Le docteur Newman
4. L’espece humaine, representee par le peuple de Dieu, peut 6tre assimilee a un seul homme dont l’education se fait par degres, liv. X, chap. xiv. — Ailleurs, saint Augustin a dit en donnant a sa pensee encore plus de net-
entier sur le progres du genre humain, tel que le comprend le Christian ism e. Depuis sa decheance , l’hoinme a ete precipite de la cite de Dieu dans la cite de l’enfer, par la faute de sa liberty dont il a fait un mauvais usage. Mais Dieu a permis que son fils descendit lui-meme sur la terre, pour sauver l’homme, et Jesus est venu, apportant avec la redemption la verite divine qui s’est repancTue dans le monde, et qui a rouvert aux enfants de la cite terrestre les portes de la cite celeste, fermees pour eux depuis Adam. (Test vers elle qu’ils s’avancent, sous les yeux de Dieu qui les appelle et les conduit. Voila en peu de mots la pensee fond amen tale de la Cite de Dieu. Ce serait tomber dans une etrange m6prise que d’y voir un systeme de perfectibility, analogue k ceux des modernes. L’idee de progres se trouve necessairement contenue dans la Cite de Dieu , puisqu’elle est au fond meme de la r6demption. L’homme ne peut, sans avancer, remonter par la grace du Christ le chemin qu’il avait descendu dans sa chute, sous l’impulsion du d£mon. Mais ce progres appartient-il bien a rhomme? Non, il vient tout entier de Dieu, et c’est la que le christianisme se separe de la philosophic. La philosophic, n’abordant pas l’ordre surnaturel , cherche la source du progres dans 1’homme , dans l’esprit humain , cree par Dieu pour marcher en avant. Le christianisme , m6me apres la redemption accomplie , ne peut accorder a l’esprit humain une faculty qui aneantirait les effets de la chute, et il place la source du progres hors de rhomme, au-dessus de lui. Il va plus loin. Pour que l’homme sente yternellement sa faiblesse originelle, que la redemption a secourue, mais non pas r£par6e, le christianisme proclame que riiomme,
tete et de force : a La providence divine , qui conduit admirablement toutes choses, gouverne la suite des generations humaines, depuis Adam jusqu’a la fin des siecles, comme un seul homme qui, de l’enfance a la vieillesse, fournit sa carriere dans le temps en passant par tous les tiges. » Voy. la belle traduction de M . Saisset , t. II , p. 2 1 1 .
memo rachete, ne peut avancer clans la voie qui le ramene a la cite de Dieu, par le seul effet unique et general de la redemption : il fant qu’il recoive achaque instant l’assistance de Dieu, assistance purement volontaire et gratuite. Le christianisme complete l’effet de la redemption par la necessity de la grace, qui vient et s’en va quand elle veut, retient par consequent l’homme rachete sous sa dependance, et l’empeche de s’elancer seul cn avant, en le replacant, lorsqu’elle se retire, sous le poids de l’impuissance originelle :
Trahitur collo pars longa catenae.
Telle est, si je ne me trornpe, la pensee chr£tienne ; sur ce point, Bossuet s’accorde avec saint Augustin. C’est ainsi cpie le christianisme echappe a Tdcueil de la perfectibility , l’orgueil , en proclamant l’intervention protectrice de Dieu , dont l’homme ne peut se passer. Bossuet ajoute, en se fondant sur l’autorite des Peres (et c’est encore une limite que le christianisme impose a l’idee de progres), que la perfection de l’homme rachete, et meme assiste de la grace, ne peut etre jamais achevee. Dans ses Lettres spirituelles, il insiste sur les limites de la perfection. II prouve dans son Instruction sur les etats cl'oraison, par un texte de saint Clement d’Alexandrie , que les parfaits ont toujours quelque chose a demander a Dieu, meme quand ils sont parvenus a la plus haute cime de la perfection; en d’autres termes, que la perfection liumaine ne saurait 6tre la perfection veritable L En cela les protestants sont d’accord avec les catholiques. Ils admettent le progres moral, le progres individuel de l’homme rachete ; ils refusent d’admettre la perfectibilite indefmie de lTiumanite dechue , comme contraire au fondement meme du christianisme. « Si Fhomme, a mesure que rhumanite avance en age,