‹ Histoire de la puissance pontificaleChapitre 107 sur 150 · Théophane, p · texte numérisé non relu

Théophane, p

malgré Tacte de bassesse qui en fut la suite et qui flétrit le caractère du pape Félix. Cet empereur, qui s'enivrait sans cesse, et dont la laideur et les vices avaient inspiré un profond dégoût à son épouse Ariane, avait été surpris dans un moment d'ivresse par cette adultère. Elle l'avait fait enterrer vif et lui avait substitué son amant le Macédonien Anastase, qui était un simple silentiaire à la cour de son maître. Ce crime, cette barbarie ne révoltèrent point l'évêque de Rome. Il s'empressa au contraire de féliciter le nouvel empereur, l'assura de ses respects et de son obéissance, comme il l'avait fait à l'égard de Zenon en prenant possession de son siège ^ Mais il mourut lui-même peu de jours après, le 25 février 492, sans avoir reçu le prix qu'il attendait de sa faiblesse : l'Africain Gelase hérita de son pontificat, et montra plus de dignité dans son ambition. Il paraît qu'il avait négligé à dessein de donner avis de son élection au patriarche Euphémius que Félix n'avait point reconnu ; et ce patriarche s'étanl plaint à lui de cet oubli de l'usage constant de toutes les Églises, Gelase lui fit seiitir dans sa réponse qu'il ne pouvait communiquer lui-même avec un évêque qui persistait à défendre la mémoire d'Acace contre les anathèmes du saint-siége. « Oui, lui dit-il, nos pères étaient dans l'usage de faire » part de leur élection aux évêques de leur communion, » Mais vous avez préféré une société étrangère à celle de » saint Pierre. Acace, dites-vous, n'a rien avancé contre

i. Fleury, liv. XXIX, ch. lviii.

* la foi. Mais n'est-ce pas encore pis de connaître la » vérité et de communiquer avec ceux qui la renient? » Vous prétendez recevoir le concile de Chalcédoine, et » vous ne tenez pas pour condamnés ceux qui ont com- » muniqué avec les sectateurs des hérétiques qu'il a » frappés de ses anathèmës. Renoncez à leur communion, » ne dites pas qu'on vous ait contraint. Un évêque ne » doit jamais parler ainsi. C'est au pasteur à conduire » son troupeau plutôt que de suivre ses égarements. Votre » troupeau rendra-t-il compte de vous ou vous de lui ? » Il lui parle alors du tribunal de Jésus-Christ, au pied duquel ils comparaîtront tous, et dans un mouvement de crainte ou d'attendrissement il lui donne le nom de frère, mais il se hâte de lui déclarer que ce n'est pas un témoignage de communion qu'il lui donne, et qu'il lui écrit comme à un étranger. Euphémius ne répliqua point à cette lettre et il persista dans sa tolérance pour la mémoire d'Acace. Mais Gelase ne montra pas moins d'opiniâtreté à faire prévaloir l'autorité de son siège. Encouragé par la soumission des> évéques de Dardanie, qui, malgré le voisinage de Gonstantinople, avaient spontanément reconnu sa juridiction spirituelle, il profita d'une ambassade que Théodoric envoyait en Orient pour continuer ses relations avec les catholiques de cet empire.

Je ne puis amener ainsi Théodoric sur la scène du monde sans dire comment il y^ était arrivé. Cet héritier des princes Amales avait vaincu et détrôné Odoacre ; et, suivant la coutume de tous les peuples dégénérés qui

n'ont pas le courage de secouer un joug qui leur, pèse, I. * 20

Rome favait accuetlli comme un libérateur * . Un Romain du nom de Faustus faisait partie de cette ambassade que le vainqueur d'Odoacre envoyait à l'empereur Anastase pour lui annoncer sa victoire et lui demander la paix; et ce Faustus devait être assez lié avec Gelase pour que le pape le priât d'observer la cour et le peuple de Constantinople, et de lui dire ce qu'on pouvait en attendre. Cet envoyé de Théodoric ne manqua point d'en écrire & Gelase, de lui détailler tous les griefs dont, se plaignaient les Orientaux. Mais ce serait mal connaître le caractère de ce pape que de le croire capable de s'en excuser. Il les aggrave au contraire en démasquant son ambition dans le Mémoire qu'il adresse à Faustus. < Il > est le vicaire dé Jésus- Christ, le successeur de saint » Pierre. Il occupe le premier siège de la chrétienté. La » souveraine autorité n'appartient qu'au siège aposto- » lîque ; c'est lui qui juge, lui qui décide^; » et c'est en vertu de tous ces titres, énumérés avec l'assurance d'un évêque de Rome, qu'il répond aux plaintes desByzantins. • Ils ne cherchent, ajoute-t-il, qu'à renverser la foi catho- » lique, et ils veulent qu'on leur pardonne ! Y a-t-il un » exemple, depuis l'établissement du christianisme, que » des évêques,que des apôtres, que le Sauveur lui-même » aient pardonné à ceux qui ne se corrigeaient pas? p Euphémius lui objectait que le pape seul n'avait pas eu le droit de condamner Acàce ;que ce droit n'appartenait qu'à un concile. Gelase répond que cet Acace était implicitement condamné par le concile de Chalcédoine, et,

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