Conciles, U V, p. 337. -
d*absence« n'eut pas le temps de passer avec plus de justice de la vénération à la colère. Les douleurs de la pierre arrêtèrent son évêque à Syracuse; et le 40 janvier 5S5, la mort le délivra des nouvelles tribulations qui Tattendaient dans la capitale de l'Occident. Sa mémoire fut en exécration aux Latins et aux Grecs. Liberatus de Carthage écrivait, peu de jours après, qu'il avait souifert comme un martyr sans sç rendre digne de la couronne du martyre *, et le jésuite Doucin ajoutait, au commencement du siècle dernier, que Vigile avait trouvé dans la papauté tout ce qu'il avait mérité en la recherchant, beaucoup de maux, très-peu de gloire et nulle compassion 2, Il serait injuste cependant d'attribuer uniquement à sa faiblesse la perte des avantages qu'Agapet avait conquis en Orient. Si Vigile était resté à Rome, s'il avait refusé d'aller à Gonstantinople, sa vie aurait sans doute compté moins de défaillances, mais la papauté aurait encore plus perdu. Justinien, livré tout entier aux Acéphales, ne se fût point borné à la condamnation des trois chapitres ;\q concile de Ghalcédoine eût été renié dans tous ses décrets, et l'hérésie d'Eutychès eût dominé* dans rÉglise orientale. Mais ni Justinien, ni Théodora ne purent asservir le clergé d'Occident à la décision canoniqi^e que venait de ratifier le second concile. Ils ne purent imposer à Rome qu'un pontife. Les Romains^ qui se soulevaient pour des idées, étaient sans force et sans volonté contre les hommes* Ils acceptaient tous les maîtres que
i. Brèûiaire, ch. xxii.
S. Bi6U du Neitor,^ liv. VI.
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'leur donnait ht fortune des armes; et leurs' érèques né songeaient guère à lui opposer la prétendue donation de Constantin que j'examinerai plus tard. Nous les avons vus conquis par Vitigès et reconquis par Bélisaire. Dix ans après, en 546, ils avaient été repris, ruinés et dispersés par Totila, roi des Goths; et Rome eût péri tout entière dans les flammes, si Bélisaire n'eût arrêté la to^ che et le bras des démolisseurs, en représentant au Bar- ~*bare qu'il serait à tout jamais déshonoré aux yeux de - Tunivers, s'il détruisait ces monuments de la valeur et ' du génie des plus grands hommes. Il ajouta que si les Goths s'affermissaient en Italie, Totila ne âe pardonne- " rait jamais lui-même d'avoir détruit la plus belle ville de «es États et du monde entier. Cette lettre arrêta fa ftireur de celui qui avait juré d'anéantir la ville éternelle; et Bélisaire l'ayant reprise Tannée suivante, y rappela les habitants que Totila avait dispersés. Mais la disgrâce de ce général les avait livrés encore à la merci du roi des ' <î6ths, qui, se rappelant cette fois les conseils de son ennemi, s'occupa de relever les ruines qu'il avait faites, ' d'embeHir même une ville qu'il avait voulu détruire. Les •chroniqueurs ont attribué ce retour de démence à lamour de Totila pour la fille de Théodebert. Ce roi ^d'Austrasie, auquel il l'avait demandée, lui aurait té- -pondu qu'il ne l'accorderait qu'à un roi^ et qu'il ne pouvait considérer comme tel un Barbare qui voulait i^brùlep fia capitale. Mais ni les Romains ni' leur évèqae n'avaient le courage de la défendre. Le sort de la ville éternelle n'était débattu qu'entre un Vi^otJ^^t^Jlç lieutenant d'un César byzantin. Les ft^is'^«U'*qtta«péisiëges
qtfdtejav^U'Subîa n'avaiefit été saut^uus .querpaj: .h^s soldats de leur dominateijr passager. . , ,.. ,\ ^ Lesi ws de, teur nouveau désespoir étaient cepei^d^nt parvenus jusqu'au trôuei de Justinien, Avant de .quittei; Uftriefl^t, Je. pape Vigile avait demandé le salut de Wtalîe et'deRome à cet empereur qui traînait, sa. vie., des Jeux» du cirque aux joutas spirituelles de ses éyêqueç. .Mai^ trois généraux envoyés de Constantinop)e . n'ayaieni remporté que des victoires in3igniriantes,, quand Narsè^ îWTiva enfin avec une armée par les scwmmets die 1-Apçj?,- B^n. Je ne puis résister à la tentation dédire ce^qu'oa. appelait alors, une armée romaine* Gelle.del^arsès. était composée. de cavaliers Tbraces, de voli^ntaireç de.Cpnsirr tandnople, de deux mille deux cents XiOm^ard^^pr^tés^ par All^in,. de trois mille Hérules, enfants, des bande.