‹ Histoire de la puissance pontificaleChapitre 24 sur 150 · Vie de saint Denys, parag · texte numérisé non relu

Vie de saint Denys, parag

tin, assuraient peut-être les progrès de cette hérésie. Mais les trois évêques de Rome que nous venons de nommer, la laissèrent se débattre contre Marcel de Caschare et son évêque Archélaùs, dans cette province de Perse, où la même doctrine se reproduisait après huit cents ans d'intervalle, s'il n'est pas plus vrai de dire qu'elle s'y était constamment maintenue.

A propos du pontificat de Gaïus, il importe de remarquer une singulière outrecuidance de l'historien Platine, qui voudrait faire remonter à cet évêque de Rome la puissance séculière des Papes, en lui prêtant un décret qui aurait dénié à un païen ou à un hérétique le pouvoir d'accuser un chrétien catholique. Quelle force aurait eu un pareil décret? quel magistrat romain l'aurait respecté? et sous quel empereur Platine ose-t-il l'attribuer à un évêque de Rome ? Sous Dioclétien I La date de ce prétendu décret suffit pour le démentir. C'était en effet le temps d'une persécution nouvelle, quand Dioclétien, Maximien-Hercule et Galérius rougissaient la terre du sang des martyrs, quand dix-sept mille chrétiens et Gaïus lui-même périssaient par le fer des bourreaux ou sous la dent des lions î Ges persécutions donnèrent lieu à une autre fable moins favorable à la papauté, mais qu'ont rejetée avec raison Baillet, Le Sueur et le Père Pagi. Elle a été cependant admise par le Pontifical^ par Platine et par le jésuite Labbe : mais on ne sait où Anastase le Bibliothécaire, auteur du Pontifical^ a pu trouver que le pape Marcellin avait sacrifié à Isis et à Vesta pour échapper au martyre, quand Théodoret de Gyr avait écrit, cinq siècles avant Anastase, que

ce pape avait persévéré dans sa foi pendant sa vie. L'historien Platine, qui, tout en défendant le saint-siége, se plaisait à raconter les vices et les fautes des Papes qui le possédaient, négligea volontiers le témoignage de Théodoret pour adopter la version du Bibliothécaire. Mais le Père Labbe est allé plus loin pour se donner peut-être Toccasion de placer une étrange maxime qu'il importait à son ordre d'accréditer, et que les ultramontains n'ont pas manqué de vieillir par une fraude que nous allons démontrer. Le jésuite Labbe invente ou raconte qu'un concile fut assemblé à Sinuesse dans la Campanie pour juger de l'apostasie du pape Marcellin. 11 donne toutes les pièces de ce prétendu procès, il affirme la confession du pape et l'aveu de sa chute. 11 ajoute enfin qu'un évêque du nom d'Helchiade ou de Melchiade aurait dit: < Je ne le condamnerai pas puisqu'il s'est condamné luimême. » Et après ces mots l'historien observe que personne en effet ne jugea le pontife, parce que le premier siège ne peut-être jugé par personne. Nemo enim unquant judicavit pontificem qimiiam prima sedes non judicabitur a quoquam. Qu'ont fait les ultramontains ? Ils ont fait prononcer cette maxime par Melchiade lui-même. Ils ont mis dans la bouche d'un évêque du troisième siècle ce qui était tombé de la plume d'un jésuite du dix-septième. Leurs adversaires ont cherché à démontrer l'altération des textes en ce qui concernait cette maxime. Il fallait en faire un examen sérieux, et on aurait facilement reconnu que les paroles attribuées à un des juges de Marcellin n'étaient qu'une réflexion de l'historien lui-même. C'est le Père Labbe qui créa la

maxime pour le besoin de sa cause, treize siècles après la mort des prétendus acteurs de cette scène, et il n'adopta peut-êtrtî la chute du pape que pour avoir une occasion de placer cette maxime ultramontaine. Qui ne voit d'ailleurs que le titre de pontife donné ainsi d'une manière absolue îi l'évêque de Rome avant Constantin, est un grossier anachronisme comme le titre de premier siège adjugé dès lors à celui de Rome? C'est tout bonnement une fraude jésuitique; et le judicieux Fleury l'a prouvé mieux que tout autre en gardant le silence le plus significatif sur cette invention du Père Labbe.

