La troisième est celle dont il s*agit ici
A. La quatrième, la meilleure de toutes, est le délire de Tenlhousiasme, la folie divine, celle des prophètes et des philosophes, Ivdeo; xatoxcoTixiQ te (lotvtot. Car le prophète ne dit rien qui lui appartienne en propre. Tout ce qu*il dit lui est étranger et lui est soufflé par un autre, oùfièv Tâtov... àXXixpia 8è TcdtvToc, OicyjxoOvtoc iTÉpou. Le sage seul peut jouir de cette possession divine; seul, il est l'organe de Dieu, l'organe parlant et inspiré, èvOouvtoi... opyavovOeoO tjxoOv, xpou6pievov xqc\ icXy)TT6(ievov. Dans cet état, notre entendement nous quitte ponr faire place à l'espiit divin qui arrive en nous, èÇoixiCeTxi év 7){itv 6 voO; <olxol ty^v toO Osiov icve^fiaxo; açiÇiv {Qu. rer. div. har.y 518, b. Hœsch.)» on encore parce que Dieu, par une force toute puissante, a attiré l'âme vers lui, -ttiV 4^^/^ 6 Osbc oXxtj duva- TbiTépx 9cpb; aÛTov èictdicdtvaiTo (de Abrah., t. V, Pf., p. 256). Car Dieu visite, invisible et silencieux, les âmes pures. Les anges sont chargés de visiter les autres (de Somn., t. V, Pf., 68).
De cette théorie de l'extase, il faut rapprocher, sans pouvoir les confondre, la théorie des songes. Le sommeil, dans son aspect intellectuel (Pragm. dans Joièphe^ 667, vol. 11), est l'ombre et comme Tesquisse, <rxiav de xai Oic^ypaiAfiov, de la reviviscence qui doit se produire un jour, ttj; auBic eao(iévY)c âvaéic&oeco; C'est dans cette vie du sommeil que se produisent les songes qui sont de trois espèces :
1. La première est de nature toute passive. Dieu lui-même, de sa propre initiative, envoie à l'âme endormie des visions, des représentations, çaytadtaç.
2. La seconde est de nature active et spontanée ; notre propre esprit, se mouvant lui-même, a deux formes. Souvent, notre âme se ment elle-même sans mouvoir ses sens, xtveitai yorp r,|iûv t) ^x^ icoXXàxi; (lèv èç'iauTrjc, Cl dans ce mouvement nu, Y^f VT) x(VY]fftc, ne conçoit que les intelligibles, se rapproche de l'esprit du tout et s'unit ï lui, et semble, e56xei, — ce n'est qu'une apparence, — par un mouvement partant d'elle-même, être possédée et ravie par Dieu, Je manière à être capable de prédire l'avenir ; dans son mouvement de concert avec le corps, elle perçoit les sensibles {de Somn.y t. V, Pf , p. 22).
3. La troisième semble un composé des deux autres : elle a lieu lorsque l'âme mue par elle-même dans le sommeil et s'abandonnant devient la proie d'un enthousiasme semblable à celui des Corybantes, et peut, sous celte inspiration, prévoir l'avenir et prophétiser (de Somn., t. Y, p. 116).
* Leg. All.j t. I, Pf., 202. eEcoraTat Se Svav (iy) icpaYptate^yjtati Ta iici6âX- Xovta aÙTÛ vov)Ta* Sre S'ovx ivepyet taOTa, xotpiétrai.
' /d., 2Ôi. éOieOpoc ik ^x^^ c9T(v tj xpoti^-* ^^ov ykp 6eoO tb âtpeirrov clvai.
460 HISTOIRE DE LA PSTCHOIjOGIE DES GRECS
sujette s essentiellement à Tinstabilité et ne peuvent pas toujours garder des mêmes choses les mêmes représentations ^ Dieu seul peut être et est immuable dans ses pensées. Si cela dépendait de lui, l'homme ne serait pas aussi mobile et aussi changeant dans ses idées et dans ses désirs. L'instabilité intellectuelle est le résultat de sa nature bornée et non l'effet de sa volonté propre.
Dans la sensation, on doit distinguer la sensation en puissance, 7) aèv xxO t^tv, qui n'est que la possession de la faculté, que nous gardons jusque dans le sommeil physique et qui précède l'autre dans l'ordre du temps et coexiste avec le NoOc : la puissance n'est antérieure à l'acte que chronologiquement ; et la sensation en acte, xqit 'èvipyciav, par laquelle nous nous emparons effectivement par la pensée des objets sensibles, et par laquelle de plus nous transformons nos sensations en connaissances <. L'état psychique en acte est le développement et la perfection de l'état psychique en puissance; il consiste éminemment en ce que la sensation en puissance est mise en mouvement et tendue jusqu'à ses organes physiologiques respectifs, re^cûv aÛTir)v iypi <r(xpx<^c. Car l'acte est accompli, achevé, parfait lorsque la puissance de cet acte a été mise en mouvement. L'acte n'est pas précisément le mouvement de la puissance, mais l'état où la puissance arrive par le mouvement 3. La sensation en acte parvient au NoOç, à la raison, avec laquelle elle est intimement liée et pour laquelle elle n'est pas une étrangère ♦. La sensation ne pourrait éprouver aucune des impressions qui lui sont propres, en avoir conscience , sans le NoO;. La sensation est bornée à l'instant, xh vOv, le passé comme l'avenir lui échappent, tandis que la raison saisit l'un par la
^ De Somn,, t. V, Pf., p. 86. àtSputo: (liv yàp ot XoytffiJioî.
* Leg. Alleg,, t. I, Pf., p. 204. icoio^SuicBa xàç tûv alo6i^9tcdv âvTiXfi^fetc. ' Leg, Alleg.. t. I, Pf., 204. cvlpyeia cncoTsXelTai xtvi)6s(ffv)c £|eco;.
* Id., 1094, H. oùx aXXoTp(a aÙTov, àXXà ofoipk otxeta* icâvTa ykp Sas nà^ti Y| oita^viç, oùx Xviu voO Onotilvci.
U PSYCHOLOGIE ËaECTIQUE DE L*ÉCOLE JUIVE 461
mémoire et l'autre par l'attente *, qui sont l'une et l'autre des facultés de la raison 2. C'est même à la raison que la sensation doit de passer de la puissance à l'acte ; car elle n'est qu'une des facultés dont il est pourvu par essence.
Ces facultés sont : la faculté végétative, la faculté vitale, la faculté pensante ^ et la faculté de la sensation, intimement liée à la raison et si intimement que les deux ne font qu'un. Lorsque la raison obéit à la sensation, elle se confond et se perd en elle; lorsque la sensation obéit à la raison, elle se confond avec elle, et toutes deux sont raison, àfxcpcJTepa vou;.
Il ne faut pas croire que la raison puisse par elle-même engendrer quelque vérité. La raison n'est cause de rien. La cause qui fait qui notre esprit 'pense, c'est Dieu, qui est antérieur et supérieur à la raison ♦. Je n'ai pas le droit de dire : Je pense ou je sens. Comment mon esprit pourrait-il être la cause de ma pensée ? Comment ma sensation pourrait-elle être cause que je sens? La raison ne se connaît pas ellemême et ne sait comment elle a été faite; et la sensation, qui ne se connaît pas davantage, n'est connue que par la raison. Ne voyons-nous pas dans l'ivresse et dans le délire que la raison est sans raison, 6 voîîç âvouç* ? Ne voyons-nous pas, dans une forte tension de la raison, la sensation ne pas sentir, dans une forte tension de la sensation, la raison ne pas penser. Nous sommes nus; la raison est nue du penser;
* Ou rcspëraoce, qui est rélrmcnt le plus essentiel, le plas propre de la nature humaine, to oUsi^itatuv àvOp(i>ic:vY); ^^^x^*^* ^^ •Sbmn.« t. V, Cf., p. 234.
* Pbilon distingue la mémoire de la réminiscence, àvex|iVY}9ic, inférieure à la mémoire, parce qu'elle est nécessairement précédée de l'oubli. C*est donc un état mental aveugle et comme boiteux, iiY)pbv xx\ Tv^Xiv. Néanmoins, dans le développement chronologique de Tesprit, elle est antérieure à la mémoire, dont il est difficile de la distinguer, et avec laquelle elle forme un état continu et indivisible, ffvvExè; xa\ àctâ(rraTov, Leg. AU., t. 1, Pf., p. 296. 11 faut en effet avoir bean> coup oublié, avoir fait beaucoup d'efforts de réminiscence ponr avoir de la mémoire.
