‹ Histoire de la puissance pontificaleChapitre 12 sur 150 · Tom. I, p · texte numérisé non relu

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cette persécution ; et c'est en effet après l'avoir racontée, que l'abbé Fleury, dirigé par une saine critique, parle de la venue de ces missionnaires dans la Gaule. Mais en fixant cet événement à Tan 250, il est impossible de l'attribuer à aucun évéque de Rome, puisque cette année correspond à la vacance du saint-siége, qui suivit cette persécution, et qui, malgré l'assertion de Platine, ne peut avoir duré moins d'une année. Mais comment supposer alors que le clergé romain eut osé nommer des évêques pour la Gaule, quand il n'osait pas en n.ommer un pour son Église, comme l'écrivaient au clergé de Carthage les prêtres et diacres de Rome? « Depuis la mort de saint Fabien, et vu la difficulté des temps, disaient-il, nous n'avons pu encore avoir d'évêque , pour examiner avec autorité ceux qui sont tombés dans l'apostasie. » Ainsi donc, pour tirer de cette mission une preuve de suprématie sur la Gaule en faveur de l'évêque de Rome, il fallait se demander d'abord s'il en existait un: et la date fixée par Fleury dépose du contraire. Laissons donc cette question pour en traiter une plus importante qu'amène cette lettre du clergé romain à l'Église de Carthage.

Elle était née de la persécution de Dèce et des abjurations que la terreur avait produites dans toutes les provinces de la chrétienté. Les fidèles n'avaient pas tous affronté le martyre. Un grand nombre avaient reculé devant les lions et les tortures. Mais la puissance de la foi, l'exemple des martyrs ou le remords avaient ramené à Jésus-Christ le plus grand nombre de ces apostats ; et le clergé de Rome, prévoyant la résipiscence de

tous, pensait qu il ne fallait point les abandonner ni les repousser de l'Eglise, surtout à l'article de la mort. Un sous-diacre Africain s'étant trouvé à Rome pendant cette persécution, le clergé romain profita de son retour en Afrique, pour envoyer sa lettre aux Carthaginois et pour les engager à ne pas traiter les apostats malades avec une rigueur excessive. Le clergé de Garthage transmit cette lettre à saint Gyprien, son évéque, qui s'était réfugié dans les cavernes de l'Atlas pour échapper aux persécuteurs; et le saint et savant prélat approuva, quant aux malades, la tolérance du clergé de Rome. Mais il réserva la question à Tégard des autres. « G'est, disait-il, un point de discipline qu'il ne pouvait décider seul; et qu'aucun prêtre, aucun évéque n'avait le droit de régler par ses seules lumières. » Il ordonnnait à son clergé d'attendre que la paix régnât dans l'Église, et qu'une assemblée d'évêques pût alors lui imposer sa décision, souveraine. Le clergé de Rome professait cette même doctrine dans une seconde lettre qui arrivait à Garthage en même temps que la réponse de saint Gyprien à Rome. La question agitait la chrétienté tout entière; et les Romains, comme tous les évêques, déclaraient qu'un seul ne pouvait prononcer, sans s'exposer à de grandes haines, qu'un décret enfin ne pouvait avoir d'autorité s'il n'était consenti par plusieurs. Ainsi, de l'aveu même du clergé romain, l'autorité, la prééminence, la suprématie, en matière de foi n'appartient encore à personne, pas même à son évêque. Un autre enseignement résulte de cette correspondance, c'est que le nom de pape était encore donné i tous les évêques, et que tous étaient

