‹ Histoire de la province ecclesiastique d'Ottawa et de la colonisation dans la vallée de l'OttawaChapitre 156 sur 277 · MISSION DE NOTRE-DAME DE PONTMAIN · texte numérisé non relu

MISSION DE NOTRE-DAME DE PONTMAIN

A une quinzaine de milles au nord de Notre-Dame du Laus, se trouve, dans le canton de Wabasee, la mission de Notre-Dame de Pontmain. Le voyageur en remontant la rivière voit les montagnes graduellement s'éloigner et s'abaisser, du moins après le canton McGill qui est encore en grande partie rocheux.

La rivière, à six milles de Notre-Dame du Laus, s'étend en un vaste bassin, appelé le lac des Sables, où la compagnie de la baie d'Hudson avait jadis un poste important. Puis, on arrive à Notre- Dame de Pontmain.

Ce village, appelé souvent Lacaux, dans le pays, à cause des lagoons ou lagunes que forme, non loin de là, la rivière, est situé dans une magnifique situation, à côté du Lac du Camp.

En 1884, le Rév. M. Trinquier, y bâtit une petite chapelle en bois équarri, que la tempête renversa bientôt après, et qui fut relevée l'année suivante. C'est une construction misérable où pénètrent à l'aise la pluie et le v'ent. Le cimetière est situé par derrière.

Le Rév. M. Trinquier, pensant à juste titre que ce serait folie de restaurer une pareille bâtisse, se prépare à élever une construction plus vaste et plus convenable.

11 va dire la messe à Notre-Dame du Pontmain une fois tous les trois dimanches. On compte dans cette mission 37 familles, toutes canadiennes et presque toutes parentes ou alliés. Il est à regretter que ces gens n'aient guère de goût pour la culture de la terre. La terre, en effet, commence à être excellente à partir de Pontmain, la montagne a presque absolument disparu. Le canton de Dudley est sablonneux, mais fertile, riche en bois et riche en foin. Celui de Bouthilier renferme de magnifiques terres glaises sur le bord de la Lièvre. Celui de la Kiamika, rocheux à l'est, est excellent également sur le bord des rivières ; celui de Robertson est à la fois gras et sablonneux ; les cantons de Campbell et de Pope sont des terres d'excellente qualité.

Nous avons remonté la Lièvre jusque près de la rivière Kiamika, en canot d'écorce, car le chemin de terre finit à Pontmain. Nous avons passé devant la ferme de chantiers Wabasee, de Ross,

et nous avons visité un des plus beaux lacs du pays, encore presque inconnu, le lac des Iles. Nous n'oublierons jamais les heures que nous avons passées sur ces flots d'azur sombre, naviguant entre les îlots et côtoyant les bords rocheux. La terre encore vierge est riche et profonde ; la truite pullule au sein des eaux ; les îles sont la demeure favorite des chevreuils qui voyagent de l'une à l'autre. Nous les avons vu plonger au lac pour dérouter les chiens ardents. Le sommet de leur tête sortait à peine de l'eau qu'ils fendaient avec vitesse. Mais voilà que le canot du chasseur les arrête et les contraint de regagner la rive. Tirés au débouché, ils bondissent éperdus dans la futaie ; atteints par le canot, ils se défendent, et du tranchant de leur pied fourchu, ils écartent la main qui les saisit.

Puis vient l'hallali des chasseurs. Les chiens sortent du bois, la langue pendante et l'œil en sang, ils feignent de ne pas voir le chevreuil qui gît là sans vie, mais ils attendent qu'on leur jette à dévorer le cœur et les entrailles.

Dans quelques années ces forêts auront disparu ; à leur place des moissons couvriront le sol ; le chevreuil aussi aura fui vers le Nord et les vaches au pas lent viendront s'abreuver sur ses rives.

Nous n'oublierons point non plus le soir du retour sur la rivière ; les derniers feux du soleil reflétés en vagues sanglantes, les blanches tentes des sauvages algonquins, les ombres virgiliennes descendant épaisses du haut des monts ; majoresque cadunt altis de montihus umhrae.

Nous avons sauté des rapides, éprouvant une étrange volupté à ce jeu \ puis, la nuit tombée et toute noire, nous avons ramé longtemps sans entendre d'autre bruit que le choc cadensé des avirons. O rus quando te adspiciani ! O fortunatos mmium sua si hona norint agricolas !

Mais revenons à des pensées plus positives.

En remontant toujours la rivière vers le nord on rencontre trois grandes fermes de chantiers : la première, près de la Kiamika, s'appelle la ferme Rouge de McClaren ; elle a été vendue dernièrement à un français, M. Vermont ; la seconde est connue sous le nom de ferme Neuve de la montagne ; elle est occupée aujourd'hui

par M. Cyrille Lafontaine ; enfin, à 40 milles plus haut, encore vers le nord, se trouve la dernière terre cultivée, la ferme Tapassee, de MM. Ross. Au-delà s'étend l'incommensurable solitude.

A partir de Pontmain, on peut dire que la chaîne des Laurentides est franchie et qu'une nouvelle région commence, région ondulée et présentant les caractères des vrais pays agricoles. C'est la nord, la terre promise de la colonisation, ce nord jadis 'nconnu et qui, depuis le curé Labelle, attire l'attention de tout bon patriote. L'immigration qui se dirige aujourd'hui vers le nord ne prend point le chemin long et difficile de la Lièvre, mais elle vienr de Montréal par la voie ferrée et par le chemin Chapleau. De fait, les nouveaux colons forment une population toute différente des vieux bûcherons de la Lièvre qui n'ont de goût que pour les bois et qui resteront toujours de tristes agriculteurs.

Des familles en assez grand nombre sont déjà établies sur le bord de la Lièvre et de la Kiamika : c'est pour les desservir que deux missions, Notre-Dame de Fourvières et Saint-Gérard de Montarville ont été fondées dans ces dernières années.

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