Lettre jx. — 2. Lettre x
brai pouvait vous posseder? Une douce dispute animerait la conversation :
0 nodes coenaeque Deum, quibus ipse, meique,
Ante Larera proprium vescor.... »
La Motte ne resiste pas : « Le parti en est pris, s’ecrie-t-il, je me ferai relever par M. ffestouches, et j’irai me livrer aux enchantements de Cambrai \ » II veut partir, il veut, dans le palais de Cambrai, prouver a Fenelon qu’il est d’ accord avec lui sur Homere. Mais quelques semaines apres1 2, Fenelon expirait a Cambrai. La Motte ne put ni le voir ni l’entendre. L’esp6rance charmante de ces doux entretiens s’evanouit pour toujours. La Motte pleura sincerement dans Fenelon non-seulement un grand homme et un ami, mais un partisan de ses opinions et de ses vers. En lisant aujourd’hui cette correspondance ou il y a d’un cote tant d’esprit, et de l’autre tant d’illusion et de naivete, on en tire naturellement une lecon de conduite, utile a suivre dans les discussions litt6raires : c’est qu’il faut prendre Lien garde, quand les principes sont engages, que l’amenite du caractere n’ote rien a la fermetd de l’esprit; que la moderation des idees ne paraisse tourner en indecision et indifference, et qu’une opinion, appuvee sur des principes, ne se confonde avec une preference fond6e sur un caprice. C’est precisement parce que la verite est dans le milieu qu’il convient de la defendre vivement contre les deux extremes : la moderation efficace, c’est la moderation armee. Il ne faut pas choisir les postes inlermediaires pour n’etre trop eloigne d’aucun des deux partis, mais pour etre plus pres de la verite; et quand on prend part a la lutte, s’il est beau de porter une branche d’olivier dans une main, il est necessaire de tenir une epee dans