SAINT-IGNACE DU NOMININGUE
La mission du Nominingue, canton de Lorang-er, est actuellement la dernière paroisse à l'ouest de Sainte- Agathe. L'église, située dans une presqu'île, entre les lacs du Grand et Petit Nominingue, domine un des plus merveilleux panoramas que l'on puisse contempler. Devant elle sont les deux lacs, puis, au-delà et tout autour s'étend la forêt sans limites, encore à peine entamée par le fer des colons. La mission du Nominingue est située à une vingtaine de milles de Labelle.
Nous reproduisons textuellement et sans commentaires le rapport remarquable du Rév. P. supérieur des chanoines réguliers établis au Nominingue, curé de la paroisse.
" Depuis longtemps déjà quelques centres de colons s'étaient fondés sous l'inspiration de Mgr. Labelle, au nord de Saint-Jérôme. Dans le cours de l'année 1878 ou 1879, le vaillant curé fit une exploration le long de la rivière Rouge, et découvrit de magnifiques terres au nord de la mission de la chute aux Iroquois, non loin de l'endroit connu sous le nom " ferme du milieu." Cette ferme était, pour les chantiers environnants, un centre de ravitaillement et complétait le réseau avec la ferme d'en bas, située à la Conception de Clyde, et la ferme d'en haut située dans le canton Lynch, comté de Montcalm. La ferme du milieu appartenait alors à MM. Hamilton, marchand de bois à Hawkesbury.
Les terrains environnants étaient fort beaux et aptes à la culture. Ils s'étendaient au loin le long de la rivière Rouge, en remontant vers le nord-est. Vers l'ouest apparaissait la région du Nominingue, région fertile, pittoresque, coupée par les plus beaux lacs du nord canadien.
fl- * Nous avons sous les yeux en écrivant ces notes, la brochure du recorder de^Montigny intitulée; "la colonisation, le nord de Montréal ou région Labelle."
En 1879, M. le curé Labelle pria les RR. PP. jésuites de vouloir bien prendre la conduite de ces missions lointaines, pauvres et fort pénibles. Ceux-ci, se souvenant des travaux de leurs pères, lors de la fondation du Canada, acceptèrent enfin ; et les RR. PP. Raynel et Resther, à la suite du curé de Saint- Jérôme, vinrent explorer le pays, et abordèrent, pour la première fois, au nord du grand lac Nominingue. A partir de ce moment la fondation des missions du nord devint un fait acquis. On devait installer quelques religieux à Nominingue, qui, de là comme d'un centre, devaient rayonner dans les missions environnantes. Plus tard, lorsque les colons auraient augmenté, les jésuites devaient fonder un collège, ce collège serait en possession de nombreux privilèges, et, avec les années, la colonie devait se transformer en une ville qui deviendrait comme le centre de tout le pays.
En attendant ce brillant, avenir, un colon de l'Annonciation reçut l'ordre de défricher une partie de la forêt. En effet, la mission avait obtenu du gouvernement, par l'intermédiaire de la société de colonisation de Montréal, un octroi de terres considérables, près de quatre mille acres, le tout situé sur le bord du grand lac Nominingue. C'était au milieu de cette concession que l'on devait établir le centre de la colonie. En 1882, au mois de mars, M. Dosithée Boileau, père, vint accompagné de ses enfants commencer l'œuvre du déboisement.
Le 27 mars 1889, partaient de Montréal, les trois familles qu se dévouaient à l'œuvre du Nominingue. C'étaient M. Martineau père, accompagné de ses deux fils, Vital et Charles Martineau tous deux mariés et pères de famille. L'ainé de ses enfants étai entré depuis longtemps dans la compagnie de Jésus, et c'était lu que ses supérieurs avaient désigné pour la fondation de la mission Les mauvais chemins contraignirent le père Martineau et ses frères de rester à la chute aux Iroquois jusqu'au 18 mai suivant Enfin, ce jour-là, après bien des fatigues et des obstacles de toutes sortes, les nouveaux colons purent s'installer au Nominingue dans les chantiers construits l'année précédente.
" Le pays était magnifique," remarque le bon père Martineau dans sa narration écrite, " mais quel dénuement ! pas de moulin à
farine, pas même une scie à bois, et combien d'autres choses nous manquent ; mais à la grâce de Dieu."
