Plutarque, Vie de Lycurgue, chap, xxvx et xux
rhapsodes, les pr6tendus poemes d’Homere, n’6taient que des oeuvres d6tachees de divers chanteurs. Et encore le recueil de Lycurgue fut-il bien imparfait, ou bien mallraite par le temps, car plusieurs siecles apres lui, Pisistrate et son fils Hipparque firent une nouvelle recollection des chansons des rhapsodes, et c’est alors seulemenl quelaGrece posseda reellenient deux poemes complets : Ylliade et YOdijssee, et crut a l’existence d’un poete appele Homere, qui passa pour en etre l’unique auteur1.
Qu’on ecarte certaines imaginations melees a cette thdorie, comnie par exemple celle des musiciens aveugles chantant aux portes des bourgeois de la Grece, il est curieux de rencontrer dans les Conjectures d’un pauvre abbe, suspect d’insanite d’esprit aux yeux de Boileau, un certain nombre d’idees adoptees par la science moderne. Tandis quc les plus fortes tetes du xvne siccle regardaient Ylliade et YOdijssee coniine des oeuvres de cabinet, composees par un ecrivain de profession, d’apres une poetique consacree , d’Aubignac y apercevait deja une collection de traditions nationales mises en vers par d’anciens poetes (ce sont les aedes), propagees par les rhapsodes, et reunies tardivement en poeme par un Lycurgue ou par un Pisistrate. D’Auhignac n’a qu’un tort : c’est de supprimer Homere. Son paradoxe, d’ailleurs, n’est qu’une esquisse; il manque des developpements et des preuves que lui apportera plus tard la critique moderne ; il manque surtout de ce qu’on trouve trop rarement dans les ecrivains qui out contcste la realite d’un Homere, je veux parler des preuves intrinseques tirees du fond merae de l’//mdeetde YOdijssee. M. Havet, dans sa these excellente sur l’origine et l’unite des poemes d’Homere, a remarque avec finesse que les sceptiques 6vitent le plus souvent de mettre Homere en presence de ses oeuvres : ils le jugent, dit-il, sur des depositions de temoins et sur une procedure , ils se gar-