‹ Histoire de la puissance pontificale (volume 2)Chapitre 234 sur 268 · Gnîbert d« Nogent · texte numérisé non relu

Gnîbert d« Nogent

naçait leur maître. Il ouvrit le concile le 18 novembre par cet acte de colère. II y eut des protestations, mais sans effet, contre cet exercice d'un pouvoir absolu. Une seule pensée occupait tous les assistants. Le pape parut enfin dans la chaire. II peignit avec éloquence la triste situation des chrétiens d'Orient et la cruauté de leurs bourreaux ^ ; il appela tous les fidèles au secours de leurs frères; et tous ses auditeurs émus, transportés jetèrent cet immense cri de : Dieu le veut t Dieu le veut! qui retentit dans l'Europe entière.

c Eh bien t ce sera votre cri de guerre,» reprit le pontife, et il donna pour chef à cette multitude armée, l'évéque du Puy, Âdhémar de Monteil. Les princes, les seigneurs, les évéques, les peuples, se levèrent de toutes parts : mais je n'ai point à raconter ce pieux soulèvement, ni les résultats glorieux et sinistres de cette irruption de l'Europe sur l'Asie. II y eut aussi des motifs politiques. L'abbé Fleury le fait entendre; il rappelle un sermon d'Urbain qui tendait à détourner vers l'Orient cette ardeur guerroyante dont les seigneurs étaient animés; ces chevaliers turbulente, ces prélats belliqueux, toujours prêts à se révolter contre leurs suzerains ou à s'égorger les uns les autres. Tout était dans un si grand désordre, dit Guillaume de Tyr, qu'il semblait que le monde était à son déclin et prêt à retomber dans le chaos. Cette anarchie fut en quelque sorte assoupie par la folie des croisades; et si le pape Urbain l'avait prévu, l'histoire devrait le compter en nombre des plus grands politiques. Il ne

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