L'on vécut ainsi de privations dans cette première année, quelques colons vinrent, dès lors, augmenter le nombre. L'année suivante, la gelée éprouva les récoltes ; on commença à construire un moulin ; malheureusement l'ouvrier conducteur des travaux fit une chute dont il mourut trente-six heures après ; malgré toutes ces épreuves le moulin était en opération au printemps de 1886.
La chapelle, on le conçoit, était fort pauvre et ressemblait étrangement à la grotte de Bethléem. La première grand'messe y fut célébrée le jour de la Toussaint, 1884, et depuis le 30 novembre on put y conserver le saint sacrement.
Quelques jours auparavant, avait été célébré le premier mariage, entre Alphonse Laberge, canadien, et Augustine Démanche, alsacienne, dont le père s'était établi au Canada après la guerre franco -allemande (25 novembre 1884.)
Le dimanche des Rameaux 1885, les colons décidèrent de bâtir un couvent pour les sœurs de Sainte-Croix, de Saint-Laurent, et se mirent immédiatement à l'œuvre. Au mois de décembre, la chapelle est agrandie, le 2 juillet suivant (1886) Mgr. Duhamel, évéque d'Ottawa, faisait sa première visite pastorale.
Le 24 octobre 18S6, deux religieuses de Sainte-Croix, vinrent étudier la fondation du couvent et promirent leurs concours pour l'année suivante à condition que l'on achèverait la bâtisse commencée. En février 1887 s'ouvrit le bureau de poste. A cette époque la colonie compte 171 âmes formant 33 familles et 103 communiants.
Durant cet intervalle, le Père Martineau avait desservi la mission du Nominingue et celle de l'Annonciation de Marchand ; dans le cours de 1886, on lui adjoignit le Père Etienne Proulx ; ce dernier fut spécialement chargé de l'Annonciation.
Les sœurs de Sainte-Croix furent définitivement installées à Nominingue le 19 novembre 1887. Les fondatrices étaient sœur Marie de Saint-Jean de la Croix et sœur Marie de Sainte- Ursule.
A la fin de l'année 1887, le Père Martineau fut rappelé par ses supérieurs et remplacé à Nomining-ue par le Père Ol. Neault. La colonie continua à prospérer et le Père Neault montra le même zèle et la même sollicitude que son prédécesseur.
Le 15 et le 16 juillet 1889, Mgr. l'archevêque visita la mission pour la seconde fois. Plusieurs Pères se succédèrent dans la mission du Nominingue pour venir en aide au Père Neault. Le Père Proulx, le Père Grenier et le Père Mouvet sont ceux qui y firent le plus long séjour.
Le premier baptême mentionné dans les registres est celui de Ignace Alphonse Marie Martineau, fils de Vital, baptisé le 3 août 1883. La première sépulture est celle de Joséphine Martineau, née le ler mars et inhumée le 3 mars 1884.
Dans le cours de l'année 1891, la compagnie de Jésus décida d'abandonner définitivement les missions du Nord. Mgr. l'archevêque d'Ottawa s'adressa alors aux chanoines réguliers de l'Immaculée Conception dont la maison-mère est à Saint-Antoineen-Viennois, France. Cette congrégation, restaurée en 1870 par le Rév, Père Dom Adrien Gréa, vicaire-général de Saint-Claude, venait de fonder un prieuré dans l'archidiocèse de Saint-Boniface, Manitoba. "Monseigneur d'Ottawa demanda pour son diocèse la même faveur. Deux religieux furent envoyés dès lors ; c'étaient Dom Léon Dunoyer, prieur, et Dom Louis Marie Vuaillet ; ils étaient accompagnés de deux novices qui devaient se rendre, quelque temps plus tard, au Manitoba.
Les commencements furent très pénibles pour les nouveaux arrivants. La distance, le manque de communications et nombre d'autres obstacles vinrent ag"gfraver la situation. Cependant, ils ne se découragèrent point, et dès le mois de juin suivant (1892) ils Jetaient les fondements d'une église fort convenable. Les jésuites avaient quitté le Nominingue le lundi 26, et le samedi suivant (31 octobre) les RR. PP. chanoines arrivaient, prenant possession de la mission le dimanche ler novembre 1891.
Les travaux de construction de l'église se poursuivirent durant tout l'été ; les paroissiens montrèrent beaucoup de bonne volonté ; enfin le 15 décembre 1892, le Rév. M. Ouimet, curé de Saint-
Jovite, bénissait solennellement le nouvel édifice. C'est une '^ construction en bois qui rappelle plutôt le style roman qu'elle ne le reproduit ; l'égflise est surmonté d'un joli clocher. Située au sommet d'une colline dont le versant descend jusqu'au grand laC; elle apparaît au loin dans la verdure des arbres.
