‹ Histoire de la râevolution franðcaise (volume 2)Chapitre 100 sur 146 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

LA CONTRE-REVOLUTION EN VENDÉE

'influence de la réaction sur la conduite des -* armées ne se manifesta qu'au bout de quelque ^jj*- temps, mais, relativement aux affaires de la ;' L 3^9$ Vendée, cette influence, dont tous les historiens (~*a^-rt-^ jusqu'ici ont dénaturé le caractère, fut aussi rapide dans son action que considérable dans ses effets. Le récit qui va suivre, et dont chaque détail s'appuie sur des autorités pé'remptoires, montrera jusqu'à quel point l'esprit de parti est parvenu , en ce qui louche les dernières convulsions do la Vendée, a substituer les appréciations systématiques au rude langage des faits

On a vu comment, devant Ancenis , La Rochejaquelein , Stofflet et quelques-uns des leurs avaient été séparés de l'armée. La détresse à laquelle ils furent réduits a été peinte par Mme de La Rochejaquelein în vives images « Toute la journée, ils errèrent dans la campagne sans trouver un

seul habitant, toutes les maisons étaient brûlées, et ce qui restait de paysans était caché dans les bois . Enfin, après vingt-quatre heures de fatigues , Henri et ses trois compagnons (Stofflet, de Langerie et de Reaujéj arrivèrent à une métairie habitée, ils se jetèrent sur la paihe pour dormir Un instant après, le métayer vint leur dire que les bleus arrivaient, mais ces messieurs avaient un besoin si absolu de repos et de sommeil , qu'au prix de la vie ils ne voulurent pas se déranger, et attendirent leur sort Les bleus étaient en petit nombre,- ils étaient aussi fatigués, et s'endormirent auprès des quatre Vendéens , de l'autre côté de la meule de paille. Avant le jour, M. de Reaugé réveilla ses camarades, et ils recommencèrent à errer dans ce" pays, où l'on faisait des lieues entières sans rencontrer une créature vivante ; ils y seraient morts de faim , s'ils n'avaient attaqué en route quelques bleus isolés, auxquels ils prenaient leur pain. »

Apprenant que Gfiarette était à Maulevrier, La Rochejaquelein l'alla rejoindre, suivi de ses compagnons , mais cette démarche ne servit qu'à mettre en relief cette jalousie du commandement qui avait déjà fait tant de mal aux Vendéens L'entrevue des deux chefs fut très-froide et marquée, de la part de Gharette, par une insolence brutale, de la part de La Rochejaquelein , par beaucoup de hauteur. Le premier ayant dit au second « Vous allez me suivre, » La Rochejaquelein lui répondit « Je suis accoutumé, non pas à suivre, mais à être suivi , » et il lui tourna (a dos. Suivant Turreau, l'entrevue se serait passée dans l'île de Noirmoutiers, devant d'Elbée mourant, qui les aurait exhortés en vain à se réunir pour relever le parti.

Quoi qu'il en soit, suivi d'un certain nombre de paysan* qui, abandonnant son rival, n'hésitèrent pas à s'associer à sa fortune, La Rochejaquelein alla s'établir dans la forêt des Vezins. Il y habitait une cahute de branchages, et c'est de là que, vêtu presque en paysan, un gros bonnet de laine sur la tête et le bras en écharpe, il s'élançait de temps en temps pour surprendre un poste ou enlever un convoi. Son projet était de se borner, pendant l'hiver , à cette guerre de détail.

Le général Turreau avait pris, vers la fin de 1793, le commandement des forces républicaines en Vendée sa première opération fut dirigée contre l'île de Noirmoutiers, alors au pouvoir de Gharette. La veille de l'attaque projetée, celui-ci, à la tête de six mille hommes choisis, entra dans Machecoul, où la Gathelinière , un de ses lieutenants , avait ordre d.. le venir joindre, et d'où ils devaient se porter ensemble au secours de l'île menacée, de manière à tomber sur les républicains au moment du débarquement. Aussi le général Haxo était-il d'avis de différer l'expédition, que lui-même avait préparée. Turreau insista il fait attaquer Gharette à Machecoul par le général Carpentier, avant la jonction du chef vendéen avec la Gathelinière, et marche sur Noirmoutiers. Nonseulement la descente s'effectua sans difficulté , mais la garnison qui, au nombre de dix-huit cents hommes, s'était rangée en bataille sous les murs de la ville , mit bas les armes à la première sommation. Lâcheté qui empoisonna les derniers moments de d'Elbée, retenu au ht dans Noirmoutiers, par une blessure mortelle.

