‹ Histoire de la province ecclesiastique d'Ottawa et de la colonisation dans la vallée de l'OttawaChapitre 123 sur 277 · NOTRE-DAME DE LOURDES ET LES PÈLERINAGES · texte numérisé non relu

NOTRE-DAME DE LOURDES ET LES PÈLERINAGES

" En 1895, Sa Grandeur Mgr. l'archevêque d'Ottawa voulant donner un nouvel élan aux pèlerinages, remettait au Père directeur des pélérniages, une lettre pressante pour messieurs les curés des différentes paroisses de la ville, leur demandant de vouloir encourager cette dévotion. Ces messieurs répondirent avec joie à cet appel. Le 23 mai, fête de l'Ascension, un pèlerinage de toutes les paroisses canadiennes-françaises de la ville avait lieu sous la présidence de Mgr. Routhier, V.-G., en l'absence de Sa Grandeur, alors occupé à ses visites de paroisse. Près de 1800 personnes y répondirent, et plus de 1500 de ces pèlerins reçurent la sainte communion. Voici quel fut l'ordre des offices : Matin, 6% heures, messe pour les paroissiens de Notre-Dame de Lourdes ; 7 heures, messe pour les pèlerins de la cathédrale, au nombre d'environ 800, conduits par Mgr. Routhier ; 7^3 heures, messe pour les pèlerins de Sainte-Anne, 400, conduits par M. Beauchamp, curé ; 8 heures, messe pour les paroissiens de Saint-Jean-Baptiste et Saint-François d'Assise, dite par un Rév. Père dominicain, Saint-Jean-Baptiste a fourni environ 120 pèlerine», tandis que Saint-François d'Assise en a plus de 750. Ces derniers se font spécialement remarquer avec leurs nombreuses bannières, les décorations des Enfants-de-Marie et des sociétaires de Saint-Antoine de Padoue, des chants qui mettent un entrain vraiment admirable, surtout pendant la procession générale. A 9^^ heures, toutes les paroisses se réunissent à l'église. Après quelques mots pour diriger les intentions des pèlerins, les rangs se forment pour la procession. Celle-ci se fait autour de l'église et dans le cimetière. Au retour de la procession, vénération des reliques du Bienheureux de Montfort, et salut du Très-Saint-Sacrement.

Voici la liste des pèlerinages en ces dernières année*; :

19 mai.— Confrérie de Saint-Vincent de Paul du Sacré-Cœur (Ottawa).

23 mai. — Pèlerinage général.

24 mai. — Enfants des classes de Sainte-Anne.

6 octobre.— Confrérie de Saint-Vincent de Paul de Notre- Dame de Grâce (Hull).

14 mai. — Paroisse de Saint-François d'Assise. ^

17 mai. — Enfants de Marie de la cathédrale. -^

19 mai. — Pèlerinage pour obtenir la g-uérison d'une malade, une centaine de pèlerins.

31 mai. — Amis du sacré-Cœur (Sainte-Anne).

16 août. — Pèlerinage de Notre-Dame de Lourdes, avec une malade dont on veut obtenir la guèrison.

13 septembre. — Deuxième pèlerinage de la paroisse. 5 octobre. — Pèlerinage des hommes de la cathédrale.

II octobre.- — Pèlerinage des membres de la Saint- Vincent de Paul (Hull)."

SAINT-THOMAS d'aQUIN DE BILLING'S BRIDGE (AUTREFOIS GATEVILLE).

De même que Notre-Dame de Lourdes et Cyrville, la paroisse de Billing's Bridge, se trouve situé aux portes mêmes d'Ottawa.

Jusqu'en 1873, ^^^ fidèles de cette localité se considérèrent comme appartenant à la paroisse Saint-Joseph. Lorsque, à cette date, un prêtre résidant s'établit à Cyrville, Billing's Bridge, qui ne se trouve qu'à trois milles de ce village, fut inclu dans le territoire de la nouvelle paroisse. La messe fut dite, à de rares intervalles, dans la maison de campagne du Rév. Dr. O'Connor, puis chez M. Nelligan. Plus tard (1879) M. Magnan établit une mission régulière à Billing's. Chaque mois il vint célébrer la messe dans l'école publique qui se trouve sur le River Road.