* çuTixr,, C(>>>'^i%Y), AOvtxr,.
^ Leg. Alleg.^ 1095, H. icpb; tbv âXYjOT) Xiy^v 2x toO vCv tt wviXw; Ytvvfio6a( Il i( lavToO... ovx evTiv ô voO; atTiov ovdévo;... âXX'6 npb toO voO Mç. ^ Leg. AUeg., 1100, H.
ft.
la sensation est nue du sentir. Pour que la sensation sente, il lui faut un objet sensible qu'elle ne contient pas en ellemême ; pour que la raison pense; il faut qu'elle se porte vers un objet intelligible , qui n'est pas elle-même, qui est un objet différent d'elle-même *.
La cause qui fait que notre esprit pense est Dieu *. Nous sommes nus, yu^Lioi, La sensation et la raison sont par essence nues 3, et ne peuvent par elles-mêmes nous donner aucune connaissance ni des choses intelligibles ni des choses sensibles. La raison sans la sensation ne peut connaître les choses intelligibles ^; la sensation sans la raison ne peut réaliser son acte propre qui est de sentir. Dieu n'a pas donné la sensation à l'animal déjà formé : il a donné et créé la sensation avec l'animal. La faculté de sentir est l'essence même de l'être animé. La sensation connaît tout ce qu'elle connaît par le concours de laraison et en même temps qu'elle, SiravTa aTaôtidiç [jLeTQi Tott 7];jLeTépou voîs YVfop^ct xa\ afxa auTcp ^. La vue se porte en
1 Leg. AUeg,, 1100, H. èneidàv à NoO; itépcp voy)tô> npooevcxO^. f/est loajoors ce dualisme qui est la condition de touîe pensée et de la conscience, la conscience n'étant qae l'acte psychique par lequel un être sentant et pensant s*apparait i lui-même, c'està-dire se dédouble, tout en restant un et identique, en sujet et objet. Toute connaissance a pour forme nécessaire et unique l'unité synthétique de Tobjectif et du subjectif dans la représentation. Toute conscience contient Tunité et la dualité ; si c'est une contradiction logique, comme le dit Hegel, on peut dire que la contradiction, ou plutôt l'opposition est la loi essentielle de l'esprit qui ne peut rien connaître que sous cette condition. L'esprit, à l'essence duquel il appartient de se connaître, demeure le même et se connaît comme un autre. Maine de Biran, Décompo». de la Pentée, t. H, p. 49, n. 2 : « Je présuppose ici une distinction... entre un état affectif simple, où l'être surtout pâtit ou jouit sans faire aucun retour sur lui-même, sans pouvoir dire moi, et un état... où le sujet se sent ou s'aperçoit lui-même comme affecté dans son organisation, où il a conscience d'une modification et par conséquent n'est pas identifié avec elle ». C'est là le problème mystérieux de la psychologie. 11 est ici posé par Philon.
s Bastian, Euai de Psych. compar.f Beriin, 1868, p. 1. « Ce n'est pas nous qui pensans; mais on pense en nous ».
3 C'est la théorie do la table rase dans son sens le plus absolu.
* De Somn., t. V, Pf., p. 84. « Le principe de la connaissance de l'incorporel est dans la connaissance des corps : oudà yàp &Xko tùv ovtwv àac&(i.aTov svvoTjaat duvatbv, Zxi |iY) Ty)v àpxv)v Xaé^viac airo <ja>{ioiT(i>v... x6<j{iov voT}Tbv ovx Sveoriv SXkfûQ xaTaXa6ctv Srt p,-}) ix trjc toO alfféiQToO xa\ 6pcA(iivou TOi^Ttu i&CTa-
B Leibnix : Mens humana extema non cognoscit nisi per ea qn« sont in semet ipsa.
même tempsquelaraisonversrobjetvisible; l'œil voitle corps, et immédiatement la raison comprend, ÛTteXàêeTo, querobjetvu est blanc ou noir, triangulaire ou carré ; de même pour l'ouïe et les autres sens. La raison est frappée par le son en même temps que les oreilles, et c'est elle qui juge, xp^ct, que le son est faible ou fort, harmonieux et rhythmé ouïe contraire*. Mais d'un autre côté, c'est la sensation qui donne à la raison le pouvoir de dire que ceci est en bois et est un objet sensible, de connaître les propriétés du corps, la blancheur, le son, les odeurs : elle n'est qu'une faculté de transmission, mais cette transmission est nécessaire. Aussitôt que l'objet a frappé le sens, la raison, dont la mobilité est extrême, s'en forme une image, s'en construit une forme, une notion générale, souvent, il est vrai, fausse et trompeuse. Mais l'erreur ne vient pas des sens, toujours fidèles et sincères. Les choses, quoi qu'en disent les Épicuriens, ne sont pas telles que l'imagination nous les représente, parce que le plaisir est intervenu et a faussé les représentations, comme la courtisane vieille et laide, qui s'est fardé le visage, parvient à tromper l'œil du débauché 2. Le sens au contraire nous donne les corps tels que la nature les a faits, sans altération ni artifice ^. Mais si la connaissance ne peut se réaliser que par le concours de ces deux facultés, impuissantes dans leur acte isolé, il faut qu'elles soient mises en rapport, en relation l'une avec l'autre ; c'est une troisième faculté de l'âme qui vient à leur secours, qui les rapproche en établissant entr'elles deux et en formant un moyen terme qui les lie et les enchaîne dans un acte unique ^. Cette faculté intermédiaire et conci-
* Ainsi, d*après PbiloD, le sens se borne à connaître Texistence du corps : Ut raison seule en peut concevoir les qualités primaires et les juge, xptvet, sans doute, parce que ce jugement a pour condition un acte d*abstraction. L'impression purement physique est perçue par les sens ; les propriétés sont intelligibles.
* Leg. AUeg., t 1, Ff., p. 278. Le texte est altéré ; dans leur constitution actuelle, les Mss. donneraient un sens conforme à la doctrine épicurienne, réfutée par Philon. De Cherub,, 120.
* Leg, AlUg., t. 1, Pf., 276-S80.
liatrice, c'est Tamour, le désir conduit et gouverné par le plaisir ; au fond, c'est le plaisir ^
La pensée abstraite peut concevoir une succession et établir une suite sériée dans la formation des facultés de l'âme ; mais en réalité, elles existent toutes les unes en même temps que les autres, ainsi que les actes qui en dérivent. Avec elle-même l'âme apporte toutes ses facultés ; seulement elles sont en puissance avant d'être en acte >. Philon varie sur le nombre de ces facultés ; tantôt, comme les Stoïciens, il en compte huit, dont sept ne sont que des divisions de I'îXoyov ; ce sont, outre les cinq sens, la parole, qui est le caractère propre de l'humanité *, ti 9a)VTfiTTr,piov îpyavov X^yoç, et la faculté génératrice, rh y($vt(Aov. La huitième, r:^Yt[Aovix^v,le NoOç est la racine de toutes les autres et celui qui la détruirait les paralyserait toutes*. Tantôt il n'en distingue que cinq : la pensée pure, th voctv, le raisonnement, t^ Xoy^Ce^Oxi, la raison discursive, T& $t(xvoet<T6ai, la délibération, rb ^ouXeùfaOai, la conjecture, th
En passant de la puissance à l'acte, les facultés obéissent à un ordre réel, tqIÇiç, qui gouverne tout le développement de la vie chez l'homme. Le sperme est le principe de la génération de tous les êtres vivants. Reçu dans la matrice de la femelle et y recevant le mouvement, il se transforme en nature, en principe de vie, <pù(jiç. C'est la nature qui crée l'animal, Ccdotc) a^Tcl, qui l'organise, lui donne ses membres, ses organes et attribue à chacun de ces organes leurs fonctions respectives^. Ces fonctions sont celles de la végétation, (puTixi^, appelée aussi ?rveu(xaTtx-i^, qui ne peut signifier ici
* Leg. AU., l. I, Pf., p. 222. àvdyxt) tptXYjv rjdovfjV ovvaywYOv à|iooTv.
' /d., id., 222. &\i.a yàp iavTfj cv ^mx^ icâvta cici^épetai. PloUn, Enn., V, 3, 10. nodoc Ttc r) yvûaic.
' De iSomn., t. V, Pf., p. 50. rStov âv6p(aicovTb Xirctv xai aOrbc 4 X&roc C'est le mot d'Aitslote, Rh., I, i. X6yo; h |&&XXov tdt6v éori àvOpc&irou ttIc toO
« De M. Opif., p. 27, c. H.
s De Cherub., 81.
