‹ Histoire de la puissance pontificale (volume 2)Chapitre 223 sur 268 · I. Uv. XXIV. ch. I · texte numérisé non relu

I. Uv. XXIV. ch. I

de souveraineté dans son royaume. Nos rois partagaient encore avec le pape et les évéques le droit de convoquer et même de présider les conciles, et jouissaient surtout du droit de les autoriser ou de les défendre dans leurs États. Mais les conseils d'Hildebrand dirigeaient Léon IX, et le concile de Reims n'en fut pas moins tenu. Le pape fit interpeller tous les évéques présents et les força de se purger du crime de simonie dont ils étaient tous accusés. Il s'en trouva d'adultères qu'on déposa sur-lechamp. Tous les absents furent réputés simoniaques et excommuniés. On n'excepta pas même ceux qui suivaient le roi à la guerre, et ils étaient plus nombreux que ceux qui assistaient au concile. On renouvela les défenses de Charlemagne contre les clercs qui portaient les armes ; on condamna les laïques qui dépouillaient et usurpaient les églises; on rechercha les incestueux et les adultères et on les chargea d'anathèmes. La tyrannie sacerdotale alla même jusqu'à interdire à Reaudoin, comte de Flandres, de donner sa fille au duc Guillaume de Normandie. Le roi de France était comme non avenu. Léon IX partit de Reims pour se rendre à Mayence où il avait indiqué un quatrième concile, et Henri III y assista avec les seigneurs allemands sans lui demander compte de cette convocation. C'est pendant ces voyages que, témoin de la faiblesse des rois, de la docilité des peuples, de l'enthousiasme qu'excitait la présence d'un pape, Hildebrand crut reconnaître la facilité d'imposer le joug du saint-siége à cette foule de princes et de nations, à travers lesquelles Léon IX se promenait en souverain Ce pape vint enfin en Italie tenir d'autres conciles contre n 13

l'béràîiarque Bérenger qui, reiiouvelaot les erreurs de ieao Scot sur rËucharisUe, était persécuté et eoDctomné f§T des antagonistes qui n'en savaient pas plus que lui. On excommunia par la même occasion les femmes qui se prostituaient à des prêtres dans Tenceiote de Rome. Les fréquents voyages de Léon IX étaient toujours signalés par d'utiles réformes, par d'éclatantes conversioos, et l'on s'étonne que la ville de Rome, troublée depuis dea siècles par les factions, demeurât dans une tranquillité profonde pendant les longues absences de son évéque. On attribuait ce calme au besoin qu'avaient les seigoaurs de Toscane d'aller défendre leurs terres contre les Normands de Naples. Ces aventuriers ravageaient aussi les terres de l'Église, et Léon IX alla demander des troupes à l'empereur pour les chasser de l'Italie. Il eût mieu^ fail d'accepter l'hommage qu'ils voulaient lui faire d«i leurs conquêtes et de les recevoir comme feudatair^. Leur cooo rage eût débarrassé la papauté de ces comtes turbulents qui s'étaient rendus maîtres de Rome et qui avaieni tant de fois disposé du saint-siége en faveur de taqt de Papes indignes. Hais ces Toscans et les Allemands le détournèrent de cette sage pensée, et il eut le double tort de croire à leur supériorité et de se mettre à leur tête en menaçant les Normands de les passer au fil de l'épée s'ils ne mettaient bas les armes. Les Normands lui répondirent par une éclatante victoire. Ses Italiens et ses Allemands cédèrent au premier choc; et, forcé de s^ livrer lui-môme aux vainqueurs, il fut surpris de ne recevoir que des respects et des hommages au lieu des huiT^iliantes représailles qu il avait à craindre. L^ Nor-

mands tombèrent à ses pieds, lui demandèrent sa bénédiction, lui laissèrent le choix de la ville où il voudrait être détenu, et Tescortèrent pieusement jusqu'à celle de Bénévent qu'il avait désignée. Des chrétiens moins res* pectueux lui firent un crime d'avoir pris les armes et de contrevenir ainsi aux décrets du concile de Reims qu'il avait présidé lui-même. Mais le moine Herman Contract, qui attribua sa défaite et sa captivité à un châtiment céleste, aurait pu dire tout aussi bien qu'en lui donnant une leçon, le ciel lui avait préparé un beau triomphe.

C'est pendant son séjour forcé à Bénévent que lui vinrent des lettres d'Orient dont sa vanit^dutêtre flattée. Par l'une, le patriarche d'Antioche lui faisait part de sa promotion, et il y avait longtemps que les évêques grecs se dispensaient de cet usage ; par une autre, l'empereur Constantin Monomaque lui témoignait un vif désir de terminer Je différend des deux Églises. Il y en avait malheureusement une troisième qui ne lui était pas adressée. Elle était du patriarche Michel Cerularius qui se plaignait à Tévêque de Trani dans la Fouille de la persistance des Latins à observer des pratiques condamnées par l'Église grecque. Cette lettre, interceptée et traduite par Tévêque Humbert, fut apportée à Léon IX, et elle influa beaucoup trop sur ses réponses qui ne furent point de nature à rétablir la paix qu'on lui demandait. Il loua le patriarche d'Antioche d'avoir reconnu la primauté du saint-siége, quoique cet évêque n'en eût pas dit un mot et qu'il eut seulement repris l'usage qu'ils avaient tous de se faire part de leur élection.

il Texhorta à soutenir la dignité de son siège qui est, disait-il, le troisième du monde, rabaissant ainsi la fierté 4^ oelui de Constantinople qui, en s* attribuant le second ra^g» avait fait descendre au quatrième le patriarcat 4*Antioçhe *. Il écrit à Michel Cerularius pour lui reprox^ber laudace qu'il a eue de blâmer les coutumes de i'Ëglise; latine, de prétendre enseigner un siège qui a été jLnstruit par saint Pierre lui-même, et de juger un pontife que personne n'a le droit de juger. Pour attester sa prééminence^ il redit ce qu'un seul pape avait dit avantlui: c Qu'il a reçu de Constantin le Grand la puissance et la » dignité impériale, pour que celui à qui Dieu a domné » l'empire 4u ciel ne fût point sujet à l'empire de la 9 te;rr^.. 9 II reproduit ainsi une prétention cent fois dém^tie parles lEaits. Il reproche à Michel Cerularius de s'QQtéteir à prendre le titre de patriarche universel que Rome n'a jan^ais voulu lui accorder, de soumettre ainsi à, son patriarcat les deux qui le priment; défaire fermer dans l'Orient les églises latines qui veulent s'y établir; d^ vouloir gouverner même celles de l'Italie qui sont encore soumises à son empereur ^. 11 prie Constantin Monomaque de réprimer les entreprises de son patriarche qui se prétend le chef de ceux d'Alexandrie et d'Antioche et qui étend ses persécutions sur les monastères et les prêtres orientaux dévoués à l'Église de Rome; il n*oublie pas de redemander les domaines qu'elle possédait en Orient et qu'on lui a enlevés depuis deux siècles.

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