‹ Histoire de la province ecclesiastique d'Ottawa et de la colonisation dans la vallée de l'OttawaChapitre 154 sur 277 · MISSION DE NOTRE-DAME DE LA GARDE · texte numérisé non relu

MISSION DE NOTRE-DAME DE LA GARDE

Le premier bief navigable sur la Lièvre ne se termine point à la Salette ; il se prolonge encore à cinq milles plus haut jusqu'au pied de la Grande-Chute (High-Falls) la plus haute cataracte du diocèse et l'un des pouvoirs d'eau les plus puissants du pays. De ça et de là on aperçoit sur la rive des quais en pilotis et les tramways par où descendaient jadis les wagonnets chargés de phosphate ; l'œil découvre au loin, sur les pics chauves, des villages qui semblent populeux. Hélas, les mines sont fermées, le silence et la mort ont succédé à l'agitation fébrile d'autrefois ; les quais pourrissent ; l'herbe couvre les lisses des tramways, et dans les villages déserts il ne reste plus même de gardiens.

De l'autre côté de la Grande-Chute, la Lièvre, parvenue au plateau supérieur de son bassin, roule pendant une dizaine de milles ses eaux rapides dans un lit régulier qu'aucun obstacle n'interrompt. Aussi y a-t-on placé un petit bateau pour le service des rares voyageurs qui fréquentent ces parages.

C'est une rude tâche pour les petits et vigoureux chevaux canadiens de remonter l'abrupte et glissant chemin de 15 milles qui mène de la Salette à Notre-Dame de la Garde. Pendant une dizaine de milles il faut contourner sans cesse d'énormes collines ou franchir des coulées argileuses. La terre est certainement fertile au fond des vallons, mais la montagne est si grosse et les vallons sont si étroits ! Enfin, dès qu'on atteint le plateau, à 4 ou 5 milles de la chapelle, le sol change de nature. A la place de la glaise on aperçoit un sable léger couleur de cendre et d'apparence stérile. Les pâturages sont maigres et poudreux. Les récoltes se réduisent à une avoine courte, un peu de sarrasin et de pommes de terre. En revanche, le chemin qui côtoie la rivière est

superbe. Les habitants semblent d'ailleurs s'inquiéter peu du succès des cultures, car tous sont bûcherons et vivent de la coupe des forêts, triste métier qui laisse trop de loisirs et qui n'enrichit que les grandes compagnies de Buckingham.

Sur la Lièvre, en effet, les habitants au lieu de travailler comme ouvriers, prennent volontiers des coupes, des jobs à leurs risques et périls, recevant des compagnies un prix fixé pour chaque billot qu'ils descendent à la rivière. Somme toute, bon an mal an ils ne s'enrichissent guère et ils ne font en général que végéter sur leurs terres abandonnées, tandis que l'agriculture pourrait leur procurer sinon l'aisance du moins la sécurité.

11 n'y a pas de village à Notre-Dame de la Garde, mais la chapelle y est placée sur le chemin public, au bord de l'eau, dans un site ravissant. Pendant que devant elle, sur l'autre rive, s'élève à plusieurs centaines de pieds, une montagne perpendiculaire, derrière, et de toutes parts, d'autres collines boisées l'enveloppent, ne lui laissant d'autre échappée, que le ciel et le cours sinueux de la rivière.

Cette mission fut rattachée en 1883 à Notre-Dame de la Salette, et a, depuis lors, été desservie par MM. Clerc et Richer.

En 1886, Mgr. Duhamel bénit une jolie statue de Notre- Dame de la Garde, patronne de la mission. Cette statue présente un étrange contraste avec l'apparence désolée de la chapelle.

En 1890, le Rév. M. Richer fit l'acquisition de l'ancienne cloche de Saint-André-Avellin. L'année suivante, il construisit un petit presbytère en bois près de l'église, dans lequel il peut se retirer et recevoir à l'aise les paroissiens qui viennent le consulter, chose toujours difficile dans des maisons d'habitants.

Cette même année (octobre 1891) eut lieu à Notre-Dame de la Garde, une retraite prêchée par le Rév. Père Ladislas, capucin. A cette occasion, une grande croix fut plantée au sommef de la montagne qui domine la chapelle. Tous les ans, à la même époque, les fidèles y vont faire un pieux pèlerinage.

La mission augmente peu, faute de terres. En 1878, elle comptait une cinquantaine de familles, elle en comprend aujour-

d'hui quatre-ving'ts. Ces quatre-vingts familles canadiennes ont peu de rapports avec les vingt ou trente familles allemandes protestantes établies dans les environs.

Un moment, en 1892, on crut que la population allait s'accroître. L'exploitation des mines de phosphate amena, cette année-là à Notre-Dame de la Garde,, une centaine de travailleurs, mais les travaux, après deux mois, furent abandonnés.

Une retraite a été prêchée à Notre-Dame de la Garde (octobre 1895) par le Rév. Père Alexis, capucin.

Nous avons la satisfaction d'apprendre qu'une nouvelle église bien convenable, va être incessamment construite. Déjà, Mgr. Routhier, vicaire-général, est allé faire les démarches nécessaires et choisir l'emplacement de l'édifice, le 7 septembre 1896.

Notre-Dame de la Garde est un lieu célèbre dans l'histoire' canadienne. C'est un peu en deçà de la chapelle actuelle que passèrent les missionnaires et les français qui partaient pour les pays d en haut, à l'époque de la guerre contre les iroquois, lorsque le passage des Chaudières était gardé par des bandes ennemies. Ils prenaient ensuite par le lac des Rats, le lac Rouge, le lac Croche, le lac du Poisson-Blanc, remontaient jusqu'auprès des sources de la rivière Coulonge, d'où ils redescendaient dans l'Ottawa supérieur après un long et pénible détour.

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