* Comme le mi^iatear pltsUqae de Cudworth.
que le souffle de la vie et répondre au terme ailleurs employé de Ca>Ttxi^; de ralimentation , Opeirrixi^, de la sensation, ataôiriTixT^. Enfin, le NoOç s'ajoute à ces fondements physiques de la vie humaine et s'y introduit du dehors, OupàOev èiccKTiévai ^ ; c'est, comme nous le savons déjà, le pneuma de Dieu, que Dieu communique à l'homme, non pas en se privant, par une sorte de séparation, d'une partie de sa substance, mais comme la flamme d'un flambeau se communique à mille autres en restant elle-même entière, sans diminution de substance ou d'éclat ^.
Ce pneuma divin, qui habite en tous les hommes sans y demeurer d*une manière permanente, image de Dieu, ne se connaît pas directement et immédiatement lui-même, mais connaît toutes les autres choses, par suite de sa mobilité qui n'a de limites ni dans son extension ni dans sa vitesse. C'est par là que l'homme s'élève au-dessus de son essence mortelle, connaît le désir de l'essence invisible, contemple les paradigmes et les Idées du monde intelligible et s'enivre divinement des splendeurs divines de cette contemplation jusqu'à en être ébloui et comme aveuglé ^. Mais ce mouvement qui emporte la raison vers le monde intelligible des Idées ne vientpas d'elle-même. La raison n'est pas autonome ni automotrice. C'est Dieu qui meut et conduit où il veut le char de l'àme ♦. Dieu en est le seul moteur *. C'est par la présence active de Dieu et parce qu'elle est vue de lui, que l'âme voit *. C'est par là qu'elle acquiert une identité, une permanence, une unité et fixité relatives '^ : ce qui est rapproché de
* De M. Opif.y t. I, Pf., 4i. On reconniU ici la cltssiflcalion péripatéticienne des facultés de rime.
< De Gig-, 364 et 366. àicoxoicr, on diaCculic.
* De M. Opif. , t. I, Pf., 4i et 46. «oc xalc |iap|iapvYaTc xh tr;; dtavotac ^i&t&a
ffXOTodlVl&V.
^ Leg. AUeg. iittS, H. 6 xiv&v deb; xa\ &ytùyt ^ Sv npoatpY}Tat tb ty;c 4^x^C
* De Semin., t. V, Pf., 116.
* W., id., 198.
^ /d., kl., 198. tb ap^eicèc... it*^ xX^veoOai.
CuAiGNKT. — Ptychologk. 30
Dieu, qui est immuable, Stpcicroç, s'assimileàluiyOtxtioOrat.Dans cet état, on ne peut pas dire que l'homme devient Dieu, mais il cesse d'être un homme ; c'est une situation intermédiaire et mixte ^ Ce n'est pas l'esprit humain qui est la règle, la mesure et le nombre des choses, c'est Dieu '. Ce n'est pas l'âme qui se porte vers lui, c'est Dieu qui l'attire àJui-mème d'une force toute puissante >. Nous n'avons que l'usufruit de nous-méme : Dieu s'est réservé la vraie propriété de tout. Ni mon corps ni mon âme, ni ma pensée ni ma parole ni ma sensation ne m'appartiennent en propre. Où donc était mon corps, où donc était mon âme avant ma naissance ? et mon âme où ira-t-elle après ma mort ? Quand l'ai-je reçue ? avant ma naissance? mais je n'existais pas encore. Subsistera-t-elle après la mort ? mais je ne serai plus alors ce que je suis aujourd'hui que je suis pourvu d'un corps ; je ne serai plus moi-même *. La palingénésie nous reconstituera simples et incorporels, ce que nous ne sommes pas aujourd'hui'. L'âme dont la substance consiste en éléments très ténus, XcirropLépi^c, qui ne donnent aucune prise à la sensation, f âme se dissipera ; elle n'est donc pas à nous. Dira-t-on que la raison, 6 NoOc, est à nous ? mais il est trompeur, faillible, sujet à l'imbécillité de la vieillesse, à l'insanité de la folie. Est-ce la faculté du langage qui m'appartiendrait en propre ? Mais la maladie la pervertit ou la supprime. Je ne suis pas même en possession de mes sens. Rien n'est à moi en propre, pas même la vie. J'en jouis : Dieu seul en est le maître et le pos-
1 De Somn,, t. V, Pf., 198-200.
' Id.f id., 186. araOpiYjv xa\ i&irpov xaX âpcOtibv tûv 8X»v... t&v Ocbv, àXX'ov Tbv avOpcoirivov voOv.
B De Abrah , t. Y, Pf., 256. t^v 4^x4v 6 Ococ 6Xx^ duvatuTlpa, «pbc attbv (iciaicd<raiTO.
^ La per>onDalité, le moi, TidéDUté enferme donc la notion d*un corps vifant. La mort détruit l'ideniité personnelle et rompt l*unité de la fie antérieure et oorporeUe avec la vie future et incorporelle.
' De Cherub.f t. 11, Pf., 60. eI; naXXiyyevea^av 6p|iviao|uv, ot littà â7M(Lat«iv cLtj^yxçttxot. Leçon de Hugo Grotius [in Math,, XIX), d'aprèi laquelle la fie incorporelle supprime l'individualité, la distinction des personnes» àa^yxptTot.
sesseur^ Ce n'est que par ce qu'il se communique substantiellement à nous et parce qu'il est tout pensée, tout vérité, que l'homme peut connaître et lui-même et Dieu, qui en le créant a mis en lui son image et les autres choses, qui, comme tous les êtres, ont soif de Dieu ^, que lui seul adore : ce qui est sa faculté éminente et caractéristique ^. L'homme n'est qu*un instrument de Dieu qui pense et parle en lui, organe nécessairement inconscient, puisque sa connaissance est proprement un délire, et que, si elle était consciente, il participerait activement et personnellement à l'œuvre de la connaissance.
C'est par l'action gratuite de Dieu sur elle que la raison humaine est susceptible de tout recevoir, TcavSex^^- En soi, elle ressemble à la cire qui peut prendre toutes les formes. Dans l'unité de l'âme se rassemblent les types innombrables de toutes les choses qui sont dans le Tout et auxquels nous rapportons les choses particulières*. C'est également par elle que l'homme est le créateur direct et immédiat du langage.
Le Logos réalisé retentit, a un son, -iiyCi : c'est le Logos itpof optx^ç. Si de notre âme, une partie, laXo^ov, est muette, l'autre possède une voix, <pu)v7icv, parce qu'elle pense et est
1 De Chervb., t. H, Pf., 62. oCfO'Sda icep\ afi>|ia ^ 4^V ^^^ xextrjiuOa, aXX'oû5*avTb to Ct|v.
< De Somn., t V, Pf , p. 20. niyxoL 8i^v OeoO.
s De Somn., t. V, Pf. i^tov... to OepxiceOeiv to ^v.
^ Leg. AUeg., t. V, Pf., 154. xh Y)YS|iovtxbv /)|jifi)v nav^tx^C êort xat lotxs xY)pb>... iici Y^p lA^av o^aav 4'vX'nv ^^ â{i^dY]TOt tuic6&9ei; &icàvT(i>v t&v êv tû «cavT\ oraçipovTat.
^ De M. Opéf., t. I, Pf., 100. En faisant de la connaissance nne rommanicalion snrnaturelle de Tesprit divin, qui est tout pensée, la science universelle et absolue, Pbilon tombe, moins qu'on ne pourrait le croire au premier abord, dans le mysticisme, parce qu*il étend à tous les hommes sans exception, quoiqu*à des degrés divers, le don de cette connaissance communiquée. Au fond, c'est, sons une aulie forme, la tbèse rationaliste et philosophique : à savoir qne c*est Dieu qui a donné à Tbomme la faculté de penser, faculté qu'il appflle nue, c'est-à-dire vide et sans objet, mais qui ne Test pas, de son propre aveu, puisqu'avec la faculté il reçoit toutes les formes et tous les types généraux des choses, en un mot, les idées universelles et nécessaires, constitutives de l'esprit même.
seule capable de penser les choses intelligibles. Cependant, TaXo^ov participe à la production du langage; car la faculté vitale, C(t>Tixi!) ^uvapitc, dont la substance est le sang, — rame de toute chair est le sang *, — a reçu une fonction privilégiée et supérieure, c'est la voix et la parole. Pour accorder ces deux aftirmations , il faut faire une distinction; il faut distinguer le courant d'air qui passe par la bouche et la glotte, et la source d'où partent les sons de la voix parlée qui remplissent ces canaux. La production du son, en tant que phénomène physiologique, est une fonction de la vie ; mais le vrai principe de la parole et du langage, c'est Tesprit, h No3ç, parce que le langage n'est pas seulement un son, c'est un son auquel s'attache une pensée que l'on veut communiquer à des personnes présentes et que l'on exprime même parfois inconsciemment, comme dans les exclamations *. En vertu de ce privilège, l'homme impose lui-même et de lui-même, comme il convient à un roi, les noms aux choses, qu'il a dénommées en même temps qu'il les a conçues dans leur nature, leur essence et leurs propriétés. C*est pour cela, à savoir que la conception se confond, pour ainsi dire, ou du moins est intimement liée avec la parole, que le langage exprime très exactement les choses et leurs propriétés spécifiques 3.
