Hist. unir,, lom. XXXII, p
protestant dont Gibbon reconnaît cependant la bonne foi < . Ce même Gibbon, tout protestant qu'il est lui-même, croit à cette donation, mais il suppose qu'elle était seulement verbale, se fondant à cet égard sur l'opinion de Leffevre de Saint-Marc qui l'avait consigné dans son Abrégé chronologique de l'histoire d'Italie,
Toutes ces contradictions auraient pu disparaître, si on avait voulu examiner la conduite ultérieure de Charlemagne et la situation politique où il laissa l'Italie. Disons d'abord que Charlemagne aurait donné ce qui ne lui appartenait point encore, puisque le siège de Pavie n'était pas terminé. C'est à son retour que cette ville se rendit et que Didier lui céda tous ses États, pour aller s'enfermer et mourir dans le monastère de Corbie. Adalgise,son fils, se réfugia à la cour de Constantinople, où il intrigua vainement toute sa vie pour se faire rendre l'héritage de son père. La veuve et les fils de Carloman, dont Didier avait voulu se servir, avaient déjà été pris dans Vérone et relégués dans un autre cloître. Le royaume d'Alboin et de Luitprand fut anéanti; et Charlemagne joignit au titre de roi des Français celui de roi d'Italie que les derniers rois Lombards s'étaient adjugé. Ce titre lui fut conféré par Thomas, archevêque de Milan, qui ceignit son front de cette couronne de fer qui s'est reproduite de nos jours. C'est sous le titre de roi d'Italie que son secrétaire Eginhard.nous le représente dés ce moment dans ses Annales^ et ce témoignage contemporain ne saurait être démenti par aucun autre. C'est en
i. Gibbon, ch. xlix.
cette qualité qu'il administre, qu'il juge, qu'il gouverne dans Rome même * . Les honneurs qu'il y reçoit du chef et des dignitaires de l'Église ne l'éblouissent point assez pour lui faire abandonner les prérogatives de la couronne. Il se réserve la nomination des évêques, il leur défend de se faire sacrer sans son approbation, il se fait proclamer protecteur du siège apostolique, mais en définitive ilne lui donne rien, puisque le pape ne fa'it pendant sa vie aucun acte de souveraineté temporelle. Trois ducs lombards sont laissés en possession des duchés de Frioul, de Spolette et de Bénévent que le libéral Anastase comprend dans sa prétendue donation. Le moine Sigebert affirme en outre que Gharlemagne jouit dès ce moment du droit d'élire les Papes, que ce droit lui fut concédé par Adrien. Baronius le nie, il accuse Sigebert de mensonge, il cite un capitulaire de Gharlemagne qui donne ou rend au clergé et au peuple la liberté de cette élection. Mais si ce capitulaire était réel, il confirmerait l'assertion de Sigebert, car Gharlemagne n'avait pas besoin de donner aux Romains un privilège qu'ils exerçaient depuis qu'il y avait des évêques à Rome. Le Père Sirmond et Pierre de Marca ont contesté cet édit à Gharlemagne et ils l'attribuent à Louis le Débonnaire. La jouissance du premier aurait donc duré tout le temps de sa vie. Mais elle n'a point existé. Il n'y a eu qu'une élection de pape pendant la vie de Gharlemagne, et ce roi n'y a contribué en rien. Mais le pape Adrien vivait encore; et l'on chercherait vainement dans les chroniques ce qu'il faisait des quatre
i. Bossuet, Discours sur VUisU univ.y an. 774.
villes qu'on lui aurait rendues. Étaient-elles des enclaves du royaume d'Italie que Chaiiemagne gouvernait en maître? Le pape se bornait-il à en toucher les revenus? L'histoire ne nous a transmis aucun acte de sa souveraineté, tandis que ceux du roi sont cités à profusion. Adrien eut pendant ce temps le bonheur d'apprendre que, le 44 septembre 775, Coastantin Gopronyme avait terminé son exécrable règne de trente-quatre ans ; mais il espéra vainement que Léon Charare, son fils et son successeur, abandonnerait la secte des Iconoclastes. Après quelques apparences d'orthodoxie, le nouvel empereur reprit les allures de son père. Deux images, trouvées dans le lit de sa femme Irène, servirent de prétexte à de nouvelles barbaries; mais sa mort y mit un terme en 780, et Constantin Porphyrogenète prit la place de son père sous la régence de cette même Irène, dont l'avènement donna au pape l'espoir de rétablir en Orient le culte des images. Il n'eut pavS le temps de s'en occuper. Des révoltes éclataient de toutes parts autour de lui. Pendant que les Saxons, les Bavarois et les Bretons occupaient toutes les armées de son puissant protecteur, les ducs lombards essayaient de reconquérir leur indépendance. Rotgand, duc deFrioul, et Hildebrand, duc de Spolette, s'étaient proclamés souverains. L'archevêque Léon de Ravenne avait suivi leur exemple. Il avait levé une armée, et s'était emparé du duché de Ferrare, des principales villes de l'Emilie, alléguant de son côté une donation particulière de Charlemagne K