CHAPITRE II
Des rapports du christianisme avec l’idee de progres et avec 1’antiquite. — Le moyen age. — Roger Bacon,
« Nous nous etonnons, a dit Seneque, de ne pas connaitre Dieu. Mais eombien d’etres sur la terre se sont pour la premiere fois reveles a notre siecle ! Combien nous sont inconnus que les siecles a venir decouvriront a leur tour ! Combien de conquetes sont reservees pour les ages futurs, quand notre memoire sera pour toujours effacee ! Il est des mys teres qui ne soulevent pas en un jour tous leurs voiles. Eleusis garde des revelations pour les fideles qui reviennent l’inlerroger. La nature ne livre pas a la fois tous ses secrets.
1. Je sais que telle n’est pas l'opinion de tous les critiques : plusieurs croient qu’Aper represente l’opinion de l’auteur du Dialogue. Je m’etonnerais que l’auteur eut laisse Maternus resuraer le debat et conclure, si Maternus n’avait pas ete son vrai representant. Or, Maternus croit a la superiorite des anciens et a la decadence des modernes ; il explique l’une et l’autre, et sa conclusion conciliante, c’est : quisque bono sxculi sui utatur.
Nous nous croyons inities, et nous ne sommes qu’au seuil du temple. La verite ne vient pas s’offrir et se prodiguer a tons les regards ; elle se cache et s’enferme au plus profond du sancluaire : notre siecle en decouvre un aspect ; les siecles qui nous suivront contempleront les autres K »
Tel est l’admirable langage dans lequel Stoeque a son tour exprime l’idee du progres. Mais Seneque est deja le contemporain du christianisme, et c’est au christianisme que celte idee doit une conscience plus claire d’elle-meme, une precision plus grande et sa diffusion dans le monde. On a commis une double erreur, tantdt en declarant le christianisme incompatible avec fidee de progres, tantot en le declarant compatible avec l’id6e de perfectibility indefmie. L’idee de perfectibility indefmie est contraire non-seulement au dogme de la chute , mais a l’esprit tout entier d’une religion qui represente la vie comme une epreuve, la souffrance comme un bienfait, la terre comme une vallee de larmes. L’esperance que l’homme arrive un jour a la plenitude du bonheur par le perfectionnement indefmi de ses facultes et meme de ses organes est confonne peut-elre a la religion epicurienne de quelques Chretiens de nos jours, mais elle aurait epouvante la doctrine sdvere de Bossuet. En rygenerant fhomme d^chu , le Christ lui a ouvert un chemin qui le rapproche du del, et lui a command e d’y marcher : soyez parfaits. Mais le Christ a parld de la perfection morale, qui depend de Fhomme, et non de la perfectibility indefmie, qui dypend de Dieu. En etendant devant l’humanite cet escalier sans fin de l’yternel progres, qui la mene jusqu’au trone de Dieu lui-meme, la philosopbie du dernier siecle et du notre a renouveiy le ryve altier du sto'icisme, qui egalait le sage a Jupiter. Mais le christianisme n’est pas le sto'icisme. Les sto'iciens n’avaient pas devant eux la barriere du pyche originel. Le christianisme a prypary la conception universelle