‹ Histoire de la puissance pontificale (volume 3)Chapitre 86 sur 105 · Ëadmer, p. 91 et suiv · texte numérisé non relu

Ëadmer, p. 91 et suiv

i. Léo Ostien., Chr. de Montcassin, iiv. IV, ch. xxiv.

mer ce même Bourdin qui l'avait couronné pour la seconde fois, et qui prit le nom de Grégoire VIII. Le Père Maimbourg traite cet antipape de scélérat, et il en fait un portrait qui justifie cette étrange épithète. Gelase ap" prit en même temps que Tempereur avait quitté sa capitale, et il y rentra de nuit à l'aide de ses am::. Mais les Frangipanes vinrent le chasser de l'église de Sainte- Praxède où il officiait, et il s'enfuit à travers les champs pendant que les deux partis ensanglantaient les rues de Rome. Ce malheureux pape gagna la Franco avec peine, reçut la visite de Suger qui lui apporta les condoléances de Louis le Gros, et alla mourir à Gluny le 29 janvier 1119. Les évêques qui l'avaient suivi dans ce monastère nommèrent l'archevêque de Vienne à sa place. C'était un fils de Guillaume Tête-Hardie, comte de Bourgogne, parent des empereurs et des rois de France. Il prit le nom de Callixte II, et fut sacré à Vienne par Lambert, évêque d'Ostie, dès qu'il eut reçu la confirmation de son élection par les fidèles de Rome. Il alla tenir un concile à Toulouse où se montraient pour la première fois les disciples de Pierre de Bruys, que nous retrouverons plus tard sous le nom d'Aloigeois. Callixte négociait en même temps avec Henri V, pour remettre la paix dans l'Église, et cet empereur avait promis de se rendre au concile que le pape avait convoqué dans la ville de Reims. Il s'y trouva quinze archevêques et deux cents évêques, et Louis le Gros y vint étaler sa faiblesse en implorant leurs secours contre le roi d'Angleterre qui venait d'enlever la Normandie à son frère Robert, qu'il avait déjà dépouillé de sa couronne royale. Mais Henri V n'arrivait pas ;

et Callixte. apprenant qu'au lieu de se rendre en France ce prince allait descendre en Lombardie, suspendit le concile pour aller le rejoindre en Lorraine. Il fit une telle diligence, qu'en moins de vingt-quatre heures il arriva de Reims à Mouson. Mais Henri V était resté dans son camp, et les cinq évêques que lui députa le pape ne le trouvèrent point disposé à céder la moindre prérogative de l'empire. Callixte redouta même le sort de Pascal II, et repartit pour Reims avec la même promptitude, car son absence n'avait duré que cinq jours. Il fit excommunier encore une fois l'empereur et l'antipape pour se venger de ces contre-temps, fit rendre de nouveaux décrets qui prouvèrent de plus en plus l'impuissance des armes du saint-siége contre ceux qui osaient les braver, et partit pour Gisors, où l'attendaient le roi d'Angleterre et de nouvelles déceptions.

II y porta vainement les plaintes de Louis le Gros en faveur de s5n vassal. Le roi, qui connaissait la modération du pape, lui fit approuver la déposition de son frère Robert qui s'était d'ailleurs démis lui-même de son duché de Normandie. Il obtint encore la confirmation de tous ses royaux privilèges. Callixte lui promit même de ne plus envoyer de légats dans son royaume que sur sa demande *, et le roi ne voulut pas même lui concéder en revanche l'intronisation de Turstain dans le siège d'York avant que cet archevêque ne se fût soumis aux exigences du primat de Cantorbery. Leur dialogue à ce sujet est curieux à conserver. « J'ai fait serment de ne jamais l'y

.1. Eadmer, liv. V; Orderic Vital, p. 864.

» remettre, dit le roi. — Je suis pape, dit Callixte, et je » vous absoudrai de ce serment. — ^Je n'accepte point cette > absolution, réplique Henri; quelle foi pourrait-on avoir » dans les serments des hommes, si l'absolution d'un pape 1 avait la faculté de les anéantir ? > Réponse admirable qui donnait une grande leçon à des pontifes qui prétendaient ainsi disposer des consciences t Mais la modération de Callixte n'en est pas moins digne de louange, et fait un noble contraste avec les violences de ses prédécesseurs. Il en montra même à l'égard de son antipape. Dès son retour à Rome, il alla attaquer Bourdin dans la ville de Sutri, et les habitants, fatigués de ce schime,lui ayant livré cet indigne rival, il se borna à le reléguer dans un monastère, après l'avoir fait promener dans Rome sur un chameau pour donner quelque satisfaction à un peuple toujours ignoble ou cruel dans ses vengeances. Les partisans de l'empereur ne tentèrent pas de lui susciter un nouvel antipape. L'armée impériato qui l'avait effrayé pendant sa course en Lorraine, avait suivi Henri V en Allemagne. L'Italie était libre, les pèlerins affluaient à Rome sans craindre d'être pillés en route. Les Noraiands de Naples étaient restés fidèles. C'était même avec les troupes du duc de Fouille et de Calabre qu'il avait fait le siège de Sutri et triomphé de Bourdin! Les Frangipanes étaient sans appui. Il fit démolir les maisons qu'ils avaient fortifiées; et après avoir fait un moment le métier de général d'armée, il put enfin s'occuper de l'administration des Églises. Celle de France était troublée par l'érection de la métropole de Lyon, qui enlevait quelques suffragants à l'archevêque de Sens. Louis

