‹ Histoire de la puissance pontificale (volume 3)Chapitre 12 sur 105 · Muratori, lir. I«^ p · texte numérisé non relu

Muratori, lir. I«^ p

Maïs il suffit de la lire telle qu'elle est rapportée par le . moine Gratien dans la compilation qu'il a publiée sous le nom de Décret^ pour être convaincu de la fausseté de ce document. On y parle de satrapes, on y fait dire par Constantin que la puissance impériale, comme terrestre est au-dessous de TÉglise romaine. On lui fait donner à saint Pierre son diadème, sa couronne, sa mitre, toutes choses qui n'en signifient qu'une seule. Il remet au Prince des Apôtres sa dignité impériale, le commandement de sa cavalerie, la ville de Rome^ toutes celles de l'Italie et même de l'Occident. Il se démet de sa domination sur tous ces pays en faveur de saint Pierre, parce qu'il n'est pas juste qu'un empereur terrestre garde le moindre pouvoir dans les lieux où Dieu a établi le chef de la reli-> gion chrétienne. Et ce même Constantin qui se démet de tout, a jusqu'à la fin de sa vie gouverné toutes ces villes et ces provinces. Il â dicté des lois à l'Église. Il a constamment démenti toutes les absurdités que lui prête un • impudent faussaire. Il existe cependant deux copies de cette prétendue donation. Celle qui est, dit-on, conservée dans les archives du Vatican, n'est pas aussi stupide que celle de Gratien. Mais elle contient assez d'impertinences pour être traitée d'apocryphe. Rome l'imposa cependant à la crédulité publique depuis le neuvième siècle jusqu'au quinzième. Ce fut alors seulement que Laurent Valla employa toutes les formes de son acerbe critique à ruiner cette invention du moyen âge que venaient d'accréditer encore les conciles de Bâle et de Florence. Il traita son auteur de scélérat, d'imposteur et d'ignorant stupide; et souleva contre lui le pape Eugène lY et tout

— sale sacré collège, qui le forcèrent à se réfugier à la cour de Naples.

Des critiques moins violents ont cherché plus tard à éciaircir l'origine de cette œuvre de Tambition romaine; et le président Hénault a peut-être approché de la vérité en l'attribuant à l'interprétation exagérée des édits et de la munificence de Constantin en faveur de l'Église. On sait en effet que cet empereur donna des sommes considérables à saint Pierre, on peut même dire qu'il assigna son palais de Latran pour résidence à Tévêque de Rome et qu'il permit aux ecclésiastiques d'acquérir et de posséder. Cette permission n'était pas irouvelle. Avant Dioclétien, les évêques et les prêtres avaient accepté une grande quantité de donations immobilières. Cet empereur et Maximien son collègue avaient ordonné la confiscation de ces domaines ecclésiastiques, et l'ordre avait été exécuté partout, excepté dans les Gaules, où Constance Chlore n'avait point souflert cette spoliation de son clergé. Il est étonnant de voir révoquer cet édit de Dioclétien par Maxence, mais Constantin ne fit que convertir en droit perpétuel cette tolérance de l'ennemi des chrétiens. Le clergé usa de cette permission avec une avidité si désordonnée que, trente ans après, Valentinien se vit forcé de la réprimer. Les veuves et les orphelins étaient impitoyablement dépouillés. Le nouvel édit fait même entendre que l'adultère et le libertinage y contribuaient plus que la piété. Saint Jérôme s'en plaint luimême. Théodose fut obligé de renouveler ledit en 390 et ne fut pas plus écouté que Valentinien. Telle était la scandaleuse multiplicité de ces acquisitions, que saint

Cbrysostôme et saint Augustin en firent plus tard le sujet de leurs sermons et de leurs homélies. Ce dernier refusait obstinément toutes les donations qu'on^faisait à son Église d'Hippone. L'usage de ces biens devint un autre scandale. Les pauvres étaient oubliés. Il fallut leur assurer par un nouveau décret le quart des revenus ecclésiastiques. Mais les édits de Marcien, d' Anastase, de Justinien encouragèrent de plus en plus tous ces coureurs d'héritages.

Rome prit une large part à cette immense curée. Elle possédait des domaines dans toutes les parties du monde, en Asie, en Grèce, en Sicile, en Afrique, dans les Gaules, et surtout dans les environs de Rome. Nous avons vu Grégoire P' correspondre avec les administrateurs de ces domaines et régler l'emploi de leurs revenus. Nous avons vu des empereurs qui les saisissaient, d'autres qui les restituaient au saint-siége; les rois lombards s'emparaient souvent de ceux qui étaient à leur portée et les rendaient dès qu'ils étaient battus. Eginhard et les autres chroniqueurs confondent souvent ces domaines avec les provinces où ils sont situés; et cette confusion a pu tromper ou servir les historiens de l'Église. C'est seulement à l'ensemble de ces possessions que Rome dut appliquer le nom de patrimoine de saint Pierre^ comme faisaient toutes les Églises. On appelait patrimoines de saint Apollinaire, de saint Ambroise, de saint Asprème, les domaines de Ravenne, de Milan et de Naples. Il est évident que celui de Rome était le plus considérable, cela devait être; mais, comme l'ont remarqué les auteurs de Y Histoire universelle \ les écrivains modernes ont eu

i. Liv. IV, note da chap. xvni, p. 561.

tort de dire que TÉglise de Rome avait possédé les Alpes Cottiennes, la Sicile, la Calabre, les duchés de Spolette et de Bénévent, la Toscane et la Campanie. Elle n'avait que des fermes considérables dans toutes ces provinces; et le pape Etienne III est le premier qui les aurait acquises, si la donation de Pépin était plus vraie que celle de Constantin. Nous en dirons plus tard notre pensée quand nous en serons à celle de Charlemagne.

Mais il est probable que le pape se crut autorisé par cet acte de Pépin à prendre une sorte de souveraineté sur Rome, puisque nous le voyons donner le gouvernement de Ravenne à son archevêque sous le titre d'exarque*. Pierre de Marca le nie *; il prétend au contraire que les Papes , respectant la légitimité des Césars , n'avaient eux-mêmes gouverné que sous le titre d'exarques jusqu'à l'année 876. Et quelle était donc cette légitimité? Y avait-il alors un seul roi légitime dans le monde ? L'empereur Copronyme n'était que le fils d'un usurpateur. L'empire d^Occident avait péri sous le glaive d'Odoacre, de Théodoric et de Clovis. Si Bélisaire et Narsès en avaient repris une partie, les Lombards l'avaient reconquise par le droit du plus fort, qui était le seul droit de l'époque. Depuis la destruction de l'exarchat par Astolphe, ces provinces étaient au premier occupant. Pépin ne les avait point enlevées à l'empereur d'Orient, mais au vainqueur de l'exarque. Et dès que leur conquérant les cédait au pape, Etienne III y avait autant de droits

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