Laitprand, liv
qui n*eut pas plus le temps de lui répondre que son successeur Landon. Le siège de Rome fut donné par la sœur de Marozie à son amant Jean X, qu'elle avait déjà fait nommer archevêque de Ravenne, et qu'elle fît transférer à Rome pour ne plus en être séparée. Et c'est dans ce temps que ces misérables flétrissaient la mémoire de Formose pour le punir d'avoir changé d'Église ! Quel peuple! quel clergé et quels Papes! On a nommé ce temps le siècle de fer et de plomb, on aurait dû l'appeler le siècle de boue. Ces pontifes étaient cependant reconnus et sollicités par l'Orient. Nicolas le Mystique s'était réconcilié avec le peu de prélats qui avaient autorisé les quatrièmes noces de Léon le Philosophe, et il avait envoyé un message à Jean X pour le prier de ratifier cette réconciliation. Constantin Porphyrogénète, ou plutôt sa mère et régente Zoë. s'associait à «on patriarche pour rendre cet hommage au saint-siége. Ils ignoraient sans doute les désordres de ceux qui l'occupaient, mais s*ils les savaient, c'était un grand témoignage de soumission qu'ils rendaient à la chaire de saint Pierre. Un scandale de la même nature était donné en même temps par deux évêques de France et par le clergé de Reims, qui, pressés par les armes d'Hébert, comte de Vermandois, avaient élu pour archevêque un enfant de cinq ans, cinquième fils de ce comte ; et Jean X avait confirmé cette absurde élection. Marozie en délivra Rome en le faisant étouflTep sous un oreiller par le laquais de son mari. Gui de Toscane * : et comme le fils qu'elle avait eu de Serge III
i. Frodoard, an. 928.
était en<x)re trop jêunê, elle laissa passer Léon Yl et Etienne VIII sur le sain^siége. Je ne puis cacher cependant un éminent service rendu par Jean X en Italie. S'il fut un mauvais p^pe, il fut un assez bon guerrier ; car il défit les Sarrasins en bataille rangée et fit passer au ftl de répée tous ceux qui n'avaient pu se rembarquer. Léon VI voulut être bon pape, on Ten punit par un assassinat. Etienne Vin fut tenté de l'imiter, la mort ne lui en laissa pas le temps; et Rome fut enfin au bâtard de Marozie qui avait atteint sa vingt-cinquième année et qui porta le nom de Jean XI; c'était en 931. Il se montra digne de son origine et fut puni comme il le méritait. Mais les criminels de ce temps n'étaient châtiés que par des hommes plus criminels encore. Albéric son frère, fils incestueux de Marozie sa mère, leur enleva la ville de Rome et les fil enfermer dans le château Saint-Ange, où Jean XI finit ses jours. Albéric resta maître de Rome et de l'élection des Papes. Fleury fait supposer qu'il s'en passa pendant trois ans*. Léon VII, Etienne IX, Martin III et Agapet II furent ses créatures. Frodoard exalte la sagesse et l'esprit du premier ; le secqnd s'Aant rendu odieux au peuple ou à son protecteur, fut défiguré à coups de sabre ; le troisième essaya vainement de réformer les mœurs des moines et du clergé ; le pontificat du quatrième ne fut signalé que par le couronnement de Bérenger II, fils d'un marquis d'Ivrée et d'une fille du premier Bérenger. A sa mort, le saint-siége fut donné à un enfant de douze ou de dix-huit ans, le 9 janvier 953. C'é-
i. Liv. LV, ch. XIV.
tait un petit-fils de Timpure Marozie, fils de ce même Albéric qui Tavait emprisonnée: il se nommait Octavien. Son père l'avait associé au gouvernement de Rome ; et par son élection comme pape il réunit les deux puissances sous le nom de Jean XII. C*est le premier exemple d'un changement de nom et d'un pape véritablement souverain de Rome. Mais, selon Maimbourg ^ il ne changea point de vie. Ce fut aussi un monstre d'impureté; et Baronius, qui lui refuse le titre de pape légitime, n*y voit qu'un comédien qui jouait le rôle de pontife suprême.