CHAPITRE XIV
Les journaux frangais et etrangers : Journal des savants. — Mercure galant. — Memoires de Trevoux. — 'Basnage de Beauval : Histoire des ouvrages des savants. — Bayle, Dietionnaire. — La societe polie — La satire X de Boileau. — L ’Apoloqie des femmes, par Ch. Perrault.
Au xvii* siecle, les journaux, sans avoir l’importance qu’ils ontde nos j ours, nemanquaientcependantnidelecteurs ni de credit. En France, ou l’on aime a apprendre vite et a parler de tout, il y a toujours eu un public pressd de recueillir et de rdpandre les nouvelles et les opinions. Les journaux du xvne siecle, malgre la rarete de leur periodicile, la petitesse de leur format, la laideur de leur typographic, et la pauvretd de leurs informations , s’etaient forme une clientele , et Boursault, dans une comedie spirituelle, nous apprend quelle etait ddja la vogue du Mercure galant. Dans un ddbat, comme celui de Perrault avec les anciens , les journaux devaient dire pour la pluparl du parti de Perrault. Les journaux,
leur nom l’indique , sont surtout les organes de la nouveaut6 ; et puis, dans tous les temps , il y a deux literatures , une grande et une petite : la petite se compose de tous les Ecrivains d’un ordre infMeur, naturellement ennemis de * l’ordre superieur. Les Ecrivains de la grande litterature, au xvii* sifecle en France , n’dtaient pas journalistes. Ils ne le sont devenus qu’au siecle suivant, et les journaux dtaient pour la plupart abandonnes aux repr6sentants de la petite. La grande litterature dtait dans les livres, et il est vrai de dire que les livres, beaucoup plus lus qu’aujourd’hui, meme les plus serieux,exergaient une plus grande influence que les journaux sur les esprits cultivds, sur les salons et sur la cour. On m’excusera cependant de ne pas demander seulement aux livres, et de chercher rapidement dans quelques journaux les symptdmes de l’opinion publique sur la querelle que je raconte. Interroger uniquement les grands Ecrivains de cette 6poque, comme on faitsouvent pour constater l’6tat du gout, ce serait m’exposeral’erreur; car l’ceuvre des grands ecrivains du xvir siecle a etd justement de reformer le gout de leur temps, el en le jugeant d’apres eux, je risquerais de lui preter une perfection qu’il n’avait pas. Le merite des ecrivains inf^rieurs, c’est d’etre, parleurs defauts memes, des images plus fideles du gout contemporain : quand on ouvre une enquete sur la sante publique, on passe en revue les malades, et non pas les medecins.
De tous les journaux du xvir.siecle, celui que son caractere et ses traditions designaient le premier pour d6fendre les anciens, c’etait le Journal des savants , qui sous la direction de son fondateur, M. de Sallo, accordait une place a la discussion des idees et a la critique des livres. Mais quand on eut retire a M. de Sallo son privilege, pour donner satisfaction aux auteurs critiques et au nonce du pape (le Journal des savants 6tait gallican1), les nouveaux directeursse montrerent