‹ Histoire de la querelle des anciens et des modernesChapitre 66 sur 166 · Voici les vers de Perrault sur la Fable · texte numérisé non relu

Voici les vers de Perrault sur la Fable

Il voit (le génie) tous les ressorts qui meuvent l’univers.

Et si le sort l'engage au doux métier des vers,

Par lui mille beautés à toute heure sont vues.

Que les autres mortels n'ont jamais aperçues.

Quelque part qu'au matin il découvre des fleurs,

11 voit la jeune Aurore y répandre des pleurs.

S’il jette ses regards sur ces plaines humides,

U y voit se jouer les vertes Néréides.... etc...

Nous l’avons un peu abandonnée; sans doute elle ne suftit plus à notre dogmatisme. M. de Maistre, dans les Soirées de Saint-Pétersbourg , a posé les conditions du genre : « Si le sujet de l’entretien est grave, dit-il, il me semble qu’il doit être subordonné aux règles de l'art dramatique qui n’admettent point quatre interlocuteurs. Cette règle est dans la nature '. » Avant M. de Maistre, Perrault l’avait observée. Il introduit sur la scène trois personnages, le Président, l’Abbé et le Chevalier. Le Président est un caractère doux et un esprit timoré , qui jure sur la parole des anciens, mais qui se laisse très-aisément détacher d’eux par l’Abbé, défenseur des modernes. Perrault le vante un peu en le donnant pour savant et pour spirituel. L’argument favori de ce Président débonnaire, c’est : ipse dixit , le maître l’a dit. Mais il baisse la tête, dès que l’Abbé a parlé, et se tait ou ne répond que par une objection qui ne vaut pas le silence. Il parait calqué sur le modèle de certains interlocuteurs de Socrate, qui jouent un rôle monosyllabique dans les dialogues de Platon, et donnent la réplique à leur adversaire. En choisissant un tel avocat pour les anciens, Perrault les a désarmés; il a d’avance donné gain de cause à l’Abbé , qui n’avait pas besoin d'un tel secours. L’Abbé a de l’esprit, du calme, de la hardiesse, de la dextérité dans la discussion, et une grande politesse de langage. Il se met volontiers en frais de compliments à l’égard de ses adversaires. L’Abbé, c’est Perrault lui-même ; Perrault l’avoue pour son représentant dans la préface de son second volume, aveu tardif et inutile, car dès le premier volume, on avait reconnu le personnage au portrait qu’en traçait Perrault ; « L’Abbé peut aussi être regardé comme un homme savant, mais plus riche de sa propre pensée que de celles des autres. Sa science est une science réfléchie et digérée par la méditation : les choses qu’il dit viennent quelquefois de ses lectures, mais il se les a tellement appropriées

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