OuiiK de Tyr
laissa point refroidir Tenthousiasme qu'il avait provoqué. II tint des conciles à Tours, à Nîmes, à Rouen, à Montpellier, excitant partout la même sympathie, et fut ramené à Rome par une partie des croisés. Son entrée fut triomphale ; la comtesse raccompagnait. Ses troupes allèrent attaquer Henri IV et son antipape elles réjetèrent sur TÂIlemagne. Mais un caprice de la fortune releva Tempereur. Aucun parti n'était jamais abattu. Le vaincu de la veille était le ^inqueur du lendemain. On dit que ses plus turbulents ennemis s'étaient croisés. Ses sujets fidèles l'entourèrent : Henri IV tint une diète à Maycncc, fit mettre son fils Conrad au ban de Fempire, et désigna le second de ses fils pour son collègue et son héritier.
Urbain II assemblait de son côté cent quatre-vingt-trois évéques à Bari. II en vint de Constantinople qui essayèrent de terminer le schisme des deux Églises en sollicitant un nouvel examen de la procession du Saint-Esprit. Le concile en fut moins touché que de la querelle des investitures. € On ne pouvait voir sans horreur, disait le Saint- » Père, que des mains de prêtres élevées à l'honneur de » créer le Créateur, de l'offrir à son Père dans le saint » sacrifice, et pour le salut du monde, fussent condam- » nées à êtres pressées par des mains impures, profanées » par des attouchements infâmes, toujours souillées du f sang des hommes. » Urbain II n'eut pas longtemps à supporter ce spectacle qui le faisait frémir. La mort l'en affranchit le 9 juillet 1099, et cette mort lui enleva lé bonheur d'apprendre la conquête de Jérusalem et la délivrance du Saint Sépulcre. On a moins parlé de ce pape que de Grégoire VU, mais il fut plus grand que lui, et le
saint-siége dut à sa prudence une autorité plus universellement respectée.
Le cardinal Rainier, qui lui succéda sous le nom de Pascal n, se rapprochait un peu plus du caractère d'Hildebrand dont il avait été le favori. Nous l'avons vu faire preuve de fermeté dans sa légation d'Espagne ; et sa première pensée fut la destruction de Tantipape qui troublait l'Italie depuis vingt années. Aidé des troupes et des trésors de Roger, duc de la Fouille^ il chassa Guibert de la ville d'Albane, le poursuivit à outrance; et une attaque d'apoplexie l'en délivra ; mais l'empereur n'en fut point abattu. Son lieutenant Yerner et Richard, prince de Capoue, créèrent successivement trois nouveaux antipapes, qui passèrent comme des fantômes. Le premier, nommé Albert, fut pris et déposé le jour même de son élection. Un second, nommé Théodoric, dura quatre mois à peine ; et le troisième, appelé Haginulfe, expia dans un exil éternel quelques jours de pontificat. Les ennemis de Pascal II se lassèrent d'en créer, il resta maître du saintsiège et poursuivit le cours de ses violences. Ses légats régnaient en France plus que le roi Philippe. Ils y tenaient des conciles qu'il est triste de raconter^ car ils ne sont occupés que de questions de propriété que la primitive Église aurait rougi d'avoir à débattre. Il faut dire cependant que l'Ëglise gallicane était purgée de bien des vices que nous avons signalés. On y remarquait aussi moins d'ignorance. On y citait un plus grand nombre de prélats éminents et dignes de leur mission. Yves de Chartres en était le modèle et le directeur. Il était plus puissant que les légats eux-mêmes, et ses conseils i^-
giaient souvent la conduite des souverains-pontifes. Il était moins respectueux envers son roi. Il louait les en-> voyés de Rome de ne point communiquer avec lui. MaiSi malgré leur dévouement au saint-siége, tous les évéquas ne partageaient pas cette rigueur extrême. Lorsque dans le concile de Poitiers les légats voulurent renouveler Texcommunication, les seigneurs sortirent pour ne point prendre part à ce scandale et beaucoup de prélats sui-» virent leur exemple. Leurs églises n'en étaient pas moins fermées aux deux excommuniés. Tout secours religieux leur était refusé. Ils étaient plaints, seulement de quek ques-uns, mais repoussés par tous, et Bertrade fut un jour obligée de faire enfoncer la porte d'une église pour que son chapelain pût lui dire une messe. Ce trait d'é« nergie et de piété de la part d'une femme, qui se jouait de toute morale, caractérise les mœurs d'un siècle ûii U dévotion n'excluait ni le vice ni le crime.
