‹ Histoire de la puissance pontificaleChapitre 96 sur 150 · I. Evagre., liv. \l, cb. ii; ^onare» Uv, XII|^ p. 44t · texte numérisé non relu

I. Evagre., liv. \l, cb. ii; ^onare» Uv, XII|^ p. 44t

C'est lui qui vint annoncer à saint Léon cet échec de sa doctrine et de sa puissance. Un grand nombre dëvùques d'Occident se trouvant à Rome, il en profita pour faire casser par un concile les décisions de celui d'Ëphèse qu'il traita de conciliabule. D'autres fugitifs lui apportèrent bientôt des nouvelles plus alarmantes; «t Tappei qu'ils faisaient à son autorité tempérait la juste affliction dont leurs récits le pénétraient. Dioscore dominait l'Orient, il avait placé sur le siège de Constàhtinople un prêtre de sa province d'Alexandrie, nommé Anatole; il déposait et remplaçait tous les amis deFlavien, Domnus d'Antîoche, Ibas d'Ëdesse, Sabinius de Perrhe et d'autres qu'il est inutile de nommer. Dioscore persécutait même ceux que la mort avait dérobés à sa vengeance. Il faisait disperser leurs ossements, brûler leurs images, rayer leurs noms des sacrés Dyptiques. Eutychès lui-même oubliait son âge et son vœu d'humilité, en secondant hautement les violences de son vengeur, et justifiait sa condamnation par ses propres fureurs. Le démon de l'orgueil se réveillait en lui à l'aspect des bassesses de certains évéques qui l'appelaient leur père spirituel et lui demandaient pardon de l'avoir persécuté. D'autres montraient plus de dignité en pleurant la faiblesse qu'ils avaient eue de souscrire au conciliabule d'Éphèse. Tout est désordre et confusion dans l'Orient, les hommes, les doctrines, les dogmes dont on s'appuie, les décisions canoniques qu'on rappelle. C'est à s'étonner que la religion du Christ se soit maintenue dans l'esprit des peuples qui assistaient à ces désordres, à ces réactions, à ces palinodies de se» ministre»; et cependant Théodosd écrit

à Valentiftien, son collègue, que, depuis la mort de Flavien, la paix est rétablie dans les Églises de son empire. Cet empereur, toujours jeune malgré son âge, toujours trompé par ses eunuques, n'est plus que Fittsti^iiment aveugle des passions du patriarche Dioscore, et il s'imagine que le calme de son palais règne dans toutes ses provinces. Le fameux Théodoret, évêque de Gyr, ne fut point épargné par ces déportemeilts d'une faction impie. Il avait combattu Terreur d'Eutychès et bravé la colère de Dioscore, Persécuté par Théodose, il s'était réfugié dans le monastère d'Âpamée où il avait passé sa jeunesse, et du fond de cette retraite il adressa ses plaintes à Févéque de Rome.

Saint Léon, averti de tous les côtés, affligé de toutes ces nouvelles, éclate contre ceux qui renversent ainsi les anciens fondements de la doctrine catholique. Il appelle Dioscore une bête féroce, entrée dans la vigne du Seigneur pour la ravager, pour livrer aux loups lès brebis et le» pasteurs; il écrit à Fempereur d'OMent pour défendre la vie et la liberté des prélats orthodoxes, il écrit en même temps à Pulchérie, sœUf de t héodose, aux évêques orientaux, aU clergé et au peuple deCohstantinople. Tout cet empire retentit de ses dotéanoes, de ses admonitions, de ses menaces. Il sollicite de l'empereur la convocation d'un eoncile œcuménique eii Italie. C'était demander l'impossible et prouver etl même temps qu'il n'avait ni le droit de le convoquer lui-même, ni le pouvoir de le rassembler. Il r^e fait appuyer par Yalentinien III, par sa mère Placidie, que touchent ses larmes et ses prières. Thôodode est inflexible^ il refuse

le concile qu'on lui demande, il justifie tous les actes d'Éphèse et leurs désastreuses conséquences. Dioscore répond à son tour par des anathèmes. Il se sépare de la communion de Rome et force dix autres évêques à signer cette excommunication *. Tillemont dit qu'ils le firent en gémissant et en pleurant. C'est possible; mais cela prouve que le temps des martyrs était passé, la richesse des évéques les attachait à la vie ; et les saints qu'on faisait alors ne se distinguaient plus que par des prédications ou par des luttes sans péril contre l'hérésie.

La mort de Théodose le Jeune, arrivée le 29 juillet 450, changea tout à coup la face des choses. Sa sœur Pulchérie, qui avait lutté pendant plus de quarante ans contre l'influence des eunuques, saisit les rênes de l'empire. C'était la première femme qui prenait en main le sceptre des Césars, car Justine n'avait régné en Occident que sous le nom de son fils, et le supplice de l'eunuque Chrysapius signala son avènement. Mais elle fut effrayée de sa position et chercha dans sa cour un homme assez puissant pour imposer au peuple, et en même temps assez docile pour n'attenter ni à sa propre domination, ni même à sa virginité. Ce dernier point n'était pas difficile. Elle était presque septuagénaire; et un vieux guerrier du nom de Marcien, parvenu par ses services à la dignité de sénateur, accepta l'empire et la main de Pulchérie aux conditions qu'elle y mettait. Quoique fameux par ses talents militaires, ce général avait pour maxime qu'il ne fallait point courir aux armes tant que la paix

i. ConcUe 4e Chakédoine, t. V, p. 426 et suiv.

