‹ Histoire de la puissance pontificale (volume 2)Chapitre 76 sur 268 · I. Pifi, Bût., p · texte numérisé non relu

I. Pifi, Bût., p

nisalem, de Thessalonique, de Carthage, de rOrient tout entier, pour leur annoncer la condamnation de Pelage. Mais Fleury a tort de dire que tous ces évdques y souscrivirent. L'Église orientale Tavait prononcée avant celle de Rome, et c est au contraire aux décrets du con-^ cile que Zosime avait souscrit après des délais assez long» et des tergiversations assez étranges.

Cette autorité, que Tévéque de Rome essayait vainement de faire reconnaître aux Orientaux et aux Africains, était en même temps contestée dans TOccident, qui, depuis plus d'un siècle, avait abandonné toute espèce d'opposition aux volontés du saint-siége. Julien, évéque d'Éclane, dans la Gampanie, refusa d'adhérer à la condamnation des Pélagiens ; et dix-sept autres évoques d'Italie suivirent son exemple. Julien porte dans ce débat toute la fougue de la jeunesse. Il traite Innocent et Zosime de prévaricateurs. Il accuse tous les ennemis de Pelage d'adopter la fatalité des païens en acceptant la solidarité forcée d'un péché qu'ils n'ont pas commis; et pour frapper directement sur saint Augustin qui avait partagé autrefois les erreurs de Manès, Julien établit que la doctrine de la grâce mène droit au manichéisme. Zosime, étonné de cette manifestation d'indépendance, ne répondit que par des anathèmes, qu'appuyèrent les proconsuls d'Honorius. Julien et ses adhérents furent contraints de s'expatrier. Us en appelèrent vainement à toutes les puissances orientales. Ils ne pouvaient y rencontrer que des condamnations nouvelles. Atticus, qui avait pris la place de saint Chrysostome sur le siège de Constantinople, les rejeta lui-même de son Église et

les fit chasser de la ville par Tempereur Théodose le Jeune, qui, renouvelant dans son empire Tédit d'Honorius, ajouta la peine capitale aux châtiments que l'empereur d'Occident avaient infligés aux Pélagiens. Cette peine ne fut au reste appliquée à personne, pas plus qu'un' autre édit de Constance, beau- frère et collègue d'Honorius, qui proscrivait tous ceux qui donnaient asile aux sectateurs de Pelage. On se bornait à les excommunier, à les bannir; et de leur côté ils ne cessaient de solliciter un concile général. Saint Augustin leur criait vainement que leur cause était jugée. Ils cherchaient toutes les occasions de faire infirmer le jugement. Un concile ayant été convoqué en 424 dans Antioche par son évêque Théodote, ils s'y présentèrent en grand nombre. Mais ils y trouvèrent Eros et Lazare, qui, malgré les anathèmes de Rome, jouissaient toujours de Testime des Orientaux. Pelage et sa doctrine y furent encore une fois condamnés ; et la mort de Jean de Jéru-^ salem l'ayant privé de son plus fort appui, il fut chassé de la Palestine par l'évêque Prayle, nouveau pasteur de la ville sainte.

On ne sait plus dès ce moment où le retrouver, ni dans quel lieu il alla terminer sa vie. Quelques-uns prétendent qu'il se réfugia en Angleterre, et que saint Germain d'Auxerre l'y suivit pour éclairer les fidèles de cette île, et pour les prémunir contre ses artifices. Mais on ne le revit plus dans aucune province de l'Europe. Sa doctrine n'en fut pas moins soutenue par Julien d'Éclane et par l'infatigable Célestius. Julien crut trou* ver un secours dans Théodore de Mopsueste, qui avait.

même avant Pelage, combattu le péché originel. Mais ce vieux prélat venait d'abjurer son erreur dans un synode de Cilicie. Gélestius osa reparaître lui-même dans Rome après la mort de Zosime, et, repoussé par le nouveau pontife, il ne craignit point d'aifronter la colère et les édits de Théodose le Jeune en se montrant encore dans Constantinople. Il espérait y trouver un appui dans l'évoque Nestorius, dont Thérésie commençait à se répandre, et obtenir par son crédit la convocation d'un concile oecuménique. L'empereur d'Orient répondit comme saint Augustin : Votre cause est jugée. Mais l'opiniâtreté de Gélestius n'en était pas ébranlée. Trois ans après, il apparaît à Ëphèse, où les évéques d'Orient étaient assemblés pour une autre affaire, et il leur demanda la révision de sa sentence. La délibération ne fut pas longue. Frappé d'un nouvel anathème, il disparut enfin comme Pelage, sans que l'histoire ait voulu nous informer de sa retraite et de sa mort. Julien d'Éclane lui survécut neuf ans et alla mourir, en 440, dans un coin de la Sicile. Le moine Cassien, fondateur de l'abbaye de Saint-Victor de Marseille, essaya de raviver le pélagianisme en le modifiant. Il admit le péché originel, sans adopter le système de la grûce pour amener le repentir. Il la déclare seulement nécessaire en cas de rechute. Ce fut l'origine des semi-Pélagiens, qui firent moins de bruit dans le monde et qui ne soulevèrent aucun conflit entre le siège de Rome et les autres sièges de la chrétienté. C'est pour ce motif que j'ai cru devoir achever l'histoire de cette hérésie pour ne point en embarrasser le récit des nouveaux débats de l'Église de Rome avec ses rivales.

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