Philippe ne montrait point la même fermeté. L'anathème le tourmentait, et il ne cessait de solliciter son absolution. Il l'obtint enfin, mais à des conditions bu-» miliantes, et il ne rougit point de s'y soumettre» Le 3 décembre 1104, il parut nu pieds devant ne&f évéques présidés par Lambert d'Arras, délégué par Pascal II pour cette honteuse cérémonie. Il jura de ne plus communi-r quer avec Bertrade, lui fit répéter ce même serment, et crut expier un adultère par une lâcheté qui n'attestait que trop l'abaissement des rois. Ceux d'Angleterre luttaient cependant encore contre le pouvoir qui voulait les humilier tous. Guillaume le Roux n'y régnait pluis. Une flèche, lancée contré un cerf par Tyrrel, avait frappé
ce roi au cœur le 2 décembre 1104; mais son esprit d'indépendance revivait dans son successeur. C'était Henri) son frère, qui s'était emparé du trône au préjudice de Robert de Normandie, son aine, qui combattait en Palestine. Le primat Anselme se bâta de se rendre auprès du nouveau roi ; et muni des instructions du Saint- Père, il offrit de le soutenir contre son prince légitime, s'il voulait renoncer aux investitures. Celui qui avait dépouillé son frère ne craignit pas de mentir au pape. Il promit tout pour être sacré, et dès le lendemain il oublia sa promesse. Il ne voulut abjurer aucun privilège de sa couronne. < Je ne souffrirai, dit-il, dans mes États » personne qui ne soit à moi corps et biens« Je ne payei rai pas de tribut à Rome, et le primat sortira de mon f île si le pape ne se relâche point de ses prétentions. > Trois évêques anglais vont porter ce défi à Pascal, et ce pape en frémit de colère. < Quand je devrais y perdre i la tète, s'écrie-t-il, les menaces d'un homme ne me • 1 feront point abolir les droits de l'Église. Que le roi » d'Angleterre renonce à Tinvestiture des abbés et des i évêques. Il n'appartient pas à un fils de réduire sa 9 mère en servitude en' lui donnant un époux qu'elle » n'aurait pas choisi, i L'abbé Fleury observe que le roi n'imposait pas d'évêques à l'Église, que l'élection était libre, et que l'investiture n'était autre chose que la permission d'user des biens temporels affectés à l'évêché. C'était vrai partout ailleurs, mais Guillaume le Roux avait anéanti l'élection canonique dans ses États, et son frère suivait son exemple. La colère du pape l'indigna, il ne voulut pas même ouvrir la lettre qui lui était adres-
— i249 — sée. Il nomma deux évêques pour Herford et pour Salysbury, et leur donna immédiatement l'investiture à la face du primat qui refusait de les sacrer. II en avait nommé un troisième pour Téglise de Winchester, et cet évêque n'ayant pas voulu se soumettre à ce qu'avaient toléré les autres, il le bannit de^ ses États. Anselme le suivit et revint à Rome au moment où un envoyé du roi y arrivait pour dire au pape que son maître ne renoncerait jamais aux investitures, quand il devrait y perdre son royaume. < Et moi, répéta Pascal, je perdrai la tête » avant de permettre qu'il les garde*. • C'était une déclaration de guerre. Le roi fit saisir tous les revenus de l'évêché de Cantorbëry et piller les églises des partisans d'Anselme, qui l'accusèrent d'avoir livré ses brebis au loup par son absence. Pascal usa de ses armes spirituelles, mais il ne frappa que les conseillers du prince. Anselme arrêta le bras de Pascal, comme il avait arrêté celui d'Urbain. II savait quels désordres, quelles brutalités pouvait inspirer la colère à son roi. II ne désespérait pas de le ramener par ses conseils; et le pape craignait de perdre les riches tributs de l'Angleterre. L'intervention de la comtesse de Blois, sœur dé ce monarque, opéra un rapprochement entre Anselme et lui. Ils se virent à L'Aigle en Normandie ; et le roi parut s'adoucir. II rendit à l'évêque tous les revenus de sa primatie : mais il fut intraitable sur les investitures, et ne rentra dans ses États que pour accabler son clergé d'exactions et de sévices. C'est alors, sans doute, qu'il apprit de sa sœur que la