Pendant les trois années qui suivirent la mort de Marcellin, personne n'osa monter sur un siège que la persécution transformait en échafaud. Vingt-sept Papes avaient été martyrisés depuis la création de ce siège. Trois seulement avaient eu une mort paisible; et comme Marcellin était de ce nombre, on crut avoir besoin de justifier cette exception par sa prétendue apostasie, dont il n'existe aucun témoignage contemporain et qu'infirme au contraire celui de l'évêque de Cyr, l'historien le plus rapproché de cette époque. La chaîne des Papes romains ne fut renouée que pendant un intervalle de paix que rendit à l'Église l'hypocrisie momentanée de Maxence; et Marcel fut à peine intronisé que le tyran se réveilla pour le faire mourir dans un cachot infect. Le Grec Eusèbe et l'Africain Miltiade s'assirent après Marcel sur cette chaire apostolique, qui, après les mauvais jours de ce même Maxence et de Maximin, atteignit enfin l'heure de sa délivrance et du triomphe de l'Église chrétienne.

Après tant de Césars ennemis, elle vit apparaître un

libérateur sous la pourpre même que les chrétiens avaient teinte de leur sang. La paix, la liberté, la puissance, tout lui vint en un jour par la volonté d'un seul homme, tant les peuples étaient façonnés à soumettre leurs sentiments et leurs opinions à la pensée d'un maître suprême. Cette révolution fut si prompte, que le sang des martyrs fumait encore quand Tévêque Miltiade et ses collègues se virent tout à coup honorés par ces peuples qui les avaient proscrits. N'entourons pas ce libérateur de miracles. Son triomphe fut l'œuvre de sa profonde et audacieuse politique. Constantin, maître de la Gaule, aspirait à la conquête de l'Italie où Maxence tenait l'empire, où deux cent mille soldats étaient prêts à le soutenir, tandis que les légions de Constantin lui offraient à peine la moitié de ce nombre. Il chercha des appuis non pas, comme on l'a tant répété, dans un des Dieux qui partageaient le monde, mais dans les sectateurs du Dieu que Maxence avait proscrit. Le peuple chrétien s'était prodigieusement accru sous la hache des bourreaux. L'Église comptait alors plus de trois cents évêques; et l'on peut juger de la grandeur du troupeau par le nombre de ses pasteurs. Un seul d'entre eux, Grégoire le Thaumaturge prétendait n'avoir trouvé que dix-sept chrétiens dans la ville de Néocésarée en prenant possession de son siège, et se flattait de n'y laisser à sa mort que dix-sept païens.

On dit que Constance Chlore ou le Pâle avait inspiré à son fils des sentiments de tolérance et d'humanité pour les chrétiens. C'est possible. Il avait loué ceux qui s'étaient bannis pour ne point sacrifier aux idoles, en disant

cette belle parole : que celui qui n'était pas fidèle à son Dieu ne le pouvait être à son prince. Mais le cœur de Constantin était peu propre à recevoir ces impressions. Il vit qu'en prenant la défense d'une portion considérable du peuple opprimée par les Césars ses rivaux, il s'assurait de la sympathie des évéques et des bras de leurs fidèles. Il y fut même encouragé par un message de l'évéque Miltiade qui implorait son secours contre la tyrannie de Maxence *, et c'est alors que lui serait apparue dans le ciel cette croix de feu dont il aurait placé l'image dans le labarum. Je ne prétends point contester le miracle, nous en avons vu bien d'autres. J'expliquerai seulement l'unique témoignage qui nous l'a fait connaître. Il n'en est fait mention dans aucun panégyriste du temps, ni même dans le traité de Lactance qui fut écrit deux ans après cette vision. Eusèbe est le seul qui mentionne ce fait merveilleux vingt ans après, non, comme on l'a dit, sur la foi de Tarmée, mais sur le récit de l'empereur lui-même qui est obligé d'en faire serment pour vaincre l'opiniâtre incrédulité de Thistorien sacré. Ceux qui en ont parlé après, n'ayant plus de document contemporain, n'ont pu se mettre d'accord sur le lieu où se fit le prodige. Les uns le placent à Rome, les autres à Trêves, ceux-ci à Besançon, ceux-là dans notre Picardie; et quant au nom de Labarum, il ne se trouve pour la première fois que dans les écrits de Grégoire de Naziance, vingt ou trente ans après Eusèbe, et dans les poésies de Prudence, vingt ans après Grégoire.

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