Par une vue originale et qui n'est pas sans profondeur, Philon estime que la raison et la sensation sont insuffisantes, dans leur opération isolée, à expliquer et à produire le phénomène psychologique de la connaissance. Pour que l'homme pense et connaisse, il faut que ces deux facultés s'unissent et
* Qu, rer. div. hmr., t. IV, Pf., 26. ^yjxh nâirni aapxbc a*|iâ coriv. Gme$ , IX. 4.
< Qu. det. pot. insid., i II, Pf., p. 202. Le texte est altéré. En suivant la leçon fies Mss. et des éditioas, on arriverait à faire du NoO; une fonction de la faculté vitale. J*ai cherché une interprétation qui évitât une si grosse contradiction dans la doclrioe de Philun.
^ De M, Optf,^ t. I, Pf., p. 100. t(Lfafvovaa Tac tûv {»iroxai|jivwv UiiniTac... &\fL% Xfx^^vai TC xai vov)Oy;vai.
concourent, et pour opérer cette union, pour réaliser cet acte de la connaissance, qui n'est jamais sans quelqu'effort, il faut que l'homme y soit sollicité par le plaisir, le plaisir de connaître. Laconnaissance n'est donc possible que par le lien, procuré par le plaisir, de la sensation et de la raison. Quand la sensation s'unit à la raison, nous nous formons les notions des choses particulières*; quand c'est la raison qui s'unit à la sensation, nous acquérons les idées générales : celles des espèces, d'une extension étroite et d'essence périssable ; celles des genres, les idées universelles, d'une extension large et de nature éternelle 2. Les genres sont formés avant les espèces, parce qu'ils sont les images des types de l'entendement divin 3.
C'est certainement pour l'homme un plaisir de connaître, de satisfaire le désir de savoir, et ce plaisir n'est satisfaitque par le concours de la sensation et de la raison, qui fait partie de son essence. Le plaisir est de sa nature diverset mobile ; il s'adresse aux sens, à tous les sens; il est nécessaire à tous les actes de la vie. Rien dans l'espèce mortelle ne se passe sans qu'il s'y mêle un plaisir*. Le plus vif de tous ceux que l'homme éprouve est le plaisir des femmes, qui sert à la génération des individus et à la conservation de l'espèce. La beauté de la femme provoque l'amour et le désir mutuel de la génération : de là ce plaisir si puissant et si intense, source de tous les vices et de toutes les iniquités, et qui condamne l'homme qui s'y abandonne à la mort d'immortel qu'il était 5. Mais il y a des plaisirs plus nobles et moins dangereux. Les plaisirs de la vue sont causés par les œuvres de la peinture, de la sculpture, de tous les arts qui charment les yeux, et même parles
* De M. Opif., Ilang., p. 3^. toO de alffOtjToO xa\ èic\ iiipou;. */(/., id.. p. 9.
» Leij. AIL, 1089, e. H. De Mut. Nom., Maog., t. II, p. 590. xo |iàv cUoc xa\ pps*/*^ ^^'- çOapTOv, To $s yévo; icoXu xe xa\ âtçOaptov.
* Leg. AU., 70, H. x<^P^^ ti^ovyjc oOdèv yiyttan t£>v iv t^ Ovy)t^ ybiti, ^ De M. Opif., t. 1, Pf.. p. 104.
spectacles de la nature ^ Les plaisirs de Touîe nous sont donnés par la musique, sous toutes ses formes et espèces, la comédie, la tragédie, les représentations dramatiques de toutes sortes et les harmonies de la nature.
8i le plaisir a sa fonction nécessaire dans l'acte de la connaissance, dont les arts sont une espèce, il faut en surreiUer avec soin l'excès qui est redoutable et mortel pour l'âme; car il fausse nos représentations. On peut dire même qu'en soi il est un mal, car il a sa source dans les nécessités physiologiques de la vie corporelle ; sans doute il est nécessaire, mais c'est un mal nécessaire ^. Car la mort n'est pas la séparation de l'âme et du corps, elle vise et atteint l'âme même que corrompt le péché, que ne peut éviter aucun être créé', même le plus parfait, par suite du lien de l'âme avec le corps, dont les besoins appellent une satisfaction nécessaire et par suite provoquent le plaisir, toujours sensuel dans sa nature. Ce qui meurt en nous, cependant, ce n'est pas l'âme tout entière; ce n'est pas la partie rationnelle et dominante, to ip^ov, c'est la partie inférieure et sujette, t^ àpy<5{ievov, qui elle-même n'est passive de la mort que tant qu'elle ne reconnaît pas sa faute et ne s'en repent pas*. Le repentir est une résurrection de l'âme et son retour à la vie.
Le principe du plaisir n'est pas l'impression passive, xl TràOoç, mais l'impulsion spontanée, quoique sans raison, de la sensation venant de la raison^; car c'est de la raison, du NoiSc, comme d'une source que se tendent les facultés sen-
« Leg. AU., 1101, H. ^ ^
' Leg. AU f 1. 1, Pf., Î82. r) y)8ovt) il iautrjc cvit |ioxttf)pâ* /«i.» S84. «oviipôv
3 va. Moi., 675, c. H. De VicUm., 846, H. xav yop 6 xiXttoc ^ é yim\fz oùx cxçeuYCi xb &|ispTâvciv.
^ Leg. AU., p. 1101, H. Il résulterait de cette doctrine que le péché, en faisant mourir la partie inférieure et irrationnelle de Tàme, lui rendrait sa pureté première, si Philoa ne considérait comme nécessaire à la vie Tunion de ces deux facultés. Il est en outre assez singulier d'attribuer k la partie inférieure de Time Vvm des plos beaux et des plus nobles sentiments qu*elle puisse éproufer, le repentir.
^ Leg. AU., t. I, Pf., 350. 6p|jiT) éeXoyo; al<T9^<nwc «là NoO.
U PSTCH0L0G1B ÉCLECTIQUE DE LtCOLE JUIVE i71
sibles * . Le plaisir est en soi un mal : qu'est-ce donc que le mal ? D'où vient-il ? Si le monde a été créé par la Bonté, si la vie est un don et un bienfait, une faveur de Dieu, d'où vient que la réalité répond si mal aux intentions et à lapuissance de celui qui Ta créée? D faut chercher cette cause d'abord dans l'existence de la matière, uXtj, qui oppose à Faction de la bonté divine une limite; car il y a deux principes coexistants des choses. Dieu et l'élément passif, sans mouvement, sans vie propre, sans forme. Le principe du mal et du désordre, de la faiblesse et de l'imperfection humaines est là ^. Mais la doctrine monothéiste de Philon et de la toute puissance de Dieu ^ ne lui permet pas d'insister sur cette cause du mal, dont il est impie, d'un autre côté, de penser que Dieu puisse être l'auteur *. Philon cherche une explication qui satisfasse à cette double condition. Ce n'est pas Dieu lui-même qui a créé le corps matériel et terrestre, d'où provient le mal , c'est-à-dire I'SXoyov et les sensations et passions qui en naissent ^ ; ce sont ses ministres, ses puissances inférieures qui ont pris part à la création, et rien ne démontre mieux leur participation que la présence du mal dans l'œuvre commune^. Mais si Dieu n'a pas créé luimême le mal qui a sa source dans la matière et dans le corps, on ne peut nier qu'il l'a permis en laissant ses coopérateurs le créer : on peut dire qu'il l'a voulu. Le mal est prédestiné dans les décrets de la Providence. Il est nécessaire
> Leg. ^//.,t. 1. àtcb yocp toutou xa^deicEp tivo; nr^y^; al ata6'n<Teic teivovrai dvvaiuic, doctrine et formales tonte stofdeiines.
