‹ Histoire de la puissance pontificale (volume 4)Chapitre 112 sur 112 · Rymer, t. I«% p. 200 et suiy · texte numérisé non relu

Rymer, t. I«% p. 200 et suiy

pletlrésle ou uHte Indigestion èrtiporta tbul; à cdup t'infâmeSans-Tterré; et cette mort, quî semblait tout aplanir, causa la irùine dfe Texpédltion française. Louis ne fut plus qu*un étranger aux yeux des Anglais. Pembrock et Salysbury détachèrent de sa cause la plupart des barons qui Tavaient appelé. Ils lui Jit'êtèrent des intentions criminelles pour justifier leUr ingratitude par des calomnies. L'excommunication dont lé pape l'avait frappé servît de prétexte à dés prélats qui l'avaient bravée pour leur propre compte; et le roi Henri III fut reconnu comme légitime hérltiei» Û\x rbi Jean son père. Louis fut renfermé dans Londres, réduit â Un petit nombre de Français par la mort du comte de terche et par la captivité de quatre cents chevaliers pris à la bataille de Lincoln. Une flotte chargée de troupies de France fut détruite à la vue de Douvres par celle dé Philippe d'Albiney. Il fallut capituler et repasser la mer avec les restes d'une armée, et sous la protection d'un nouveau légat qui ne le purgea de l'anathème qu'après avoir reçu son abdication d'un royaume qui appartenait au saint-siége.

Innocent III ne vit point les derniers épisodes de cette guerre. Il était mort à Pérouâe le 16 juillet 1216, d'une fièvre aiguë bausée par l'accès de colère qu'avait provoqué l'invasion du prince Louis. Mais il avait eu le temps d'expédier le Cardinal Gallon qui fut témoin de la catas trophfe; et ce pape, plus orgueilleux peut-être que Grégoire VU, était mort dans le J)leih exercice de sa toutepuissance. Son autorité était partout triomphante. Le toi d'Aràgbn Pierre it avait mài*ché au secours des Albigeois; il avait péri à la bataille de MUret. Tous les

rois de l'Europe étaient soumis eï hiimllîël Iiihôbéiit était iiiàître ides couronnés, dès bénéfices ëcclésiàstlijù'es. Il avait assuré la domination de srflî siège pkr des légions de moines qui portaient ses ordres aUx fextrémiiés de la terre, toutes les prétentions des Bamâse, dfeà Gélaâe; des ISrégoire étaient réaiîséeâ. La puissahce des Papës était enfin à son apogée. Aussi les éloges des écHvalhs ecclésiastiques ne lui ont poiiit manqué. Platine n'hésite pas à le mettre au rang des saints. Le Përe Màlihbourg le Ibiië d'avoir rempli tous les devoirà d'un souverâthpontifé avec tant de perfection qu'ïiuciin ne l'a égalé eii fertileté d'esprit, en autorité sur touteâ les puissances dfe la terre. C'est ce que dit aussi le tnoine Rigôrd qui a vécu sbus son pontificat. Mais son ailtre contemporain, Guillkiiîilé le Bretoh l'accuse avec plus de raison d'une rigueur excessive, et ajoute que sa tiiort causa plus de joie que de tristesse à ceux qui lui étaient soumis. Matthieu Paris le regarde comme le plus ambitieux, lé pltis orgueilleux, le plus avare de tous les hommes ; et liotrfe Mézeray ajoute qu'il né poussaii lés choses avec bnt db hauteur que lorsqu'il trouvait du faible et de la divîsibii. Nous l'avons vu, en eifet, après la bataille de dbldgrié, âé rapprocher de Philippe de Souabe qu'il avait si olilrâgetisement persécuté. Mais malheur à qui retombait dans la disgrâce. Sa revanche était terrible, impitoyable. Les interdits dont il abusa sont une monstruéuâe Inverition du fanatisme, puisqu'on frappait et ruinait plusieurs millions d'hommes pour le crime d'un seul. Et il n'y avait pas trace d'un sentiment humain dans l'âtrié dti prêtre qiii se servait d'une arme pareille. C'est pour

souffrir lui-même et non pour faire souffrir les autres que le prêtre avait reçu de Dieu Tordre de renoncer à rhumanité. Quel bien a fait Innocent III à ses semblables ? Il les a dépouillés tous de leur dignité, de leur libre arbitre. Rois et peuples ont été avilis, les prêtres dont il s'est servi pour dominer la puissance civile ont été privés eux-mêmes de leurs immunités.

Il serait à souhaiter peut-être qu'il y eût sur la terre une autorité suprême qui suppléât à la justice divine pour ramener les hommes à la concorde, à la tolérance, pour réprimer leurs criminels penchants, pour atteindre les crimes que les lois ne peuvent frapper, t II est surtout incertain, dit l'historien Hume, si dans » ces temps barbares il n'était pas utile que le pouvoir * de l'épée rencontrât des bornes et qu'on apprit aux » hommes à respecter quelques principes. » Mais estce bien là que tendait la politique des Papes, celle surtout d'Innocent III? On ne voit dans ses actes qu'un esprit d'ambition et de vengeance. A peine la pensée du salut s'y montre-t-elle. C'est toujours la domination du saint-siége, le triomphe de ses maximes mondaines, l'intérêt de l'Église à la place des intérêts de l'humanité.

Cet intraitable persécuteur des hérétiques couvrait les Juifs de sa protection intéressée. Il défendait de les forcer à recevoir le baptême, tandis qu'il y contraignait les Albigeois sous peine de mort; il interdisait de leur ôter leurs biens, tandis qu'il confisquait les domaines du comte de Toulouse parce qu'il protégeait son peuple; il faisait respecter les fêtes de la synagogue, tandis que

les hérétiques étaient mis à mort parce qu'ils priaient autrement que l'Église romaine ; il ne souffrait pas la violation des sépultures juives, tandis qu'il refusait une tombe- aux chrétiens qui mouraient en se défendant contre sa tyrannie. Ainsi le peuple qui avait immolé Jésus-Christ était moins coupable à ses yeux que Tinfracteur du moindre commandement de l'Église. Dans un temps plus éclairé, cette anomalie aurait suffi pour décréditer l'autorité qui l'aurait hasardée. Mais que voyait un peuple ignorant, superstitieux, aveuglément soumis à la parole d'un moine? S'il s'élevait un esprit clairvoyant, l'anathème le frappait, et il était placé entre la mort et le reniement.

Cette puissance outrée, exorbitante, ne pouvait que décroître. Son intérêt même lui en faisait une nécessité; et des écrivains, dont la piété ne peut être contestée, l'ont remarqué avant moi. Qu'on lise les discours de l'abbé Fleury sur Vkistoire ecclésiastique et surtout le quatrième. Mes critiques pâlissent devant les siennes. « Reconnaissons de bonne foi, dit-il, que » Grégoire VII et Innocent III, trompés par les mauvais » raisonnements des théologiens de leur temps, ont » poussé trop loin leur autorité, et l'ont rendue odieuse » à force de l'étendre. » La décadence ne tarda point à se manifester; ce fut même un saint roi qui donna en France le signal d'une juste opposition aux excès de la tyrannie sacerdotale. Les progrès de la civilisation firent le reste.

Mais des plumes éloquentes ont raconté la lutte de la liberté de conscience, de l'esprit d'examen contre n ' ^3

une tyrannie intolérable, et je ne ferais que répéter ce qu'on a dit et redit avant moi. Je crains seulement qu'on n'aille trop loin dans la représaille, et qu'on ne se venge de tant de siècles de servilité par une révolution dont l'humanité ne retirerait peut-être que de nouveaux désastres.

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