Mariana, tir. VL, ch. xii
Urbain II n'avait pas même de résidence fixe. Rome était toujours partagée entre les deux pontifes; et le château Saint-Ange appartenait à son compétiteur. Après un court séjour à Montcassin , il avait traversé la Fouille pour se rendre en Sicile où vinrent le trouver des lettres de rempereur Alexis Comnène qui l'invitait à se rendre à Constantinople pour régler la question des azymes. Mais cette nouvelle avance de l'Église d'Orient n*eut aucune suite. Des affaires plus importantes le retenaient dans l'Occident. Quelques évêques de l'Allemagne négociaient le repentir de Henri IV,etcet empereur manifestait le désir d'abandonner son antipape. Mais d'autres craignirent d'être les victimes de ce raccommodement et firent changer cette pacifique résolution. Ses troupes reprirent toute la ville de Rome, et le pape Urbain se réfugia à la cour de Toscane. C'est alors que pour fortifier son parti» il obtint l'alliance momentanée de la Bavière, en mariant la comtesse Mathilde au jeune Guelfe dont le père régnait sur ce duché. Elle avait quarante-trois ans, et le pape n'avait point à craindre qu'un héritier direct vînt disputer à saint Pierre cette riche succession. Ce mariage ne lui ramena point la victoire. Henri IV envahit la Lombardie, battit le jeune époux de Mathilde, s'empara de la forteresse de Mantoue; et le bruit de son invasion suffît aux Romains pour se rattacher à Tantipape. Urbain ne put d'abord s'en venger que par des anathèmes; mais bientôt après il s'attira de justes et de graves reproches en armant le fils contre le père. Les auteurs qui ont voulu en purger sa mémoire ont attribué à l'empereur dc.^ infamies et des brutalités qui auraient
révolté le jeune Conrad. Henri IV ne fut sans doute ni bon époux, ni bon père, ni bon maître. Mais il n'est pas possible qu'il ait voulu prostituer sa femme à son fils, et que la révolte du prince soit due à cette infâme proposition. La politique de Rome y suffisait. Plusieurs historiens accusent Urbain II de cette trahison > et les secours de Mathilde, la consécration de Conrad comme roi d'Italie par l'archevêque de Milan sont des preuves irrécusables. Le pape le vit même plus tard, le nomma le flls de l'Église romaine, et l'empereur fut réduit à chercher un asile dans une forteresse contre les armes de son fils.
Urbain II dirigea dès lors tous ses soins vers l'Église de France que divisaient toujours des questions de juridiction et des jalousies d'autorité. Le divorce du roi Philippe et son mariage avec Bertrade de Montfort auraient dû réunir les évêques dans une réprobation commune. Ils separtagèrent encore. Celui de Senlis bénit cette union adultère, et le célèbre Yves de Chartres la blâma ouvertement après avoir essayé d'en détourner le roi, qui le fit persécuter, piller et jeter en prison par le vicomte de son diocèse. Urbain II ordonne à l'archevêque de Reims d'aller trouver Philippe, de lui enjoindre de quitter sa . maîtresse et d'employer le glaive spirituel pour l'y forcer. Le roi essaye d'opposer un concile à la colère du pape, et c'est dans la ville de Reims qu'il le convoque; mais peu d'évêques s'y rendent, tandis que rarchevêquc Hugues de Lyon en assemble un autre dans la ville d'Autun, le 16 octobre 1094, pour frapper ce ma-