§^ d^Odoacre^ d'un Caible débris de Tannée. d'MiJa ^t d'un^. gros de Persans, passés au ^rvice de ^ustini^n. C'est. ^, la.t^.de ce mélange de « tant de nation» diverses ,que, Teunuque Nar3ès était descendu-en.Ijt^evUneb^t^Ulp, lui a,vait livré les conquêtes et le o^dayjcede Totila, ^ne^ autre avait tranché le règne de Téias que Jtes Qofcbs. l^i, avaient subtitué,et anéanti leur domination, flome euQn obëisaaili depuis, trois ans au nouveau lieutenant de. J^a;»tinien, à> cet eunuque dont Vannonce avait été pouj^^ tes Italiens un sujet de raillerie, quand le successeur de^ Yigile vint prendre possession du saint-siége que lui. avait octroyé la volonté d'un César d*Orient. r . - . C'était le diacre Pelage, que le pape Agapét avait désigné avant de mourir pour demeurer auprès de Jus^, tiAieo en qualité d'apocrisiaire ou de légatyi y ,avait<
séjourné huit ans, et nous l'avons vu soulever TÉglise occidentale contre les trois chapitres. Vigile l'avait rappelé à Constantinople pour s'appuyer de son expérieilce dans sa première lutte contre les Acéphales, et Pelage avait d'abord montré un grand zèle pour l'orthodoxie. Il avait même abandonné le pape après la publication du judicatum, et l'avait soutenu plus tard contre l'empereur quand il l'avait retiré. Mais les tourments de l'exil avaient aussi triomphé de sa constance. Il avait souscrit comme Vigile les canons du concile de Constan tinople, et il revenait à sa suite en Italie avec l'espoir et l'autorisation de lui succéder. Il parait même qu'après la mort de Vigile, il ne prit point la peine de se faire élire; et que, fort de la désignation de Justinien, il se créa pape de lui-même; mais il ne pouvait se sacrer de ses propres mains, et pendant un temps assez long il ne put trouver d'évêques qui voulussent l'ordonner. Si les catholiques d'Italie n'avaient plus ni l'audace ni la force de se défendre contre les étrangers, ils montraient dans cette circonstance cette force d'inertie qui est la ressource des faibles. Pour justifier leur refus, les évêques l'accusèrent d'avoir pris part aux mauvais traitements qui avaient causé l'apostasie de Vigile, d'avoir même contribué à sa mort. Mais il est difficile de le faire complice de la pierre et de concilier cette accusation avec l'exil qu'il avait subi lui-même. Quoi qu'il en soit, le crédit de Narsès ou la réfutation de ces calomnies lui procura enfin trois consécrateurs. Les évêques Jean de Pérouse et Bonus de Ferentine, aidés par André, prêtre d'Ostie, l'ordonnèrent le 16 avril 555, malgré l'opposition du
clergé, des moines, des sénateurs et des nobles qui s'enfuirent de Rome pour ne pas reconnaître un pape qui leur était imposé par TOrient et qui avait donné le titre d'œcuménique au second concile de Constantinople. II faut le constater à la louange des évêques d'Occident, ils n*imitaient pas la versatilité des Orientaux. Fermes dans leurs croyances, ils n'en changeaient pas au gré d'un empereur, et même selon le caprice de leur souverain-pontife. Il est probable qu'il n'avaient jamais lu ni les extraits de Théodore de Mopsueste, ni le pamphlet de Théodoret de Gyr, ni la lettre d'Ibas. Ils ignoraient certainement si ces écrits contenaient la défense de Nestorius dont ils avaient condamné l'hérésie. Mais le concile de Chalcédoine les avait absous, il avait admis leurs auteurs à la communion de l'Église. Un pape leur avait fait reconnaître ce concile. Gela leur suffisait. Gelui de Gonstantinople avait fait le contraire. Ils le rejetaient ; un autre pape leur enjoignait d'y sous-
crire, ik n'obéissaient point à ce pape ; et s'ils revenaient aii monde, ils seraient bien étonnés d'apprendre que l'historien du christianisme leur a infligé la dénomination d'hérétiques dont ils avaient eux-mêmes flétri leurs adversaires *. Pelage passa les quatre années de son pontificat à lutter contre leur obstination. II leur écrivait sans cesse pour les menacer et pour les convaincre. Il protestait de son respect pour le concile de Ghalcédoine, pour la foi de saint Léon. Il allait même jusqu'à reconnaître l'orthodoxie d'Ibas et de Théodoret qui, selon