épouse se nommait Esther Trudeau ; Amable Cousineau, venant de Saint-Martin ; François Cyr, qui se plaça où l'on voit aujourd'hui la maison de Pierre Charrette ; un nommé Cochrane, où se trouvait plus tard Thomas McGoey.
" En ce temps-là, la rivière était bordée d'érables immenses. On les a abattus ou bien l'eau les a arrachés, je l'ignore ; mais il n'y en a plus, je le sais,
" Les gens que i'ai nommés étaient établis sur la Gatineau ; mais sur l'Ottawa, sur la gfrand'rivière, comme on disait encore, il y avait : Laurent Saint-Pierre, Languette Ouellet — je ne sais pas son nom de baptême, seulement ce sobriquet ; F.-X. Biais, un américain du nom de McGuffy ; Paul Lamothe ; Olivier Goyer ; Séraphin Goyer; un nommé Hurd, François Homier, puis Joseph Ménard, père de Gabriel Ménard qui vit au milieu de nous.
"Tels sont les noms des pionniers de notre paroisse.
" La première chapelle fut construite sur l'emplacement où demeure M. Adolphe Villeneuve, en 1838-39, par le R. M. Brady, qui fut le premier missionnaire de la Pointe et y séjourna deux ou ans. Il fut remplacé par M. Joseph Désautels, qui devint monsignor Désautels. Il venait d'Aylmer tous les trois dimanches pour desservir la paroisse. Il arriva ici en 1840, aussitôt que l'église fut bénite, et y resta six ans.".
Nous relèverons dans ces notes, une inexacitude. Le séjour de M. Brady à la Pointe-Gatineau fut fort court. Il demeura, au contraire, quelques temps au village des Chaudières, près du pont de Hull.
M. Désautels, d'Aylmer, desservit la Gatineau de 1840 à 1846. A cette époque, le P. Durocher qui avait fondé, à Hull, la chapelle dite des chantiers, le remplaça pour quelques mois. Enfin, le R. Joseph-Gaspard-Suzanne Ginguet fut nommé premier curé résidant de la Gatineau, le 10 février 1847.
Le 24 mai 1848, Mgr. Bourget à la demande de M. Ginguet, institua dans cette mission, la dévotion de la neuvaine de saint Antoine-de-Padoue.
" Le premier soin du nouveau curé, lisons-nous dans une note des archives, en arrivant dans sa paroisse, fut de transformer le misérable hangar qui servait de chapelle en une église convenable. Puis il bâtit un presbytère. Grâce à ses efforts et à son bon goût, l'église et le presbytère ont été terminés, et l'on peut dire qu'il eût été difficile d'obtenir davantage d'une congrégation pauvre et d'assez mauvaise réputation." La réputation des gens de la Gatineau était alors, en effet, peu enviable. Population de voyageurs et de draveurs, elle était d'humeur batailleuse et fort
indisciplinée. Ceux qui les connaissent affirment, néanmoins, que sous leur écorce un peu rude, les hommes de la Pointe ont un coeur généreux et plein de foi.
Une des premières visites de Mgr. Guig^ues, après son sacre, fut pour la Gatineau. Voici en quels termes il s'exprime sur cette mission : " L'établissement de la Gatineau a été érigé en paroisse, le 8 octobre 1840, par Mgr. Bourget, de Montréal. En 1848, cette paroisse comprenait cinq établissements : 1° la mission de la Gatineau, où se trouve le prêtre résidant : 140 familles catholiques et 50 familles protestantes ; le terrain est plan et très fertile ; 2° la Pêche ou Masham : 60 familles catholiques et 40 protestantes ; 3° la rivière la Blanche : 60 familles catholiques, 15 protestantes ; cet établissement n'a pas de chapelle ; 4° le lac Sainte-Marie : 18 familles catholiques, et une chapelle ; 5° la Visitation : 58 familles catholiques, 5 protestantes, yne chapelle. Ces trois derniers établissements ne reçoivent que deux fois l'an la visite du prêtre. Partout le prêtre est payé, excepté au lac Sainte-Marie et à la Visitation. Le terrain quoique montagneux est bon. Il y a trois écoles protestantes et pas une seule catholique. Catholiques et protestants sont dans le même état de fortune. J'ai fait la visite de la Gatineau, le 20 septembre 1848. Le Père Chevalier m'avait précédé de quelques jours pour préparer le peuple à cette grâce- Celui-ci a montré le plus grand empressement. Presque tous les fidèles se sont approchés des sacrements. J'ai fait renouveler la souscription pour le support du prêtre. Comme M. Wright n'a pas encore signé l'acte de donation du terrain de l'église, j'ai recommandé qu'on lui en fit, au plutôt, la demande. (Cet acte ne fut signé qu'en 1855.) J'ai enrôlé presque toute la population sous les bannières de la tempérance. Une congrégation de l'Immaculée Conception a été fondée, dans laquelle toutes les jeunes filles ont demandé à être admises. Enfin, j'ai donné ordre d'engager promptement des maîtres d'écoles, et d'en choisir un pour chanter à l'église."
Le 4 novembre 1853, Mgr. Guigues bénit une nouvelle cloche et le 28 juillet de l'année suivante, il érigea solennellement un nouveau chemin de croix. Nous ignorons la cause de cette seconde érection, après la première de 1840. Peut-être avait-on
acheté d'autres tableaux ; peut-être les grands travaux qui avaient renouvelé l'église, avaient-ils rendu cette bénédiction nécessaire.
On dit généralement qu'avec le temps les populations se calment et s'améliorent : ce fut le contraire qui arriva à la Gatineau. Un esprit d'insubordination s'empara de cette paroisse, La boisson, les disputes, et d'autres causes, sans doute, y produisirent les plus désastreux effets. Le 3 juillet 185g, Mgr. Guigues constatait avec douleur les désordes qui y régnaient. La moitié des fidèles n'allaient plus à la messe. Nous verrons, plus tard, à quels scandales un tel état de choses devait nécessairement aboutir.