« De Prof, 307. De Mon., I, 559, M.
s II ne faut pas oublier, eo effet, que le NoOc reçoit la fie de Dieu, et que T^Xoyov reçoit U science do NoOc. Leg. AU,, t. I, Pf ., 14i. tov (làv voOv e^/vxfi^oOai 6tcb OcoO, TÔ S'otXoyov ûicb xoO voO.
* Qu. det. pot. m$id. ioL, U II, Pf., 218. ou yap, cdc itvtoi t&v àoeS&v, xbv Itov arciov xaxûv, xXXà... xà y\\UxipoL iyx'^^P^V^^'^^ ^'^ ^^C ixou9touc ttjc 8iavolac «pb; xb xs^pov xpoicdtc. De M. Opif*, t. I, Pf., 48. Itei yocp ècvatxtov cTvat xaxoO xbv icaxipa xoTc ixY6voic.
^ Leg. AU, 1088, H.
* De M. Opif., t. I, Pf., 48. Sictp éiA^atvst ovt&napaXvi^l'tv Mpwt «a; Sv tfuvcpY&v. Conf. Platon, Hm., 69. xa\ xûv (iàv Ottwv aùxbc y^vcxai év)|iioupYbc, xfi>v de OvT)xâv Ti|v Y^vco'tv xolc lavxoO Ytvvi^i&ao'i dv)|itoupYtTv icpoafxaU*
m HISTOIRE DE LA PSYCHOLOGIE DES GRECS
pour mieux faire éclater la splendeur du bien et même la bonté divine ^ Les choses et les êtres mauvais ont été produits par la même puissance que les bons, c'est-à-dire par Dieu. Il a créé, même parmi les animaux et les végétaux , des êtres méchants et malfaisants, comme des êtres bons, utiles et doux , et de même il a créé dans Tàme, à côté des bonnes, des natures et dispositions naturelles, (puasiç, par elles-mêmes nuisibles et coupables ^. C*est le plaisir, mortel à r&me, que Dieu déteste comme le corps sans aucune cause (à nous connue) ^.
La question du mal physique amène la question du mal moral que cherche à résoudre la doctrine éthique de Philon. Cette question est, pour lui comme pour tous les anciens, le point central, le foyer de la spéculation philosophique. Des activités humaines, les unes sont théorétiques sans être pratiques, comme la géométrie et l'astronomie; les autres pratiques sans être théorétiques comme les métiers manuels ; la vertu, qui est aussi une activité humaine, est à la fois théorétique et pratique, car elle est fondée sur une conception rationnelle ♦, toutes les fois que la route qu'on prend pour y arriver est la philosophie dans ses trois parties ; mais elle est aussi pratique , car la vertu est l'art de la vie tout entière, SXou y*P '^^^ P^^^ ^^'^^ '^^ïy'^ ^ àperi^. Dans quelque sens qu'on la prenne , c'est une perfection, car si la théorie, la connaissance spéculative de la vertu est admirablement belle , la pratique vertueuse est digne de tous nos efforts 5.
* Leg. AU t t. I, Pf., p. 28i. ï^i yeep et; tt)v x&v pcXTsivMV di^Xcoaiv, ylvcaiv OicoffTYjvai xai tûv ^eip6v(ûv.
* /(/.« id., 286. e(ipiQ<rei; tôv Ocbv iceicoti)x&Ta çuaeic è| àavT(bv imXi^irrouc xflt% uicaiTtou; cv ^x^'
' /(/., id., 286. YjdovTiv xâc\ afi>|i.a |ie|&^av}xev aveu atTiûv 6 0e6c. J^iyoote c à nous connue », ce qui ne supprime pas» mais atténue une opinion si extraordinaire dans la bouche de Pliilon surtout. Dieu crée le mal. ou, ce qui revient au même, le laisse créer ; il dépose dans l'âme la tendance au plaisir ; il lui donne un corps, et, ions causes^ il déteste l*un et l'autre qui sont également son œuvre.
* Leg. All.t bO, H. deuiptav ïxti* s Leg, AIL, 50, H.
C'est comme la cité propre du sage dont le méchant est exilé.
Il y a une vertu universelle, fi YevixwTâTTq àptrj^, d'où procèdent toutes les vertus particulières, qui sont comme des arbres qui poussent dans l'âme ; de ces vertus naissent les actes, tv^pytiat^ accomplis en conformité avec les maximes qu'elles édictent, et que les philosophes appellent x(xOopO(o{AaTa et xaOi^xovTtt ^ La vertu dans son essence consiste avant tout dans la piété, cûdiCcia, et dans la foi, ^f<rTi;, c'est-à-dire la foi en Dieu, source de toute vertu comme de toute vérité •. Cette vertu nous colle pour ainsi dire à Dieu, xoXX^ irpbç t&v ee<$v, la perfection même, unit notre pensée, tout notre être à l'essence immortelle, à la volonté divine 3. Le commencement et la fin de tout effort pour arriver par la vertu qui se suffit à ellemême, à la félicité, c'est cette union, cette assimilation à Dieu ^. La félicité est la joie paisible et sereine qui naît de cette union ^ laquelle est d'ailleurs conforme à la nature. De la sorte, le principe stoïcien de la conformité à la nature ^ se concilie, s'identifie même avec le principe platonicien de l'assimilation à Dieu, h[Lo((û(si(; tCù Oc(js. La vertu de l'entendement lui-même, du NoDç humain, c'est d'avoir conscience de n'être rien par soi, d'être nu et de rapporter tout à Dieu ^ ; car il n'est en lui-même, comme la sensation, ni bon ni mauvais. C'est la vertu et le vice qui le tournent vers le bien et le mal ; car par ses rapports avec les sensations, il appelle
1 Leg. AIL, 50, H.
* Leg. AU., t. I, Pf., 376. La raison elle-même n*esl qu'un songe. La pensée ▼raîe, c'est d*aYoir foi en Dieu; croire à de vains raisonnements, c'est l'errenr : aùxb; ykp 6 NoOc iv^Sicvtov eOpiOv)* 8ti «XtiOcc (liv èori 8671*3 tb iciffrtutiv Ocû, tl^cOdoc dà To ic'.ffxeueiv toT; xcvoT; XoytvtioTc*
3 ne Migr. Abr, 456, M. ; de Abr., «62; de CarU., 475. « De Decal., 515.
& De Plant., 16t. Philon la définit encore {Qu. D. t. immuL, 200) : l'harmonie de toutes les facultés vitales.
* Il le formule souvent lui-même en en rappelant l'origine : {Qu, omn. fnrob. lit. st/.. 889, a. H ) c Ils arriveront, par la philosophie, à celte fin excellente, C>;vwvciov li&XXov 9} IIu96xpY]9Tov, xb âxoXouO&ç t^ ç^ott C^v.
^ Leg. AU., i. 1, Pf., 260. fiv)^ tlvat toi tmlxôl tov ôvOpe&icivov voOv.
474 HBTOIRB INE U PSTCliOLOGIB 088 GRBGS
loi-même les choses sensibles ^. Aussi vaincre les passions, le désir, la doulear, la crainte» nées du plaisir et qui corrompent la raison*, être délivré, être vide des mouvements qu'elles nous impriment, est le plus véritable état de jouissance de rame. L'apathie de l'ftme constitue donc sa félicité parfaite '.
Au-dessous de ces vertus, la Foi et la Piété, qui est amour, vertus qu'on peut appeler chrétiennes S se rangent les quatre vertus platoniciennes, parmi lesquelles une division nouvelle permet de distinguer les vertus acquises par la science , les vertus innées et les vertus ascétiques obtenues par l'effort, la lutte, le combat contre soi-même et contre le plaisir $. Le travail, l'effort, 6 ictfvoç, est le premier et le plus grand des biens, parce qu'il déclare la guerre au plaisir. Placé entre le NoOç et le bien, qu'il désire, il le lui apporte et le réalise : c'est le oiivcpYoç du NoOç. La prudence, le courage, la justice, nous ne les acquérons que par le travail, et le travail même n'y suffit pas. U faut se plaire avec Dieu et avec la vertu ; il faut entre Dieu et nous une sorte d'harmonie intense et puissante que toute âme n'est pas capable d'établir en ellemême ^.
La vie contemplative est sans doute supérieure à la vie pratique ; mais elle n'est permise qu'à la vieillesse. La vie virile est lutte et travail '', et pour cette période de la vie humaine
< Leg, AU., id., 886-388.
« /rf., id., 808.