le Gros écrivit au pape, qu'un siège qui faisait partie des États de l'empereur, ne devait point exercer de juridiction sur des évéques français. Il lui rappela les complaisances qu'il avait eues pour le saint-siége, et il était en effet le premier roi qui eût consenti à ne donner l'investiture aux évéques que par le sceptre. Mais il soutint assez fermement qu'aucune élection, fût-elle autorisée par la cour de Rome, n'était valable qu'après son approbation. Callixte se relâcha sur tous ces articles, et Mézeray loue à cet égard la politique des Papes, qui avaient besoin de se réserver un refuge en France contre le malveillance des empereurs ^. Mais Louis le Gros souffrit en même temps que le fils de Pierre de Léon, simple moine de Cluny, vînt, en qualité de légat de Rome, exercer son autorité sur les évéques de France. Henri d'Angleterre ne fut pas si complaisant ; il reçut ce même légat avec honneur, mais il xie lui permit l'entrée d'aucune église et d'aucun monaf^ëre, et le renvoya comme il était venu, sans le satisfaire sur l'affaire d'York, où l'archevêque Turstain était rentré sans pouvoir y exercer le plus légère fonction.

Cet esprit de conciliation et de paix, qui éclatait dans tous les actes de Callixte II, réagit enfin sur le schisme d'Allemagne. Au moment d'en venir aux mains, les seigneurs se repentirent de tout le sang qu'on avait déjà répandu ; et firent consentir l'empereur à remettre enfin la paix entre le sacerdoce et l'empire. Ils s'assemblèrent à Wurtzbourg le 29 septembre 1121, et l'évêque

i. Abrégé chron., t. II, p. US.

de Spire partit pour Rome avec Fabbé de Fulde, pour y porter des paroles d'accommodement. On fit droit aux scrupules du pape sur l'investiture par la crosse et Tanneauqui lui semblait empiéter sur la puissance spirituelle. Henri V y renonça; mais, à Texemple du roi de France, il voulut conserver le droit de conférer les biens temporels, et Callixte II lui reconnut ce droit, en lui concédant l'investiture par le sceptre. L'empereur rétablit la liberté d'élection par le clergé, et rendit à saint Pierre les droits de justice, de monnaie et tout ce qu'on appelait alors les régales, La diète de Worms confirma cet accord. Rome abandonna les exorbitantes prétentions de Grégoire VII, et Callixte eut le bon esprit de comprendre le sens de l'investiture que se réservaient les rois et les empereurs. Il mourut ainsi, le 12 décembre 1124, avec la satisfaction d'avoir rétabli la paix dans le monde chrétien, et sa mémoire doit en être récompensée par de justes éloges. C'est sous son pontificat que commencèrent les succès, les amours, les malheurs et la ridicule condamnation d'Abélard ; mais le sujet que je traite n'ayant aucun rapport avec cet épisode de notre histoire littéraire et philosophique, je ne veux pas en embarrasser ma narration.

Lambert, évêque d'Ostie, fut, sous le nom d'Honoré II, le successeur du second Callixte. C'était un protégé des Frangipanes qui réussirent par cette élection à reprendre leur crédit. Le peuple en voulait un autre. On avait même donné le nom de Célestin au cardinal Saxon d'Anapni que désignait une acclamation populaire. Mais un nouveau schisme fut arrêté parla modestie de cebonhomi/ie,

