‹ Histoire de la puissance pontificale (volume 2)Chapitre 74 sur 268 · Aug., Epitt., CLXXV et CLXXVI. ÉJ, de · texte numérisé non relu

Aug., Epitt., CLXXV et CLXXVI. ÉJ, de

tant en son nom qu'au nom de quatre autres évèques, pour lui exposer plus en détail l'histoire de cette hérésie et des obstacles qu'on a mis k sa propagation. Il lui demande de faire venir Pelage à Rome, de l'interroger, de le forcer à déclarer ce qu'il entend par la grâce. Il avertit en même temps le pape que cette hérésie fait de grands ravages dans Rome même et l'engage à y mettre ordre. Ces derniers mots ne sont point d'un subordonné. Mais il est juste d'observer que les deux conciles s'accordent pour donner au siège romain le titre de siège apos* tolique ;eii\ parait qu'à partir de cette époque ce titre n'est plus donné à d'autres sièges. Il n'en est pas de même de votre Sainteté. Les Papes n'ont pas encore absorbé cette formule. Tous les évêques s'écrivent ainsi les uns aux autres, et le pape Innocent ne l'oublie point en répondant à saint Augustin. Mais il a grand soin d'appuyer sur le titre de siège apostolique par excellence que les évêques de Rome ont enfin conquis, par une conséquence de la croyance universelle que saint Jérôme avait établie sur l'épiscopat de saint Pierre. Mais Innocent essaiera vainement d'en faire découler des principes qu'on n'est pas tenté de lui concéder. C'est dans sa réponse à ces deux conciles de Carthage et de Milève qu'on trouve les prétentions dont j'ai déjà parlé, c'est-à-dire qu'il était de droit divin qu'on le consultât avant de traiter des matières ecclésiastiques dans quelque synode que ce fût. Il va même jusqu'à les louer d'avoir gardé cette antique tradition, de s'être souvenus de la vieille discipline de l'Église en le consultant avant de conclure; et ils ont tous conclu avant même de le consulter, puisqu'ils lui

envoient leurs conclusions, non pas pour qu'il les approuve, mais seulement pour qu'il rende les mêmes sentences. N'importe, il continue sur le même ton : c Vous si^vez, ajoute-t-il, ce qui est dû au siège apostolique, que rien ne doit être décidé dans les provinces les plus éloignées de rÉglise, avant que ce siège en ait été saisi afin que son autorité établisse partout ce qui est juste et que toutes les Églises s'y conforment, i II compare enfin ces Églises à des eaux qui sortent d'une même source et qui vont arroser dans leur pureté native toutes les régions du monde chrétien.

La métaphore n'est pas plus admise que la prétention. Celle de saint Gyprien avait eu plus de succès quand il parlait de ce tronc unique d'où partaient des rameaux sans nomhre. C'est qu'il entendait par là TËglise entière, tandis que la source d'Innocent s'appliquait à Rome seule. L'Orient protestera plus d'une fois encore contre im langage renouvelé de Jules et de Damase; et le pape Innocent avait jusque-là montré plus de modestie. Il arrive enfin à Célestius et à Pelage. Il les condamne à son tour, il les déclare indignes de la communion de l'Église. Mais il ouvre à leur repentir une voie de conciliation, en ajoutant que, s'ils veulent admettre la nécessité de la grâce de Jésus-Christ, l'Église entière ne peut se refuser à les reprendre.

La mort d'Innocent, arrivée le 12 mars 417, et l'avénement de Zosime changent tout à coup la situation des deux partis. L'infaillibilité du pape, qui du reste, n'était pas encore inventée, va recevoir, comme au temps de Libère, un éclatant démenti. Célestius, qui connaissait

sans doute les diq>esUions du nouveau pontife, vint protester dans Rome même contre sa condamnation. Pelage s'était auparavant contenté d'écrire, mais sa lettre adressée à Innocent n'avait été rendue qu'à son successeur. Zosime ne voit que cet appel au saint-siége qui lui donne, selon lui, le droit de recommencer le procès, et d'ordonner la comparution devant son tribunal. Il assemble son clergé dans la basilique de Saint-Clément, où se rendent aussi quelques évéquesdu voisinage. L'adroit Célestius parait dans cette assemblée. Il accuse les prélats d'Orient de s'être laissé tromper par les délations d'Eros et de Lazare, de ne l'avoir pas plqs entendu que Pelage. Ce n'est pas cependant qu'il dissimule son opinion sur le péché originel, comme l'avancera plus tard le cardinal Noris ^ II a laissé à son ami les ambiguïtés, les subterfuges dont il s'enveloppe pour ne pas répondre directement aux questions qu'on lui pose. Célestius va droit au but. Il professe dans le synode même que le péché ne naît pas avec l'homme, qu'il ne lui est pas transmis par ses pères, qu'il vient uniquement de la volonté humaine, qu'il découle enfin du libre arbitre^.

Zosime ne parait point eil'rayé de cette doctrine. Ce n'est point ce qui l'occupe le plus. Il lui importe davantage d'attirer à Rome les premiers juges des hérétiques. B blâme vivement la précipitation des Africains; et, feignant d'attribuer à d'autres qu'au puissant Augustin les tracasseries que l'Orient a suscitées aux Pélagiens, il

i. Hitt. Pélag.

1 Aog., De Peeea, arijf., ch. xxiii.

s'en prend aux deux évêques de la Gaule, qui auméprisde son siège, ont porté Taccusation au concile de Diospolis. Il les traite de brouillons, de vagabonds et d'intrus, il confirme leur déposition des sièges d'Aix et d'Arles et les retranche de la communion chrétienne. Quant à Gèlestins et à Pelage, il suspend son jugement que cet anathème fait assez pressentir. II arrive enfin au but de cette révision en donnant aux évéqucs d'Afrique deux mois pour venir justifier leurs sentences, déclarant qu'à l'expiration de ce délai, il prononcera l'absolution des Pélagiens. Il ne veut plus entendre parler d'Eros et de Lazare. G'est au premier accusateur, c'est au diacre Paulin qu'il ordonne de venir à Rome pour soutenir son accusation. Les paroles et les motifs de Zosime ont été diversement interprétés. L'abbé Fleury prétend * que ce pape, voyant dans Célestius un homme qui pouvait être utile à l'Église, craignit de le pousser dans le précipice par une rigueur excessive, et qu'il lui donnait ce délai de deux mois pour qu'il pût se convertir. Dom Bruys, au contraire, ne prête à Zosime que le dessein d'attirer les appellations en leur accordant ainsi un mûr examen, et d'opposer l'esprit et le talent de Célestius à des évoques qu'il voulait humilier*. J'ai dit ce que j'en pensais, et j'ajouterai que si le délai concernait uniquement les Africains, ils ne répondirent point à cette sommation par une aveugle obéissance, qu'il entra même plus d'indignation que de déférence dans leur conduite ultérieure.

Page 1