' Leg, AU.t 1106, H. aiciOttav xb xaXXtoTOv xapm&MTai... tàv y^p àinéOcia «atdim ^v 4^X^v xiUtùç tv5ai|tovi^ati. Mais l'apttbie ne marque que Tibseace des passions ; car il ne faut pas renoncer an monde et à la vie virile, et, d*aatre part, il ne fiiut pas trop exiger de la nature et nier la réalité de la douleur (de Alfrék., t. V, 840) ; il faut prendre nn moyen terme, xh itlaov, donner à la nature son droit, lui payer sa dette, f^m tb oîxtiov xp^oct ^ uvoir supporter le malheur avec calme et sérénité, riov^^ xai icpacAc.
* On trouve mémo meniionnées (de Pram. et /mbii., 626), en dehors de cette classification méthodique. Pespérance et la pénitence.
s VU. Jot., 357 ; de Somn., i, 401; de Ckervb., t. H, Pf., 86.
* De Ckemb.f t. Il, Pf., 86. t^v icpb; Oeov xa\ àpcrqv oplvxtion^, moftip Ttvs o^SvTOvov xa\ v9o3pàv éipyioviav.
T De Saerif. Ab. et Céin, 91; de Prof., 809.
U PSYCHOLOGIE ÉaECTIQUE DE L'tCOLX JUIVE 47«
l'action, principe mâle, est sapérieor à la science, principe féminin ^ . L'ascétisme n'est pourtant pas une fin en soi : il n'est qu'un moyen*. Les Thérapeutes, voués spécialementàlaméditation, sont à un degré de perfection morale supérieur aux Esséniens, dont la vie est surtout consacrée au travail.
La Raison, l'Esprit, qui n'a encore ni vice ni vertu, est l'état d'âme que Philon appelle nu, YiSfxvoç, et l'esprit qui se dépouille de l'un ou de l'autre est ce qu'il nomme dénudé.
Il y a trois manières pour Tàme de se dénuder :
I. Demeurer immuable, Stpctctoç, dans son amour pour Dieu, et dépouiller, comme un vêtement impur, la robe de l'opinion et de l'imagination, comme le grand-prétre, qui se prépare à entrer dans le Saint des Saints, dépouille sa longue tunique, c'est-à-dire quitte la vie mortelle de l'âme pour sa vie immortelle •.
II. La seconde est l'opposé de la première : c'est la perte de cet état de vertu par un changement de l'âme.
III. La troisième tient le milieu entre les deux précédentes ; le NoDç y est qLXoyoç, et ne participe ni à la vertu ni au vice. Ni la sensation ni la raison ne sont en acte^; l'âme n'a encore ni la notion du bien ni celle du mal. C'est l'innocence par ignorance ou plutôt par inconscience ^.
La vie morale a également trois degrés ^ : ou l'homme est encore novice dans la pratique de la vertu , et sans expérience; il fait ses débuts dans la vie^ àpx<$(xtvoç; ou il a déjà fait des progrès dans la voie du bien et de la félicité : c'est le
« De Ahrah., 247.
> Qu. dei, pot, ituid. moL, 118.
' Leg, AU.y 1097, c. H. xbv tvj; 84|t}; xoti çavTafffotc 4^X^C x^^^a èticolu- 9a|isvo(.
^ Le fice est Uatôt èv vxim^ en fiiiissaiice; tantôt en uHNifenieot pour entrer en acte, cv xtvi^fftt. Ce dernier est pire qae Kautre.
s Ug, AIL, 10981099, H.
* On trouve encore uoe autre classification des formes de la vie morale [Ùe A&rofc., t. y, Pf., 256), c*est : 1. La vie parfaite, ttXcloc; i. La vie i moitié parfidte, T)(iUpYo;... conduite par le repentir. Car le premier signe du retoor de rame à la raison et à la justice est de reconnaître ses butes et de s'en accuser, »ax{<n» iavrrtv {De Samn., t. V, Pf., 22Q ; 3. La Tie de Tespërance, é iXdÇflov.
m HISTOIRE DE U PSYCHOLOGIE DES GRECS
KpoxtfiTTcov, qui n'est pas encore arrivé à la perfection, mais qui y tend vaillamment. Il lui manque encore de la pratique et de l'exercice. La continuité de cette pratique fait la vertu parfaite et le sage parfait, riXtioc, qui possède la fixité , la solidités qui le rend inébranlable dans ses convictions et dans ses actes, et lui donne en outre la conscience de sa perfection. Car sans cette continuité, si l'on en croit les philosophes, les hommes sages sont sages sans le savoir^. Us disent, en effet, qu'il est impossible que le sage qui vient de toucher pour la première fois le but ' connaisse sa propre porfection. Ce n'est pas dans un seul et même instant que les deux actes psychiques peuvent se réaliser, à savoir l'arrivée à la limite de la sagesse et la conscience qu'on y est arrivé \ lîntre les deux états psychiques, il y a comme un terrain neutre, une frontière vide qui est l'ignorance, non pas une ignorance absolument opposée à la science , mais , au con-
* De Agrk., t. III, Pf.. 72. oTY]ptxOI)vat peSot^coc xai Xa6cTv icrj^tv. Le sage Hp Phi Ion est le sage stoïcien même : il est le maître de toutes choses {de Plant., loi), seul Archonte {de Somn,, t. V, Pf., 204). seul roi {de Aqrie., 131), égal à Dieu (de Sacr Abr., 278). C'est l'homme de Dieu qui est son seul maître {Qu. det. jtol. in», iol., t. II, Pf., 2i2), et, par suite, il est seul vraiment libre {Qu Omn. prob. lib , 94). U est citoyen du monde entier, cvOvc ovtoc xoattoicoXcTou (lie M, Opif., p. 11). C'est le prôtre, le prophète de Phumanitë {de Gtg , 197) Son amour pour Dieu se confond dans son âme et s'identifie arec l'amour pour les hommes (de Decal.f 519;. 11 veut ainsi communiquer aux autres sa force et sa vertu, et s'( force de rendre les hommes bons {de Car., i87). 11 connaît seul les extases de r enthousiasme ; il est seul Torgano de Dieu, un instrument qui résonne sous la main divine qui le touche et le frappe. {Qu. rer. div. hœr., 517, il.) (|i6vo;) êvOouaîa... opyavov 6eoO v))roOv xpou6(i.evov y.aii ii>T)tT6(tevov. Son image la plus parfaite est Tidëal du grand prêtre de Jérusalem, qui, pur de tout péché, sacrifie et prie pour riinmanité enùère et même pour toute la nature {de Vict. offer.^ 573-578 ; de Vit. Cont,, 484, H ). U est le sauveur, le libérateur des hommes, dont on doit toujours espérer la venue (de Migi\ Abr., 278) ; en un mot, c*est le Messie {de Eouterationlbui, 643), que Philon se représente comme une figure à la fois humaine et divine, et qui conduira son peuple et le monde au triomphe et à la liberté. Conf. Steinhart, Pauly^i R. Encycl., art Philon.
« De Agric., t. III, fP., 72.
' Id.-t id., 74. Tiqv te icpbc xh tclpa; âfi^iv xa\ ry)V tt;; âf i^cooc xaTâXy}^' tv. La conscience prend ici le nom de xaTaXy)<|/tc. U s'agit donc d'une perfection qui ne s*est encore réalisée que dans un seul acte et n'est pas devenue une habitude, £|ic, une manière d'être constante, fixe, inébranlable de l'âme. Une hirondelle ne fait pas le printemps, comme dit Aristote.
traire, qui en est voisine et pour ainsi dire à sa porte*.
Les quatre vertus nées de la science etqu'Aristote nomme dianoétiques, la prudence, la tempérance, le courage, la justice, ont une source commune, dont elles sont comme les embranchements, les dérivations. Cette vertu générale, c'est la bonté, la bonté qui elle-même a son principe dans la crocp^a ou le Logos, et qui ne trouve sa joie, sa félicité, ses délices qu'en Dieu, père de cette sagesse par laquelle l'homme le connaît^. Cette connaissance de Dieu est comme la conscience morale qui nous éclaire par la prudence, nous avertit par la tempérance, nous pousse à l'action par le courage, nous récompense et nous punit par la justice 3. Mais cette connaissance qui se ramène à la foi en Dieu et en l'amour de Dieu, est imparfaite et voilée, quand elle n'est tirée que de la réflexion sur ses œuvres et ses manifestations. Pour le connaître vraiment, il faut le voir directement, immédiatement, ce qui n'est possible que dans et par l'extase, état psychique, où l'esprit de l'homme quitte pour ainsi dire l'homme et est remplacé en lui par l'esprit divin.
