‹ Histoire de la querelle des anciens et des modernesChapitre 127 sur 166 · I. Rc/lerions sur la critique, p · texte numérisé non relu

I. Rc/lerions sur la critique, p

leinps le public de son côté, en plaidant pour la liberlé des opinions littéraires.

C’est surtout cette stratégie de la polémique qui noi^ intéresse aujourd’hui quand nous lisons le livre de La Motte, dont le titre, comme celui du livre de Mme Dacier, promet plus qu’il ne tient. Des Réflexions sur la critique auraient dû se proposer surtout l’exposition des règles nécessaires pour bien juger les ouvrages d’esprit; mais en réalité, sauf l’introduction lue à l’Académie, la première partie des Réflexions de La Motte n’est qu’une réplique aux attaques de Mme Dacier, une amplification du Discours sur Homère, une critique nouvelle, et plus longue, de Y Iliade. La Motte ne trace pas les règles de la vraie critique; il n’en avait pas le droit, car’ celle qu’il aurait été forcé d’énoncer la première, c’est qu’on ne doit parler que des choses qu’on entend, et qu'il n’est pas permis de juger un poète sur une traduction. La Motte ne réfute pas Mme Dacier, quand elle lui prouve pertinemment qu’il ne comprend pas Homère; il ne détruit pas ses arguments*, mais il en raille agréablement la forme, et compense par l’enjouement de ses plaisanteries la faiblesse de sa discussion. Quelques critiques, difficiles en matière de courtoisie, refusent à La Motte cet agrément et cette urbanité dont jusqu’ici on lui a fait honneur. Quand on lit les Réflexions sur la critique saift avoir parcouru d’abord les Causes de la corruption du goût , on peut trouver que les traits de La Motte sont un peu vifs contre une femme. Mais on l’excuse, dès qu’on a vu de près à quel point est viril l’esprit de Mme Dacier. Ce que je reprocherais plutôt à La Motte, pour être tout à fait juste, c’est de ne pas savoir assez entrer dans les idées de son adversaire, et de se priver par lé d'un des plus grands mérites et d’un des plus habiles procédés de discussion. En effet, dans une controverse il est toujours prudent de faire ressortir ce qu'il y a de juste dans l’argumentation de notre adversaire, parce que nous ne l’amènerons jamais à notre opinion par

nos idées, mais par les siennes. Seulement, il faut pour cela que le premier désir de ceux qui disputent soit de se mettre d’accord et d’arriver à la vérité, et trop souvent leur seul but est de paraître avoir le plus de raison et le plus d’esprit.

La Motte montra moins de raison, mais plus d’esprit que Mme Dacier. Son livre est rempli de traits agréables qui ont fait sa fortune. Les injures de Mme Dacier, disait-il, ont toute la simplicité des temps héroïques. Ridicule, impertinence, témérité aveugle, bévues grossières, folie , ignorances entassées,... ces beaux mots sont semés dans son livre comme ces charmantes particules grecques qui ne signifient rien, mais qui ne laissent pas, à ce qu’on dit, de soutenir et d’orner les vers d’Homère1. » Mme Dacier lui avait reproché d’avoir composé des opéras et lu des romans. « J’ai là-dessus, répondait-il, une compensation à lui proposer. Ou' elle inc passe les opéras que j’ai faits, pour la traduction qu’elle a faite de l'Eunuque et de Y Amphitryon et de quelques comédies grecques d’aussi mauvais exemple, et des Odes d’Anacréon , qui ne respirent qu’une volupté dont la nature n'est pas toujours d’accord.... A l’égard des romans qu’elle suppose que j’ai lus, metlons-lcs pour les deux cents fois qu’elle a lu avec plaisir quelques pièces du cynique Aristophane. Mes lectures frivoles ne montent pas à beaucoup près si haut ; mais je ne veux point chicaner, et je consens que l’on mette l’un pour l’autre. »

Les gens du monde, peu compétents sur le fond du débat, goûtèrent cette réponse courtoise de l’ignorance polie à la science qui manquait d'atticisme. Les esprits indépendants surent grc à La Motte de revendiquer avec force le droit inamissible de reviser le jugement des siècles sur les ouvrages d’esprit , quels que soient leur date et leur auteur, c’est-à-dire de porter dans la littérature le principe du libre examen et de continuer ainsi la tradition de Perrault, mais

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