Sous l'administration du Rév. M. Dacier, on songea enfin à bâtir une chapelle. L'idée première et le mérite en reviennent, de droit, à M. C. F. Street, ancien ministre protestant converti. Un jour, au sortir de l'office divin, il demanda la permission d'adresser la parole au public, et proposa de commencer à construire une église. La proposition plût, et, dès lors, M. Dacier se mit à visiter les familles dans le but de recueillir des billets promissoires et des souscriptions (1886).

Après plusieurs assemblées et de longues délibérations, le projet prit de la consistance, et rallia finalement tous les avis. Un

comité fut élu par les catholiques du lieu, avec mission de se transporter auprès de Mgr. l'archevêque, et de lui exposer les désirs de la congrégation, qui étaient de construire une église et d'avoir un prêtre.

Monseigneur accueillit avec bonheur ces ouvertures. Une assemblée de paroisse fut convoquée pour le mois de mai 1886. L'archevêque s'y rendit en personne, et put se convaincre que tous les catholiques étaient d'accord. Les arrangements préliminaires à l'établissement d'une paroisse furent pris, une souscription fut ouverte, et l'on acheta, pour la somme de deux mille sept cent soixante-neuf piastres, la maison de M. Street, et les trois acres de terre qui lui étaient attachés. Le presbytère était trouvé, il fallait maintenant songer à l'église. En face du presbytère et de l'autre côté de la route, un lopin de terre admirablement situé, fut acquis (juin 1886). Quelques jours plus tard, l'entrepreneur Charlebois, d'Ottawa, recevait le contrat pour une jolie petite église en bois, du prix de trois mille piastres. Les travaux furent poussés avec une telle activité pendant tout l'été, que, à la fin de l'année (décembre 1886) Mgr. Duhamel put procéder à la bénédiction solennelle du nouveau temple.

L'année suivante, 1887, un jeune prêtre, vicaire à Clarence Creek, M. Eugène Barry, fut nommé curé de Billing's Bridge. Tout prospérait à souhait, quand un malheureux événement vint plonger soudain dans le deuil une paroisse jusqu'alors si fortunée. Le 6 juin, les enfants de la première communion, au nombre treize, étaient réunis dans l'église, lorsque un affreux cyclone passa par le pays, rasant fermes et granges et renversant de fond en comble la pauvre église ; on eut bien de la peine à arracher au milieu des décombres les enfants tout meurtris ; une petite fille, Mary Ann McVeigh, périt dans cette catastrophe.

Ce coup pesa lourdement sur la petite paroisse dont beaucoup d'habitants avaient perdu leurs bâtiments et leurs récoltes. Pendant six mois, les offices furent célébrés dans une petite maison de bois appartenant à la fabrique, qui ne pouvait contenir que quelques personnes.

Toutefois, on ne perdit point courage. Grâce à l'énergie du

R. M. Barry, l'idée de recommencer les travaux prévalut dés le lendemain du sinistre. Le 21 juin 1888, une assemblée de paroisee fut tenue au presbytère, sous la présidence de Mgr. l'archevêque, et la reconstruction de l'église fut décidée. Dans le compte rendu de la séance, nous trouvons les résolutions suivantes : i'' M. J.-B. Bowes, architecte, sera chargé de la direction des travaux ; 2*^ Monseigneur veut bien procurer l'argent nécessaire pour les nouvelles dépenses, comme il l'a déjà fait pour les anciennes ; 3° les bancs, sous aucun prétexte, ne se vendront au-dessous de quatre piastres ; somme nécessaire pour payer les intérêts de la dette.

La nouvelle église qui, comme l'ancienne, coûta un peu plus de trois mille piastres, fut terminée au commencement de 1889, et bénite, en l'absence de monseigneur, par M. le grand-vicaire Routhier, administrateur du diocèse. C'est un petit édifice en bois, lambrissé de briques, d'une longueur de soixante-six pieds sur une largeur de quarante-cinq.