D semblerait que cette prise de possession de l'homme par Dieu, dans l'extase et le délire prophétique ou philosophique, supprime la liberté de l'action comme de la pensée chez l'homme. Philon maintient les deux bouts de la chaîne, sans se soucier de la contradiction. Il affirme à la fois la plénitude de l'action divine et le libre arbitre de l'homme ; car pour lui la liberté consiste précisément dans son union avec Dieu, l'être souverainement libre, et est l'ouvrage même de Dieu. Cette espèce d'âme, le NoOç, œil de l'âme, n'est pas faite des
1 De Agric, t. 111, Pf., 14. Il eût éM plas simple et plus clair de dire que la sagesse parfaite étant un état permanent, une habitude devenue une nature, la conscience d'un !>eul acte de vertu parfaite accompli ne constitue pas la conscience de l'habitude vertueuse, de la possession fixe et duiable, de la perfection morale.
' Leg. All.s 52, a. H. avTY) $1 (la bonté; txicopcOstai tx tyjc toO OcoO aoftac* T) 6è ioTtv 6 deoO Xôyo; .. r^ x^^P'^ ^^^ yâvvuTai xat Tpvçà iic\ fiivcp kolxç\
3 Grossmânn, Qum$L phtl., U, p. 61.
478 mSTOnUB DE U PSYCHOLOGIB DBS GRBGS
mêmes éléments que FAme vitale ; elle a une essence plus pure et plus parfaite dont elle a été formée par les puissances divines, oA Mon fûtniç. C'est pour cela que seule de tout notre être, la raison pensante, Stàvoia, d'abord est immortelle , et, en outre, que seule, le Père qui l'a engendrée a voulu la faire libre, iXtudtp^aç y^liioat^ et a relâché pour elle les lois de la nécessité en lui faisant le don du libre choix , de la décision volontaire dans la mesure où l'homme pouvait la recevoir ^ L'homme agit donc librement; il se commande à lui-même; il se propose des fins qu'il peut atteindre et il a la conscience
de cette puissance ; iXtuOtpoupYoU xal «ÛTOxtXtù^ou yvêo^iv Xa;^(ov.
Ses actes, pour la plupart du moins, sont libres. C'est encore un point par où il ressemble à Dieu, qui est la liberté même*. Si l'on se demande sur quoi se fonde cette affirmation, Philon répond qu'il y a un principe, une loi de la nature qui veut que les contraires se fassent équilibre et soient coordonnés l'un à l'autre, en fonction l'un de l'autre. L'existence manifeste du néces8aire;dans le monde est la raison d'être de l'existence du volontaire, sans quoi les choses resteraient incomplètes <. La liberté de la volonté humaine n'est cependant ni absolue ni universelle^ ; mais elle est assez étendue et assez forte (K)ur que les actes de l'homme lui soient imputables et lui méritent des blâmes ou des louanges. L'homme estaffiranchi, autant qu'il pouvait l'être, du dur joug de la nécessité, qui soumet â la servitude les êtres sans raison.
De la possession de tous les vrais biens, qui constituent la perfection morale, natt, à des degrés divers qui correspon-
* Qu, D.mgU. tmmiii., 900, t. H. v)v cdOvaTO àilaa^ai.». w; ofov te.
* De Sêmn., Il, 98, p. 692. d Oiôc ixo^otov, àvorrx^ A t) oùma (U matière).
* De Conf, Lmg.^ 34:2. tiêt yàp xa\ xb àvTticaXov tw âxovvt^ xh ixoiSaiov nç t)|v toC icavibc avuicXTJpwaiv xaraoxcvao^iv àvaMttx^x*
^ De Somit., t V, Pf., 223. C*6st folie de croire que toot dépend de nons, if 'T)iftTv icâvTtt, qne noas sommes absolomeot et en tout les ciases libres dn bien et dm mal, afrioi t)|mI;, comme c'est une autre folie de croire que toat dépend d'une cause inconnue qui gouYerae absolument et détermine les cboses divines el humaines, dvva|uwc àopdtev ta «àvra èlTjçOai.
LA PSYCHOLOGIE ftXECTIQUB DE L'fiCOLE JUIVE 479
dent aux degrés de cette perfection , un des sentiments les plus doux de l'âme, une passion, mais une bonne et saine passion : la joie, i\ x^?^* ^^ accompagne tous les biens présents, passés, futurs, et s'y ajoute par surcroîts Si le plaisir est un mal, parce qu'il déplace les limites de l'âme ^ la joie est un bien propre et commun, dont l'âme peut jouir non seulement par la possession présente, mais par le souvenir et l'espérance. La joie et le rire qui l'accompagne et l'exprime sont des dons de Dieu. C'est Dieu même, père de la perfection de la nature, qui engendre et sème dans nos âmes cette conscience joyeuse du bonheur s. La joie, qui dans sa perfection n'appartient qu'à Dieu S comme l'espérance, est le privilège du sage ou du philosophe^.
Après cette longue analyse, il ne me reste plus qu'à résumer en quelques traits les principaux caractères distinctifs de la conception philosophique de Philon. La philosophie est une théosophie, et il nous en expose le système complet. Cette science est essentiellement éclectique ou syncrétique. La vérité est une ; car elle est une communication de la pensée divine, une et immuable par nature, â l'esprit humain. Cette communication s'est produite sous la forme de figures et de symboles, et elle se trouve dans les livres saints du peuple juif, particulièrement dans ceux de Moyse, â qui la vérité a été directement révélée par Dieu même. Mais les philosophes de la Grèce, le grand et saint Platon ^ la sainte société des Pythagoriciens ''s le grand et
^ Leg. AU,f t I, Pf., 202. tSiov xaà «otvbv àyaO^v •«xcv... imy^vtrai yoOv ttica<n«
* Id , id., 806. iitTaOclmt tovc Spovç tfjc l'^X^C* < Leg, AU., id., 370.
^ De Afnrah., t. V, Pf., 318. tb x^^P'^v ovdsvoç ôv ytvvi^u, |Uvov 8è toO
* Qu. det, pot. tntid. lo/., t. Il, Pf., 228. La joie se répand même sur le ftrle, dit Philon ; quand on possède bien ce dont on parle, quand on est maître de ses idées, le style joyeux et comme riant, ^atpwv xai fty^rfiti;, coule dair, propre, aboMlant, riche, poissant, pathétique. Id., id., 224.
* Phil , (2tt. omn. jnrob. lib., 867, H. tôv Icpc&Tectov lIXexTwva. Id , de Prof,, 450, e. U. T&v i%\ aoftf davp.a«tiévTwv àvtjp 44xt|M;.., tv 6taiti^y.
7 Id., Qh, amn. prob, lib., 885, b. H. tov iiiv oiiv tAv IIudfltYoptiMv ttpi^ TOtov éiaoov.
célèbre Heraclite , ces hommes divins, Parménide, Empédocle, Zenon, Gléanthe, ne l'ont point ignorée ^ Ils ont constitué une science humaine dont les résultats , absolument conformes aux enseignements de la loi mosaïque, sont à la fois très utiles aux hommes et dont Tétude* seule est très agréable à ceux qui ont la passion de savoir ^.
Il ne faut pas s'étonner ni *de cette conformité ni des résultats si féconds de la science grecque qui a puisé, indirectement il est vrai, à la source de toute vérité, à savoir les livres saints ; c'est là, par exemple, qu'Heraclite a trouvé son principe des oppositions de l'être ' ; Zenon la doctrine de l'apathie ^ ; les législateurs grecs leurs lois politiques et sociales^ Cette identité, ou du moins cette concordance, qui s*explique par la connaissance qu'ont eue les Grecs, depuis les temps les plus reculés de leur civilisation, des livres saints, cette concordance de la dogmatique juive et de la libre philosophie grecque devient manifeste quand on explique, commente,
* Id., Qu. rtr. dip, kctr,, 510, c. H. tov yÂyay xa\ âo(di|iov icop'aviotc *HpaxXttrov.
s Euseb., Pr. Ev., YIll, li, p. 396, b. Extrait de l'ouTrage perdu de Phikn. intitulé : icipt Ilpovotac : ûçcXiiû&Taxo; yàp ^ cupc9tc, vidtaTo; dà x%\ xa<i'avrb ToTc 9iXo(ieK6eo'iv t; C^tviaic.
