‹ Histoire de la puissance pontificale (volume 4)Chapitre 73 sur 112 · HILDEBRAND · texte numérisé non relu

HILDEBRAND

Jamais la puissance séculière n'avait trouvé une meilleure occasion pour recouvrer tous les privilèges qu elle avait successivement abandonnés. La papauté, le sacerdoce même étaient avilis par deux siècles de désordres, de discordes et d'usurpations. Les Italiens étaient las de guerres civiles. Le clergé romain avait perdu sa fierté; il avait accepté et défendu contre des Papes indigènes les quatre ou cinq Allemands qu'il avait plu aux empereurs de lui envoyer. Il ne fallait qu'un homme pour achever celte restauration de l'empire. Cet homme manqua ; et il en vint un, au contraire, du côté du sacerdoce qui , comptant sur la piété superstitieuse des peuples, faillit le rétablir dans toute son autorité. Cet homme était le célèbre Hildebrand, Italien de naissance, fils selon les uns d'un charpentier nommé Bonisson et selon les autres de l'illustre famille d'où sortirent plus tard les comtes de Pétiliane. Tous s'accordent à le faire naître à Soane, ville de Toscane, vers l'an 1013. Il acheva son éducation sous Odilon, abbé du Gluny, prit l'habit de ce monastère et fut chargé bientôt d'aller dé-

fendre à Rome les intérêts de son ordre. II y devint l'ami de Grégoire VI, et à la retraite de ce pape, il slndigna de voir un laïque allemand donner sans opposition des souverains-pontifes à l'Église. Cette indignation fit sa destinée ; Taifranchissement complet de la papauté, sa domination universelle devinrent la pensée de sa vie entière. Il était abbé de Cluny quand se tint la diète de Worms,et c'est là sans doute qu'il rencontra l'évéque de Toul que l'empereur venait de créer pape. D'autres prétendent, comme je l'ai dit tout à l'heure, que ce pape arriva à Cluny dans toute la pompe d'un pontife romain. Mais j'adopte l'opinion des auteurs de V Histoire universelle *. Il semble plus naturel qu'Hildebrand l'ait pris à Worms au milieu de ses incertitudes et lui ait conseillé de se rendre à Rome en simple pèlerin pour solliciter les suffrages de ses électeurs légitimes, au lieu d'accepter honteusement la papauté des mains d'un laïque. Brunon suivit ce conseil, soit qu'il ait été donné à Worms ou à Cluny. Les Romains, avertis par Hildebrand, s'empressèrent de proclamer le nouveau pape, et c'est alors seulement qu'il dut prendre le nom de Léon IX, le 12 février 1049.

Ce pape, charitable et désintéressé, se montra tout différent des simoniaques dont il avait accepté l'héritage. La passion de réformer les abus introduits dans toutes les églises en fit un voyageur infatigable. Il tint la même année des conciles à Rome, à Pavie et à Reims, malgré l'opposition du roi de France Henri P% qui s'étonnait avec juste raison qu'un évêque de Rome vint faire des actes.

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