égaux en droit, car le clergé de Rome [donne ce titre à saint Cyprien, et celui-ci nomme saint Fabien son collègue en répondant à l'annonce de son martyre. Un an plus tard cet état de choses ressort du traité du même Cyprien sur Y Uniié de r Église. « Elle est une, dit-il, et c est ce que Jésus-Christ a établi en la fondant sur un seul apôtre. Mais Tépiscopat est un aussi, et chaque évêque en tient sa part. Cette unité féconde s étend et se multiplie largement dans le monde. Elle est comme le soleil qui n'a qu'une lumière mais beaucoup de rayons. C'est l'arbre k plusieurs rameaux, mais dont le tronc unique est attaché à la terre par de profondes racines. > Il avait dit auparavant aux apostats : < L'Église catholique est une et les évoques joints ensemble sont les liens de cette union. » Son explication de l'unité est toujours et partout la même, et les évêques de Rome ne protestent point contre ces déclarations du nouveau régulateur des chrétiens. La doctrine de saint Cyprien n'est au reste que la répétition de ce qu'avait écrit, soixante ans avant lui, le docteur que nous avons tant cité, c Nos nombreuses Églises, avait dit Tertullien, sont censées la même Église, la première de toutes fondée par les apôtres et mère de toutes les autres. Toutes sont apostoliques, toutes ensemble ne sont qu'une même Église par la communication de la paix, par la dénomination de frères et les liens d'hospitalité qui réunissent tous les fidèles. » Et c'était sous les pontificats de Victor et deZéphirin que cette explication était publiée ; et Zéphirin , qui avait blâmé Tertullien comme sectateur de iRbutan» n'avait point attaqué cette définition de l'Église parce que la

tentative de Victor venait d'échouer contre la résistance de tous, et que le prêtre de Carthage avait exprimé la pensée générale de l'Église.

Un chef cependant a été donné à celle de Rome dans la personne de saint Corneille, et douze évêques, dont deux Africains, ont pris part à cette élection qu'a ratifiée le consentement du peuple. Fleury prétend que Dèce régnait encore, d'autres affirment qu'il avait déjà péri, et je me range à cette opinion, que saint Cyprien a confirmée en disant dans sa trente-cinquième épître, que cet empereur aurait souffert plus volontiers une révolte dans l'État pour lui disputer l'empire, que l'élection d'un évêque de Rome, protecteur naturel de la religion qu'il voulait anéantir. En effet, pendant la persécution de Dèce, il était impossible que douze évêques se fussent trouvés dans Rome, et qu'ils eussent osé s'assembler publiquement, quand ils étaient traqués de toutes parts. Il était encore plus étonnant qii^un poste aussi périlleux eût été disputé par deux compétiteurs. Cette rivalité était née d'ailleurs de la question des apostats repentants, et ce n'était point pendant la vie de Dèce qu'on pouvait examiner si l'Église devait absoudre ou punir les chrétiens qui étaient revenus à la foi qu'il avait proscrite. Le rival de Corneille était un prêtre nommé Novatien, homme d'une foi assez équivoque pendant la persécution, et qui, dans le court intervalle de tolérance qui avait suivi la mort de Dèce, s'était pris tout à coup d'un zèle rigoureux pour la pureté de l'Église. Corneille ayant admis les apostats repentanis à la pénitence, l'ambitieux Novatien se révolta contre

cette clémence et professa ouvertement qu'il fallait les repousser à jamais de la communion des fidèles. Un schismatique africain du nom de Novat, qu'un concile de Carthage avait condamné comme tous les ennemis de saint Cyprien, vint à Rome s'associer aux prédications de Novatien. Ils accablent Corneille de calomnies, ils séduisent les purs, les rigoristes, ils font venir trois évoques du fond de l'Italie. Novatien se fait sacrer par eux évêque de Rome; et s'il faut en croire Eusèbe de Gésarée % Corneille lui rendit outrage pour outrage en l'accusant d'avoir grisé les trois évêques pour qu'ils ne reconnussent point Todieux et le ridicule de cette consécration.

Voilà donc deux pontifes sur le siège de Rome, et le premier schisme qui éclate dans l'Église romaine. Les deux rivaux écrivent de tous les côtés pour justifier leur élection, et se chargent mutuellement de malédictions et d'injures, comme nous venons de le voir par le reproche étrange que saint Corneille adresse à Novatien. Le monde catholique se divise. La plupart de ceux qui rejettent la réconciliation des apostats se déclarent pour Novatien, mais Corneille est soutenu par un plus grand nombre, et surtout par Denys d'Alexandrie, qui traite hautement son concurrent de schismatique et l'engage pour le salut de son âme à respecter l'unité de l'Église. Saint Cyprien fait dans un concile un examen plus approfondi des deux élections et de la question des apostats, quoiqu'un synode romain ait déjà prononcé en

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