3 Qu, rtr. div. hmr,^ 510, c. H. t L*uD est composé de deux cootraires dont Tanalyse nous fait connaître les opposés qui le constituent : théorie capitale, fonda* mentale, que les Grecs attribuent ï H(*raclite, mais qui, en réalité, est nxXatbv cGpc|ta Mcî>ac(i>c ». Qu. U. s. incorrupiib., c Platon, Aristole, les Stoïciens, suivant l'exemple d'Heraclite, ont piofrssé que le monde est à la lois créé et étemel. Lonftemps avant eux, Moyse avait enseigné le même dogme ».
4 Qu. omn. prob. lib.. 373. c Nul méchant n'est heureux en comparaison de rbonime de bien. C'est la doctrine de Zenon, mais qui Ta empruntée an livre des Lois : Ifotxe àï Ztjvidv àpu9xo6ai tov X6yov woiccp àito ttjc irr,Yf,c, lYj; 'loudxtcov vo|jLoOe9cac >. De Nom. Mut., 1071, a. H. « On admire les philosophes qui ont dît que la vertu est l'apathie. Mais regardes bien : G*e$t Moyse, qui est le x^P^T^c "^ 9090O ToO d^YPiaToc. »
& Vit. Moi., 657, a. H. « Les lois juives ont été imitées et pratiquées, snivies par tous les peuples de la terre habitable. Grecs, Barbares. Européens, Asiatiques, Occidentaux et Orientaux, du continent et des lies ». Tel est le procédé par lequel PhQon retrouve, dans les livres juifs, le NoOc d'Anaxagure et d'Ârtstote, le Logos d'Heraclite, le Pneuma et la çtSaïc des Stoïciens, l'Un des Pythagoriciens, le monde suprasensible des Idées et l'Idée du bien de Platon, et rassimiktion à Dieu que oe philosophe propose comme fin à l'activité humaine et comme la perfection de l'homme, dans la mesure où Thoume peut être par&it.
interprète ces livres par la méthode stoïcienne de rallégorie. Tels sont et le but et la méthode philosophiques de Philon.
C'est l'éclectisme même. Le contenu de cette science éclectique est surtout psychologique; car elle se propose de connaître Dieu pour pouvoir l'imiter, lui ressembler; mais Dieu n'est pas compréhensible dans son essence, si ce n'est par une communication surnaturelle et mystique : c'est un Dieu caché, caché à nos yeux et à notre raison, auxquels se dérobe également la substance de notre âme propre. De Dieu nous pouvons connalti'e d'une part l'existence, prouvée par la considération esthétique et téléologique du monde, fondée elle-même sur la maxime socratique : rien de ce qui révèle un art n'est produit par le hasard^ ; d'autre part nous pouvons connaître ses puissances ; mais la connaissance ne nous en est possible que par l'analyse des puissances de notre propre âme, qui est faite à son image et est uneémananation, un prolongement de son essence. L'analyse des facultés de l'âme nous amène à reconnaître que, de toutes les puissances de l'âme humaine comme de l'âme divine, la plus haute est la pensée ^ le Logos, le monde des idées, b U tûv (Stâ>v xda[xoç,que la conscience nous fait voir dans notre âme, la raison dans lanature et que nous transportons en Dieu, où il existe, comme chez l'homme, sous une double forme : le Logos interne et le Logos externe, ou plutôt s'externant, s'extériorisant. Comme puissance divine, le Logos êvStàOtToç est le système des idées,
* Leg, AU.f I, p. 66, M. ovôiv xûv tc^(x£>v ïpytaw avroi&aT^CcTat .
> Par cette distinction subtile et arbitraire entre Tessence et la substance de Dieu et ses puissances, Philon croit concilier les deux principes contradictoires qui se disputent sa pensée et se juxtaposent dans son système. Dieu est à la fois Tétre pur, incompréhensible, innommable, sans relation, d'où toute réalité émane par une loi nécessaire de sa nature ; et Dieu est démiurge, créateur, architecte et administrateur du monde par un acte de libre bonté, c'est-à-dire est Providence. De même, la Piovidence est absolue ; elle sait d'avance tout ce que feront les êtres qu'elle a créés et tout ce qui leur arrivera, parce que, placée au-dessus des limites du temps, elle le domine et voit Tavenir c^mme le passé ; mais, d*un autre cdté, l'homme est libre et dispose de son sort par ses actes, et de ses actes par sa volonté. La cause du mal, nous l'avons vu (v. p. 471, n. 4), c'est : T)(&éTcpa éYXCipT)(taTa xa\ xàc ixoutftov( t^c Siavota; icpb; xh xcîpov tpoicac*
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archétype des choses ; le Logos se réalisantestle (Tirepi^aTix^ç, le verbe créateur qui répand la vie dans les choses visibles sous forme de germes et de semences et produit ainsi le monde sensible. Le monde sensible est le second fils de Dieu, $eu- Ttp<Jyovoç; le verbe créateur, le démiurge en est le premier né, h ?tp<i>T($Yov«ç. C'est la trinité de Philon, qui n'insiste pas d'ailleurs sur ce caractère. Dans l'homme le Logos ?cpo(popix^ç est le langage, qui crée le nom des choses dont la raison crée les notions intelligibles, et cela par un seul et même acte. La pensée et la parole ne sont pas seulement unies ; elles ne sont qu'un.
L'âme d'essence divine, incorporelle en tant qu'Idée, en tant que faisant partie du monde intelligible, est immortelle ; mais son immortalité consiste dans son acte, et l'acte qui la rend réellement éternelle, c'est celui qui lui fait voir Dieu et sa sagesse'. C'est l'intuition immédiate, la vision directe de Dieu, dans laquelle l'âme se perçoit immédiatement ellemême, puisqu'elle n'est qu'un écoulement de son essence. La perception sensible est un degré inférieur de la connaissance, nécessaire pour arriver au degré supérieur, non pas en ce sens qu'elle formerait comme le fondement où il s'appuie ; car l'intuition immédiate est d'un tout autre ordre que la perception ; mais en ce sens que tout l'ensemble des sciences, que la perception conditionne, est nécessaire pour préparer l'esprit à cet état d'intuition immédiate.
Tout acte de connaissance enveloppe un acte de raison ; les deux facultés sont rapprochées, pour l'opérer, par une impression sensible, le plaisir^; car la raison éprouve un sentiment de plaisir à voir ses conceptions générales et abstraites prendre un corps pour ainsi dire et une vie dans les choses concrètes, et la perception en éprouve un plus grand encore
' Leg. AU. y 1102, H. toO acoçpoa^SviQV xa\ Oebv Myxoç etXixptvû; vb (&^ àico- OviQOxeiv.
* Nous re(rouvefX)iis cette idée dans Plotin, Enn., V, 3, 10 : la pensée et la connaissance supposent un désir et un besoin, iriOoç^ xiç t) -f^lbatç.
à voir ses représentations particulières et isolées se lier et s'élever en un système de vérités générales et supérieures, constitutives de la vraie connaissance.
Enfin, un des traits les plus caractéristiques et les plus intéressants de la philosophie psychologique de Philon, c'est qu'elle est plus qu'une ébauche, une esquisse vague, mais un dessin fermement traité et suffisamment développé de la théologie du Christianisme, qui naissait à peu près à la même époque, dont il n'a même pas connu le fondateur et qui était loin encore d'avoir une dogmatique et même d'y songer. Ajoutons que son sentiment sincèrement et profondément religieux, sa morale haute, pure, humaine, tendre, ses élans de piété mystique tempérés par l'amour, son accent pénétrant, ému, communicatif le rapprochent autant du Christianisme à ses premiers âges que sa métaphysique et sa psychologie théosophiques.
Je n'ai pas cru devoir faire entrer dans le cadre déjà si élargi de cette Histoire de la Psychologie des Grecs l'analyse des notions psychologiques qui se rencontrent dans les Évangiles, particulièrement le quatrième, les Épitres de saint Paul, dans les premiers Pères de l'Église grecque, les Pères apostoliques comme on les appelle, et chez les Gnostiques, malgré l'effort tenté par ces derniers pour élever la Foi à la hauteur d'une science, yvcoatç, et transformer ainsi la dogmatique chrétienne en une sorte de philosophie religieuse*. Ce n'est pas que le sujet eût manqué d'intérêt; au contraire, il eût été extrêmement intéressant de voir se transformer les idées psychologiques de l'Ame et du Pneuma, par exemple, sous l'influence des sentiments religieux nouveaux. La
* Pistity Sophia, le seul ouvrage des Gnostiques qui ait été consenré, édité en 1851 par Potermann, Berlin, dans une traduction latine faite par M. 6. Schwartse.