SAINT-THOMAS DE LEFAIVRE
Quoique la paroisse de Saint-Thomas soit d'origine toute récente, les premiers colons qui s'établirent sur les bords du fleuve, dans ses fortes terres, qui comptent parmi les meilleures de l'Ontario, sont relativement assez anciens.
En 1848, Pierre Lefaivre y prit la première terre et y demeura pendant trois ans ; son exemple fut alors suivi par quelques autres colons : Grégoire et Césaire Bélanger, Samuel Gauthier, Joseph-Hilaire Cholette, etc. M. Hercule Lefaivre mérite ajuste titre le nom de père et de fondateur de la paroisse. Ayant été élu maire de la municipalité, il ouvrit des chemins, devint la providence des colons pauvres qui venaient s'établir au pays, et de tous les habitants en général. Aussi c'est avec justice que son nom a été donné par le ministère des Postes, au village.
Longtemps, les gens de Saint-Thomas allèrent entendre la messe à Montebello, de l'autre côté de l'Ottawa, mais, en 1876, fatigués de traverser la rivière, ce qui présente parfois des dangers, et ne trouvant, d'ailleurs, plus de place dans l'église de Montebello devenue trop petite, ils demandèrent à Mgr. Duhamel l'autorisation de bâtir une église et d'être érigés en mission.
Monseigneur se rendit à leur demande. Pendant 'dix-huit mois, de 1877 à 1879, M. Lavoie, curé de Saint-Victor, se rendit régulièrement à Saint-Thomas, et célébra les saints offices dans la maison d'école qui servit de chapelier temporaire.
Cepend9.nt, M. Jouvent, vicaire-général, se transporta (septembre 1877) à Lefaivre, pour marquer la place de la future église. Un citoyen généreux, M. Hilaire Cholette, ayant offert huit acres de terres, sur le lot n° 20 de la première concession d'Alfred, à deux pas de la rivière, et à trois milles environ de Montebello, cet emplacement fut accepté.
On élut alors des syndics, afin qu'ils prissent sur eux la responsabilité des travaux ce furent : MM. Lefaivre, D. Cholette, H. Lalonde, L. Rose et J. Lauzon. Sous leur conduite les travaux commencèrent avec un grand enthousiasme, chaque habitant fît preuve de bonne volonté, bientôt une grande quantité de pierres fut apportée. La sacristie, quarante pieds sur trente, fut bâtie, le rond-point de l'église fut à moitié élevé. Malheureusement, la. discorde se mit entre les habitants, et les travaux furent tout-àcoup suspendus. C'est ce qui arrive invariablement dans toutes les entreprises où ne préside point une autorité universellement reconnue. Dans ces fâcheuses conjonctures, MM. Lefaivre et Cholette se rendirent à Ottawa, et supplièrent Mgr. Duhamel de leur donner un curé. Sa Grandeur, acquiesçant à leur demande, nomma à Saint-Thomas, un jeune prêtre de Montréal, M. Rémi Prud'homme (mai 1879) qui s'empressa de se rendre dans sa nouvelle paroisse. Ce prêtre ardent s'installa dans la sacristie, reprit les travaux, et donna tant de cœur aux gens que, le 8 décembre de la même année, fête de l'Immaculée-Conception, il put chanter la première messe dans l'église. Le 12 février 1880, Mgr. Duhamel vint faire la bénédiction solennelle du nouveau temple, accompagné d'un nombreux clergé.
La vaste église de Saint-Thomas n'avait coûté que sept mille piastres, grâce au dévouement des paroissiens qui avaient fait, par corvées, une grosse partie de l'ouvrage. Elle était loin, néanmoins, d'être terminée, bien plus, les murailles se ressentant de la hâte avec laquelle elles avaient été construites, donnèrent long-
temps ties inquiétudes, qui, grâce à Dieu n'existent plus aujourd'hui.