Ibid
autre article de la ootistitutîon porte expressément que le pape élu ne sera désormais consacré qu'après avoir prêté serment entre les mains d'un commissaire impérial. Sur quoi fonder, après tous ces exemples, d'abord Tindépendance absolue des Papes et plus tard leur désastreuse autorité sur les couronnes? Comment concilier cette constitution de Lothaire avec le capitulaire de son père? Remarquons en définitive que depuis un siècle les Papes reconnaissaient leur véritable caractère en rendant à César ce qui était à César. Ils souffraient même assez souvent que les rois se mêlassent de ce qui était à Dieu. Louis le Débonnaire suivit ^'exemple de Charlemagne dans la question des images. Instruit cependant que son père n'avait pu s'entendre avec le pape Adrien, il crut devoir demander à Eugène II s'il ne convenait pas de faire encore examiner cette question par les évêqiies de France. Cette démarche de Louis lui était suggérée par Michel le Bègue qui avait prié son collègue d'Occident d'intervenir dans ce débat. C'était une lueur de bon sens. Mais il n'est pas inutile de faire remarquer la suscrip^ tion de cette lettre orientale ; elle était adressée au roi des Francs et des Lombards nommé par eux empereur. C'était une demi-protestation qui n'arrêta point le fils de Charlemagne : il envoya donc demander au pape Eugène s'il consentait à ce nouvel examen; et, sur sa réponse affirmative, Louis convoqua à Paris les évéques de l'empire. Ce synode, auquel n'assista aucun légat de Rome, s'ouvrit au mois de novembre 835, et ne donna pas plus raison au pape que ne l'avait fait le concile de Francfort sous Charlemagne. Le livre carolin de cet em-
pereur y ftit pleinement approuvé. Le second concile de Nicée et celui de llconoclaste Copronyme furent condamnés. On y décide qvHl est également blâmable de briser et d'adorer dés images. On n'oblige personne d'en avoir, mais on ne le défend à personne. On déclare enfin que les images ne nuisent à rien pourvu qu'on ne leur rende aucun culte religieux. Ces décisions sont envoyées à Louis le Débonnaire pour être approuvées; et cet empereur écrit au pape pour l'engager à les approuver lui-même et à s'unir à lui pour les faire accepter par l'empereur de Constantinople.
Il est étrange que la réponse d'Eugène II ne soit pas plus connue que celle d'Adrien, Il est impossible que le pape n'en ait pas conféré avec les évêques de Sens et d'Orléans envoyés à Rome par Tempereur ; et il est inconcevable qu'on ne trouve aucune trace de cette conférence. Elle n'a pu être suppriméequeparceuxqui avaient intérêt à faire disparaître ce dissentiment des évêques de France avec le saint-siége, et ce témoignage important des libertés de l'Église gallicane qui persista longtemps dans la même doctrine, sans cesser d'être en communion avec l'Église romaine. Il fut même tenu un concile à Rome dans l'année suivante, sans qu'il fût question de cette affaire. On n'y parle que de l'ignorance des clercs, de prêtres qui font l'usure ou qui vont à la chasse, d'évêques qui volent le bien des paroisses, du dérèglement des moines, de femmes qui passent le dimanche à danser ou à chanter des chansons déshonnêtes. Mais des images pas un mot, et Eugène II mourut le27 août 827, sans qu'on pût savoir ce qu'il avait pensé du synode de Paris. Valentin,
son successeur, ne gouverna l'Église que cinq semaines, et la vacance du siège dura plus que son pontificat. Grégoire IV avait bien été élu; mais suivant la constitution du roi Lothaire, on n'osa point le consacrer avant l'arrivée du commissaire envoyé par l'empereur Louis pour recevoir son serment de fidélité et celui des Romains ^. Le nouveau pape ne fit pas plus connaître son opinion sur la question des images. Ils semblaient tous craindre de heurter celle des évêques et de l'empereur de France* L'évêque Claude de Turin s'était cependant prononcé pour les Iconoclastes; il avait hautement attaqué la doctrine de l'Église de Rome. L'Écossais Dungall, qu'on disait appartenir au monastère de Saint-Denis, avait fait grand bruit en le réfutant. Grégoire IV gardait un silence qui contrastait avec les habitudes des anciens Papes. Il était même indifférent aux plaintes des orthodoxes d'Orient que traquaient et tourmentaient les sicaires de Michel le Bègue et de son digne fils Théophile.
Sa conduite pendant la criminelle révolte des fils de Louis le Débonnaire, fut celle d'un esprit faible et variable qui se laissait dominer par les événements. Il perd l'occasion de faire du saint-siége le médiateur des discordes royales et se montre partout au-dessous de sa mission. Il décide d'abord qu'en vertu des canons de l'Église, l'impératrice Judith ne peut être séparée de son mari, et il semble plus tard embrasser le parti de Lothaire qui l'a proscrite. Il vient en France dans l'intention. de réconcilier le père et les enfants; et il montre une telle partialité pour les