Mais une g-rande épreuve était réservée à ces pauvres religieux : un violent incendie réduisit en cendres leur humble maison, le 5 janvier 1894. Ils ne purent sauver que peu de choses et les pertes furent relativement considérables.
Dans le cours de l'été on construisit près de l'église et attenant à la sacristie, une assez grande maison, mais elle devint bientôt trop petite, car avec les épreuves Dieu avait ménagé les consolations, et plusieurs âmes de bonne volonté vinrent demander à partager la joie et les épreuves de ces religieux. Actuellement le prieuré du Nominingue compte quatre religieux prêtres* et huit novices, tous canadiens-français.
La colonie elle-même s'est fort développée. Depuis trois ans une beurrerie y fonctionne régulièrement, le nombre des maisons dans le village s'accroît peu à peu.
En 1890-qi, sa population tendait à diminuer, mais depuis deux ou trois ans il y a un réel progrès. Aujourd'hui nous comptons environ 73 familles et un peu plus de 500 âmes. On pourra paraître surpris de ce chiffre, mais quand on connaît les distances, les difficultés de toutes sortes, surtout l'obstacle principal : les grands propriétaires résidant loin du pays et absorbant les plus belles terres, on ne s'étonnera plus et l'on se demandera comment il se fait que, malgré tout cela, le progrès soit si grand.
> Depuis deux ans surtout le mouvement de colonisation est très accentué. Le gouvernement provincial fait de grands sacrifices afin de procurer aux colons les chemins nécessaires, nous attendons avec une légitime impatience le jour où le Nominingue sera relié aux grands centres par le chemin de fer. Avant ce temps, il nous sera difficile de progresser car, dans un pays nouveau surtout, les communications faciles sont l'âme du progrès.
* Dom Joseph Osias Cottet, prieur depuis le 6 août 1896, Dom E. J. B. Riou, Dom L. M. Vuaillet, Dom A. P. Montet.
Les RR. PP. chanoines réguliers ont gardé, en outre, la desserte des missions euvironnantes, entre autres celles de l'Annonciation et de l'Ascension ; plusieurs autres missions se rattacheront plus tard au Nominingue, car les cantons voisins sont presque tous favorables à la culture.
MISSION DE l' ANNONCIATION DE MARCHAND.
La mission de l'Annonciation comprend presque tout le canton de Marchand. Son histoire est intimement liée à celle du Nominingue. Le premier colon arriva dans l'année i88g et dès 1881, plusieurs autres vinrent le rejoindre. Ils s'établirent non loin de la grande ferme du Milieu, et, de temps à autre, le bon curé Labelle venait les encourager. La famille Chartrand et la famille Boileau furent les fondateurs de cette nouvelle paroisse. Dans le principe, le Rév. M. Laporte, alors curé de la Chûte-aux- Iroquois, venait les visiter, puis, lorsque les PP. jésuites reçurent la conduite des missions du Nord, le Père Raynel les visita à son tour. Lorsque le Nominingue fut fondé, le Père Martineau venait à l'Annonciation tous les quinze jours pour les offices du dimanche. Plus tard, le Père Etienne Proulx étant venu partager ses travaux, fut charge spécialement de l'Annonciation.
La première sépulture fut celle de Mme Boileau, mère de M. Dosithée Boileau, elle eut lieu dans le cours de juillet 1882 ; mais comme les registres de la mission n'existaient point encore, il n'en est pas fait mention. Le 7 octobre de la même année 1882, eut lieu le second enterrement, Wilfrid Lachaîne, âgé de 10 ans.
Le 9 octobre 1882, eut lieu le premier baptême : Marie-Anne Paquette, fille de Joseph Paquette et de Emma Lajeunesse.
Le 27 juillet 1884, eut lieu le premier mariage entre Dosithée Boileau, fils, et Clara Chartier dit Nobert.
En septembre 1887, le père Santerre succéda au père Proulx dans la desserte de la mission, le Rév. père Lemire y passa quelques jours en 1888. Le Père Mouvet le remplaça dans le cours d'avril 1888. L'année suivante le Père Jos. Grenier prit la direction de la mission et y déploya un zèle et une activité extraordinaires. Enfin le Père Lefebvre, le Père Primeau et le Père Delay
s'y succédèrent jusqu'en septembre 1891. Le Père O. Neault est resté seul au Nomining^ue, et a continué à desservir la mission jusqu'à la fin d'octobre 1891. A ce moment les RR. chanoines réguliers ayant pris la place des RR. PP. jésuites, ont desservi la mission jusqu'à aujourd'hui.