était possible, et il résolut de la rendre à TÉglise. Il rappela tous les évêques bannis, rétablit Théodoret sur son siège de Gyr, et provoqua un nouvel examen de la doctrine d'Eutychès. Le patriarche Anatole rompit avec Dioscore qui lui avait conféré ce titre, assembla en concile une foule d'évêques, d'abbés, de prêtres et de diacres qui se trouvaient à Gonstantinople, y admit les légats de saint Léon, envoya à toutes les Églises d'Orient la lettre de ce pape, que le concile d'Éphèse et lui-même avaient refusé d'entendre, et par ces actes d'orthodoxie ou plutôt de servilité, fit reconnaître son élévation. Marcien avait écrit au pape en sa faveur, mais Fleury s'avance un peu trop en disant que le nouvel empereur s'était adressé à l'évêque de Rome comme au chef de la religion*. Tillemont dit seulement, mais de lui-même, comme au premier évêque de la religion chrétienne. Marcien l'invitait cependant à venir présider h concile. Pulchérie l'en priait à son tour; et saint Léon pouvait en effet se croire le maître spirituel de l'Orient. Mais tous ces prélats d'outre-mer ne faisaient de ces concessions à l'évêque de Rome que dans les mauvais jours où leurs factions 'avaient besoin de se fortifier par des alliances contre les factions rivales; et ils se hâtaient de ressaisir leur indépendance, dès qu'ils n'avaient plus besoin d'alliés. Nous allons en voir la preuve.

Saint Léon échoua d'abord dans son projet d'attirer le nouveau concile en Italie, et ensuite dans celui d'empêcher qu'il ne fût assemblé même en Orient. 11 voulait

i. Fleury, liv. XXVII, cU. xi^viii,

s'en tenir aux manifestations d'orthodoxie qui lui arri* valent de toutes parts, aux témoignages de respect qu'on lui prodiguait, et craignait avec raison un nouvel examen de la foi catholique, ne se fiant point à la versatilité des prélats qui, dans l'espace de trois ou quatre années, avaient changé si souvent de parti et de doctrine. MaisMjrcien et Pulchérie maintinrent leur édit de convocation et le pape Léon ne put dissimuler son chagrin de voir cet affaiblissement de son influence. Il se plaignit au patriarche Anatole de cette précipitation de l'empereur, il pria Marcien de ne pas souffrir qu'on remît en question les dogmes établis. Il nomma enfin des légats pour assister à ce concile œcuménique, en leur enjoignant non-seulement d'empêcher que Dioscore et les autres adversaires de Flavîen fussent nommés dans leurs prières, mais encore de veiller à ce que la présidence offerte par Marcien lui fût conservée dans la personne de PascasiD^ évéque deLilybée. Il le demanda même à l'empereur paf une lettre du 26 juin 451.

Le concile, assemblé d'abord à Nicée, vers le commencement de septembre^ fut transféré dans le même mois à Ghalcédoine, pour que le voisinage de Constantinople permit à l'empereur d'y assister sans nuire aux affaires de l'empire. Jamais on n'avait vu un pareil concours d'évêques. On en porte le nombre à six cent trente, tous de l'Orient, à l'exception des quatre légats de Rome. La présidence nominale leur fut accordée suivant le vœu de saint Léon ; mais comme l'observe Tillemont, ce ne fut qu'une préséance à l'égard des évêques, puisque la place du milieu fut occupée par les dix-neuf délégués de l'em-

pereur ^ qui consacrait ainsi ia supériorité de l'État sur l'Ëglise. Les légats du pape prirent donc place à la droite de ces laïques, et «ommencèrent l'exercice de leur mission en demandant l'exclusion de Dioscore, quand celuici vint se placer avec ses amis à la gauche des officiers de Marcien. Ils menacèrent de sortir à l'instant même si les juges de Flavien n'étaient point chassés du concile, ajoutant que le pape, chef de toutes les Églises, ne voulait pas qu'ils prissent séance. Ces paroles qui résumaient toutes les tentatives du saint-siége, réveillèrent sur-le-champ les susceptibilités orientales. Elles excitèrent les murmures d'une assemblée où siégeaient pêle-mêle Nestoriens, Eutychéens et orthodoxes. On y remarquait même des évêques déposés à côté de leurs remplaçants. Mais la prétention ne fut relevée que par les officiers de l'empereur. Ils demandèrent aux légats s'ils avaient des crimes parti» culiers à reprocher à Dioscore qu'ils traitaient encore de révérendissime. Lucence, évêque d'AscoIi, répondit au nom du pape, qu'un accusé ne pouvait siéger au rang des juges ; et, oubliant que le concile d'Éphèse avait été convoqué par Théodose II, Lucence en fit un crime à Dioscore, en ce qu'il avait fait, disait-il, cette convocation sans l'autorisation du saint-siége, ajoutant que cela n'avait jamais été fait ni permis. On est tenté de croire que ces derniers mots sont une invention des historiens ecclé* siastiques, car c'eût été donner un démenti h tout ce qui s'était passé jusqu'alors, et condamner même le concile actuel à la convocation duquel le pape s'était opposé. Le

Page 1