Le 22 décembre de la même année 1889, Mgr. l'archevêque bénit une cloche de six cents livres.

M. Barry étant parti pour les Etats-Unis, fut remplacé, 1er octobre 1891, par le Rév. M. Michel Boisseau, curé de la Chute aux Iroquois. M. Boisseau fut nommé, trois ans après, 6 octobre 1894, à la cure de Saint-Malachie, et eut pour successeur, à Billing's, le vicaire de Sainte-Anne d'Ottawa, M. Joseph-Alfred Myrand, qui occupe actuellement ce poste.

La paroisse de Saint-Thomas d'Aquin si éprouvée et accablée d'une lourde dette, possède une population chrétienne et généreuse. On peut espérer qu'un jour, la proximité des chars électriques aidant, des catholiques de la ville viendront s'établir dans la paroisse et l'aider à porter ses charges.

L'église est bien pourvue d'ornements, donnés à M. Barry par des gens charitables après l'accident de l'église. L'ostensoir, qui est magnifique, est un cadeau de monseigneur. Deux statues, celles de la sainte Vierge et de saint Thomas d'Aquin, sont dues à la générosité d'un vieux citoyen, M. Michael Judge. On doit également à ce catholique le chemin de la croix qui fut érigé le 13 janvier 1895. Un autre paroissien, M. John Maher a fait présent.

(1893) d'une belle statue du Sacré-Cœur. Enfin, dans le courant de 1895, le Rév. M. Myrand, par ses industries personnelles, a réussi à poser, sans augmenter la dette, une fournaise à air chaud qui rend l'ég-lise conlortable.

Une mission fut prêchée dans la paroisse, au commencement du carême de 1895, par le Rév. P. Alexis, capucin.

Saint-Thomas d'Aquin de Billing-'s Bridge ne compte actuellement que quatre-vingt-deux familles catholiques, dont quarantequatre irlandaises. Aussi une mission, celle d'Eastman's Springs, lui est-elle attachée. On dit la messe, alternativement chaque dimanche, dans l'une des deux églises. Le service religieux se fait dans les deux langues. Dans l'année 1896 des travaux considérables ont été entrepris parle Rév. M. Myrand : doubles châssis, autels de la Vierge et du Sacré-Cœur, statues de sainte Anne et de saint Antoine ; enfin décoration des vitraux, des voûtes et des murs, par le peintre Gadbois. Ces travaux ont occasionné de fortes dépenses payées par les souscriptions volontaires des personnes ci-dessous : Un ami, les dames de la paroisse, MM. J. Finn, veuve T. Cullen, P. J. Ryan, Mrs. O'Connor, G. Otterson, M. Lemire, J. Maher, F. Robert, D. McCarthy, Ed. Graham, Mrs. M. Judge, J. Lecuyer, F. Chartrand, J. Devau, J. Graham, J. J. Davy, M. Potvin,.P. Bacchus, A. Bêcher, J. McVeigh, Sr., W. McGrath, J. A. Lachance et M. le curé.

Depuis quelque temps, M. Myrand, s'étant assuré du concours d'un Père capucin, dit-on, fait dire la messe tous les dimanches à Billing's Bridge.

SAINT-LAURENT DE EASTMAN's SPRINGS.

La mission d'Eastman's Springs, sur le chemin de fer Canada Atlantique, est d'origine toute récente et remonte à peine à 1881. Auparavant, les rares familles du pays s'adressaient, pour leurs besoins spirituels, aux prêtres de l'église Saint-Joseph, à Ottawa.

Dès que la paroisse de Cyrville eut un curé, tout le pays d'alentour lui fut dévolu. C'est ainsi que les RR. MM. Lévesque, Guillaume, Magnan et Dacier devinrent successivement les missionnaires d'Eastman's Springs.

Ils disaient la messe dans des maisons privées, chez MM, Tierney, McLoug-hlin, Cameron, Fortier et Ménard, chez ce dernier surtout qui, pendant quatre années, se fit un honneur de transformer sa maison en chapelle et d'y offrir, en concurrence avec M. McCarthy, l'hospitalité à l'évêque et aux missionnaires.