c*est ainsi que Maimbourg l'appelle. Il quitta la robe de pourpre dont on l'avait revêtu et rentra paisiblement dans son église de Saint-Étienne. Honoré II eut plus de peine à réduire les moines dont Taudace toujours .croissante fatiguait les peuples et les évéques. Un., al^ du nom de Pons, suivi d'un ramas de bandits^ 4)ô\faaoines débauchés et de femmes perdues, s'était empa^^^hiain armée du monastère de Cluny. Il avait fondu jusqu'aux vases sacrés pour payer ses satellites; et le nouveau pape fut obligé de Ten punir par d'autres armes que ses vains anathèmes. Il fut moins juste en persécutant l'abbé Odérise de Montcassin dont il avait eu à se plaindre pendant son épiscopat d'Ostie. Sur des soupçons que lui donna un comte d'Aquina, il le somma de comparaître à Rome, punit son refus d'une excommunication, le fit attaquer par une troupe de factieux, et ne fut satisfait qu'après l'avoir vu déposer à ses pieds les insignes de sa dignité. Odérise ne tai^ point à les reprendre. Les abbés de Montcassin se posaient assez souvent en rivaux de l'évêque de Rome ; et les moines prirent les armes pour défendre leur abbé. Mais le peuple des environs prit parti pour le pape, et Odérise fut chassé de son abbaye. Les moines s'en vengèrent par l'élection de leur doyen Nicolas, dont le pape avait également à se plaindre. Honoré II découvrit quelque irrégularité dans cette nomination. Il déposa ce nouvel abbé, et leur en imposa un de son choix. Mais celui-ci montra tout à coup l'orgueil des grands dignitaires dont il prenait la place. Il refusa le serment au pape dont il était la créature, alléguant que les abbés de Montcassin n'avaient jamais donné ce ténioi-

gnage d'humilité; les moines soutinrent aiorâ le chef qui leur avait déplu; et Honoré n'osa continuer la guerre qu'il avaitprovoquée. Il ne fut pas plus heureux, en H28, dansson opposition aux prétentions de Roger de Sicile qui,^ la nàort du duc Guillaume, s^était emparé de la Pouyiô et de la Calabre. Honoré H blâma l'évêque Alfane de 6a{%ué qui l'avait reconnu et sacré comme souverain des deux duchés ; prétendit que Roger aurait dû commencer par lui demander l'investiture, sacra de sa main le prince Robert, et le fit reconnaître comme duc par la foule des seigneurs et du peuple qui l'avaient accompagné. H les émut, les transporta par son éloquence belliqueuse ; promit le paradis à tous ceux qui mourraient dans cette espèce de croisade, une moitié d'indulgence à ceux qui ne mourraient pas et marcha à leur tête contre l'armée de Roger *. Celui-ci le fatigua par ses manœuvres, le laissa miner par la famine qui décima et dissipa Tarmée papale ; et V pape, réduit à s'enfuir dans Bénévent, s'estima très-heureux de la modération de son ennemi qui vint lui offrir la paix et son hommage. Honoré s'empressa de sacrer, d'investir par l'étendard, un prince qui, malgré sa victoire, wulaitbien le reconnaître pour seigneur suzerain des États deNaples et de Sicile. Honoré H vécut encore une année; et l'ombre de Grégoire VH eut encore à gémir d'un nouvel acte de tolérance. Etienne de Senlis, évêque de Paris, était en guerre avec son chapitre, dont les exactions attaquaient, disait-il, les libertés et la fortune du clergé de son dÎQ-

\. FIcury, ]iv LXVII, ch. lu.

cèse. Indigné de la protection que Louis le Gros accordait aux doyens et aux archidiacres de son Église, révéque, soutenu par son métropolitain de Sens, avait eu rinsolence de jeter Tinterdit sur les terres du roi. Les moines de Citeaux^ assemblés en chapitre général, avaient pris parti pour Tévêque; et le fameux sainf Bernard avait écrit, sous le nom de l'abbé de ce monastère, une lettre assez virulente au roi de France, en le menaçant de lacolère de Dieu, qui avait dit aux disciples : •Qui vous méprise me méprise * . » Louis le Gros était prêt à céder à cette ligue, quand une bulle d'Honoré II vint lever l'interdit etencourager sa résistance. Mais saint Bernard s'en plaignit au pape lui-même. Il lui reprocha de donner des armes à la tyrannie, c'est ainsi qu'il appelait la justice tardive d'un roi qui avait saisi les revenus d'un évéque, qui avait osé jeter l'interdit sur les domaines de son souverain ; e^e pape Hpnoré, cédant à la voix du moine illustre qwr dominait alors tout l'Occident, démentit son infaillibilité en abandonnant le parti du roi pour celui del'évéque. Fleury et Mézeray expliquent assez mal le dénouenient de cette querelle. Mais il est probable que le roi'*finit par avoir raison, car saint Bernard ne cesse de Taccuser de porter atteinte aux privilèges de l'Église. Tandis que les historiens s'accordent â louer la piété de Louis le Gros, qu'ils parlent même de sa complaisance excessive pour les évêques, le fanatique Bernard lui reproche de ne protéger que les indignes et de persécuter ceux qui honoraient leur ministère par leur

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