‹ Histoire de la querelle des anciens et des modernesChapitre 21 sur 166 · Discourt de la Méthode, I” partie · texte numérisé non relu

Discourt de la Méthode, I” partie

2. « Il n’est pas plus du devoir d'un honnête homme de savoir le grec et le latin , que le suisse et le bas-breton , et l'histoire de l’empire germain ou romanique, que celle du plus petit État qui se trouve en Europe. > (Ëd. Cousin, t. XI, p. 341.) Baillet raconte que Descartes assistant à une leçon de grec donnée par lsaac Vossius à la reine Christine, avait dit à la reine : « Je m’étonne que Sa Majesté s’amuse i ces bagatelles. Pour moi , j’en ai appris tout mon saoul dans le collige étant petit garçon; mais je me sais bon gré d'avoir tout oublié quand je suis parvenu à l’âge de raisonnement. »

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une de ses poésies les plus spirituelles, le prenne ironiquement au mot, et le caractérise par ce vers :

N'ayanl jamais rien lu, pas même l'Évangile

L’un des plus grands disciples de Descartes, Malebranche, a poussé encore plus loin que son maître le dédain de l’antiquité. 11 aurait dû se montrer plus indulgent pour les anciens, lui qui retrouvait si subtilement en eux les traits de son propre système, et qui citait un vers de Virgile : Purpuream vomit ille animam à l’appui de son opinion que l’âme peut être formellement rouge, parce que les sensations ne sont que des modifications de l’âme, et qu’une âme qui a des perceptions de rouge , de gris , ou de bleu, est une âme formellement rouge, grise ou bleue *. Mais les contre-sens que fait Malebranche, pour mettre les anciens de son parti, 11e le rendent pas plus clément pour eux. 11 prend tellement à la lettre l’idée de la table rase, qu’il voudrait se remettre en l’état où était Adam dans le paradis terrestre , avant l’arbre de science , bien entendu. Ne lui parlez pas de l’histoire grecque ni de l’histoire romaine. Dcscarles disait en montrant un squelette : « Voilà mes livres. * Malebranche renchérit encore : « Voici mes livres, dit-il, en montrant un insecte *. » Il appelle Platon et Aristote des rêveurs, il se moque d'Homère *, comme Perrault, et à force d’accuser l'antiquité de barbarie, il pousse l’évêque d’Avranches à nommer le cartésianisme « un barbare. »

Mais, comme il est naturel, à ce mépris du passé se joignent le sentiment de la graudeur du présent et la confiance

1. Voltaire, les Systèmes. — 2. Voir une lettre curieuse du P. de Masseilles, de l'Oratoire, citée parFaydit, Remarques sur Virgile et sur Homère, p. 389. — 3. Fontenelle, Éloge de Malebranehe.

4. u Homère , qui loue ses héros d'ètre vites à la course, eût pu s'apercevoir, s'il eût voulu, que c’est la louange que l’on doit donner aux chevaux et aux chiens de chasse. »

dans l’avenir. Chez les novateurs, l’excuse de leur orgueil, c’est de croire au progrès et de reporter sur l'avenir l’estime qu’ils refusent au passé ; ou plutôt c’est là une conséquence de leur orgueil même, qui veut dater de leurs découvertes l’avénement de l’esprit humain à la vérité. Descartes croit si fermement à la perfectibilité de l’espèce humaine, qu'à la lin du Discours sur la méthode , il étale presque la même confiance que montrera plus tard Condorcet. « Je m’assure, dit-il, qu’il n’y a personne qui n’avoue que ce qu’on sait en médecine n’est presque rien en comparaison de ce qui reste à savoir, et qu’on se pourrait exempter d’une infinité de maladies, tant du corps que de l'esprit, et même aussi peut-être de l'affaiblissement de la vieillesse, si on avait assez de connaissance de leurs causes, et de tous les remèdes dont la nature nous a pourvus ’. » Dans un fragment manuscrit de Dcscartcs, cité par son biographe Baillet, nous retrouvons lapensée de Bacon : « Nous n’avons aucune raison pour tenir si grand compte aux anciens de leur antiquité. C’est nous, bien plutôt, qui sommes les anciens, car le monde est plus vieux aujourd'hui que de leur temps, et nouyavons une plus grande expérience *. » Il est intéressant de suivre ainsi l’idée de Bacon , à travers le xvue siècle , et non-seulement dans les cartésiens , mais dans un sceptique , connue Lu Mothe Le Vayer, et dans un adversaire de Descartes comme Pascal.

La Mothe Le Vayer en effet, dans un de ses dialogues où il s’est mis en scène sous le nom d’Orasius Tubero, s'exprime ainsi :

« Aux uns les autorités sont raisons ; pour les autres il n’y a que la raison qui «ait de l’autorité. Il y en a qui défèrent aux anciens, se laissant mener, comme les enfants, par la main de leurs pères; les autres soutiennent que les anciens

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