Une première chapelle fut construite en 1875, sur le terrain de M. Moïse Charlebois et par une sing"ulière coïncidence, à un demi-arpent de l'église actuelle. Cette chapelle ne fut point terminée et ne servit jamais au culte. Six ans plus tard, M. Kelley, d'Ottawa, fit don de deux arpents de terre, mais comme Mgr. l'archevêque trouvait l'emplacement insuffisant, les catholiques, au nombre alors de trente familles, se cotisèrent et en achetèrent six autres, ce qui fit un total de huit arpents. La chapelle fut alors transportée sur le nouveau terrain paroissial et mise d'une façon précaire en état de servir au culte. Nous disons d'une façon précaire parceque prêtres et fidèles y gelaient littéralement. M. Magnan, alors curé de Cyrville, fit défricher les huit arpents de la fabrique et établit un cimetière. La chapelle, placée sous le vocable de saint Laurent, fut bénite par Mgr. Duhamel le 16 mai 1881. L'année suivante, l'évêque y fit la première visite pastorale. Voulant encourager lee généreux colons qui, dans leur pauvreté, avaient contribué pour trois cent cinquante piastres et par de nombreuses corvées à l'achat et à la mise en état du terrain et de la chapelle, n^onseigneur fit cadeau à la mission des ornements sacerdotaux. On eut recours également à la compagnie du Canada Atlantique qui voulut bien donner deux cents piastres.

A partir de cette époque, les colons commencèrent à affluer et à prendre des terres.

Lorsque, le ler octobre 1887, le Rév. M. Eugène Barry fut nommé premier curé de Billing's Bridge, la mission d'Eastman's Springs fut détaché de Cyrville et adjointe à Billing's. Depuis lors, les curés de Billing's, MM. Boisseau et Myrand, vont à Eastman's tous les quinze jours, soit en voiture soit par le chemin de fer.

Cependant, à mesure que la misssion grandissait, le besoin d'une chapelle plus vaste et plus convenable se faisait sentir

davantage. Dès le 13 juin 1891, monseig-neur, par sa note de visite pastorale, constatait l'existence dans la caisse de l'église de la jolie somme de onze cents piastres. Tout le monde était bien d'accord sur la nécessité de construire, malheureusement les rivalités locales qui ne font jamais défaut s'exerçaient sur l'emplacement à choisir.

Un événement extraordinaire a tranché enfin la question. Un riche et généreux catholique d'Ottawa, M. Warnock, fit don à Mgr. l'archevêque d'une terre de deux cents arpents dans la mission d'Eastman's. C'est sur cette terre, à un mille et demi environ de la station du chemin de fer, que monseigneur a fixé définitivement l'emplacement de l'église. Cette église est en bois et du prix de cinq mille piastre^. Commencée dans l'été de 1895, elle a été terminée et bénite le 17 février 1896 par Mgr. Routhier, administrateur du diocèse en l'absence de monseigneur. L'entrepreneur, M. Bourque, s'est réellement distingué dans ce travail qui ne laisse rien à désirer. L'église d'Eastman's Springs est à notre avis une des plus jolies chapelles du diocèse.

Deux missions ont été prêchées à Fastman's Spring : l'une en 1893, par le Rév. Père Pacifique, capucin, dans l'ancienne chapelle ; l'autre à partir du 23 février 1896, par le Rév. Père Alexis, du même ordre.

Il n'y a point de presbytère à Eastman's Springs, mais la sacristie a été aménagée de façon à fournir des appartements fort convenables à M. le curé. Les enfants catholiques vont à deux écoles : une séparée et l'autre qui, quoique publique, est dirigée par une institutrice catholique.

On compte actuellement dans la mission quatre-vingt-quinze familles, dont seize irlandaises.

Il est impossible de terminer cette notice sur Eastmau's sans rendre hommage au tact et au zèle du missionnaire actuel, M. l'abbé Myrand, qui a su rallier les esprits divisés et applanir des difficultés qui semblaient insurmontables.

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