Le développement de la mission de rAnnonciation est plus rapide et plus considérable que celui du Nominingue.
En effet, on comptait dans cette mission :
En 1880 6 familles,
En 1895 on compte 727 âmes dont 416 communiants.
L'augmentation continue encore dans le cours de 1896 ; elle est en outre très sensible dans les missions environnantes des cantons Lynch, Mousseau et Turgeon qui, plus tard, deviendront autant de paroisses distinctes.
La chapelle construite en 1884, sur un terrain donné par M. Dosithée Boileau, près des lots de la corporation épiscopale est, on le devine, devenue absolument insuffisante, aussi, l'année dernière, les paroissiens ont-ils décidé de construire une église, une sacristie et un presbytère.* Toutes ces constructions seront en bois, la pauvreté des colons ne leur permettant pas de faire ces bâtisses considérables en pierre ; on espère que dans le cours de 1897 ces divers édifices pourront être terminés, et que dans le même temps une résidence sera donnée à la paroisse devenue maintenant trop populeuse pour rester désormais sans prêtre.
Il n'y a encore qu'une école pour toute la paroisse ; elle est
* Un petit presbytère existe ; c'est une" bicoque qui date de i886.
dirigée par une maîtresse laïque ; on a l'espoir que, plus tard, les dames Sainte-Croix pourront y fonder une succursale.
En résumé, la mission de l'Annonciation, quoique la moins favorisée à tout point de vue, paraît devoir être dans l'avenir une des plus belles paroisses du nord.
MISSION DE l'ascension.
Il y a peu de choses à dire sur cette mission ; elle n'est qu'à ses débuts. Ce n'est que depuis deux ans environ que le mouvement de colonisation s'accentue dans cette direction. Elle comprend pour le moment les cantons Lynch et Mousseau dans le comté Montcalm ; il y a une chapelle construite déjà par les soins de Mgr. Labelle ; le terrain est fort beau dans cette partie du nord, mais le manque absolu de chemin était l'obstacle sérieux au développement de la colonisation.
Le missionnaire va à la chapelle à peu près deux fois par mois. La population comprend environ 15 familles formant environ 80 âmes. Espérons que le gouvernement fera des efforts sérieux pour donner aux colons les facilités de communications indispensable."
Ici finissent jusqu'à nouvel ordre, les missions organisées.
Du lac Nominingue à la rivière la Lièvre il n'y a que deux cantons à traverser, les cantons de Montigny et de la Kiamika. Un chemin de colonisation, le chemin Chapleau, part de Labelle et se continue jusqu'à la Lièvre. Déjà toutes les terres, sur le bord du chemin, sont prises. On attend avec impatience que la voie ferrée de Montréal et Occidental, qui s'arrête actuellement à la chute aux Iroquois, soit prolongée par la Kiamika jusqu'à Maniwaki, où elle se raccordera au chemin de fer de la Gatineau, lequel conduit à Ottawa. Alors toute cette vaste région boisée, qui est en général fertile, et dont le climat n'est pas trop rigoureux, sera promptement occupée et livrée à la culture. Comme nous le disions, au commencement de ce paragraphe sur le nord, il y a là amplement de la place pour une vingtaine de paroisses.
Maintenant si l'on nous demande quel est l'avenir de l'immense territoire désert et apparence fertile qui s'étend au nord,
jusqu'à la hauteur des terres et au delà, nous demeurons perplexes. Actuellement ce territoire semble incultivable, à cause des gelées tardives. Néanmoins, l'expérience nous enseigne que les déboisements changent fréquemment le climat d'un pays. Maints cantons dans la province de Québec ont d'abord semblé incultivables qui sont aujourd'hui riches et peuplés. Cette question, d'une importance capitale, puisqu'il s'agit d'un territoire immense, sera sans doute résolue dans peu d'années. Si la résolution est satisfaisante, on peut dire sans exagération que la race canadienne aura de l'espace réservé à elle exclusivement, pour doubler en nombre et pour s'établir à tout jamais dans un château for inexpugnable, à l'abri des entreprises de ces nombreux ennemis.
Nous terminons ce chapitre par le tableau de la population du aiocèse d'Ottawa d'après le recensement de 1891.
Canadiens- Irlandais Total p t t t Population,
franais. catholiques. catholiques. " totale.
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