Devant Turreau, l'infortuné gentilhomme ouvrit s. n cœur sans contrainte Avec un accent de profonde amertume, il dit toute sa pensée sur la désunion des chefs vendéens, cause principale de leurs malheurs, sur l'ambition du prince de Talmont, qui avait voulu qu'on passât la Loire, pour s'établir dans les Etats de Laval et devenir chef d^ parti; sur 1 ambition ai d'Autichamp, qui avait secondé Talmont, sur

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l'ignorance de Charette et son obstination à s'isoler. Le général ennemi lui ayant demandé : « Si nous étions en ton pouvoir, que nous ferais-tu? » il répondit : « Ce que vous allez me faire. » Il savait bien qu'il n'avait pas de quartier à attendre. Condamné à être fusillé, et porté dans un fauteuil sur la place de l'exécution, il subit son sort sans se plaindre, sans sourciller. Le lendemain, on fusilla Mme d'Elbée, conformément au barbare et lâche principe qui avait établi l'égalité de l'homme et de la femme devant la peine de mort!

Les Vendéens, au reste, en étaient venus à faire la guerre avec une férocité à peine concevable. Malheur aux républicains dont ils pouvaient s'emparer ! Tout ce que la cruauté la plus raffinée est capable d'inventer en fait de tortures était aussitôt mis en œuvre pour le compte de Dieu et du roi. Mme de La Rochejaquelein avoue elle-même que « la guerre s'était mêlée de brigandage et de mille désordres. » Il est vrai qu'elle ajoute : « La férocité des républicains avait endurci les âmes les plus douces. » Mais les républicains, de leur côté, prétendaient n'avoir fait qu'user de représailles, et il est bien certain que l'exemple des atrocités qui changent la guerre en assassinats et déshonorent la victoire avait été donné, à Machecoul, par les Vendéens à la suite de Charette.

Pour juger de la manière dont Charette traitait ses ennemis lorsqu'ils étaient en son pouvoir, il suffit de rappeler comment il traitait ses propres soldats. Jamais chef de bande ne rendit le commandement odieux par plus de brutalité et de barbarie. On le vit poursuivre à coups de pieds, autour d'une troupe faisant l'exercice, des officiers coupables de quelque légère erreur dans les manœuvres. Il avait introduit parmi les siens le châtiment du bâton, et il l'appliquait de sa propre main avec une cruauté sauvage. Celui qui en usait de la sorte avec es soldats n'était pas homme, on le pense bien, à ménager ses prisonniers !

Quant à sa stratégie, rien de mieux approprié au caractère de la situation et à la nature du pays. Habile à ne jamais compromettre l'ensemble de ses forces dans une affaire générale,' il était partout et n'était nulle part. Aussi était-ce à peine si trente défaites consécutives l'avaient entamé. Suivant l'expression de Turreau, « il faisait la guerre en brigand ; » et ce n'était pas autrement que la faisaient, à l'époque que nous décrivons, La Rochejaquelein et Stofflet, tant l'empire des circonstances est quelquefois inexorable !

Là fut le motif qui poussa Turreau à l'adoption du plan terrible qu'on trouve exposé dans ses Mémoires. Refouler les rebelles dans le centre du pays révolté, en occupant fortement les points principaux de la circonférence, — faire parcourir la Vendée en tous sens par douze colonnes mobiles, s' avançant à des intervalles assez rapprochés pour que leur marche, au moyen de leurs flanqueurs respectifs, fit l'effet d'une marche en ordre de bataille, — enlever de l'intérieur de la Vendée les bestiaux, les grains, tous les objets de subsistance, — détruire les repaires des rebelles, et, généralement, tous les lieux qui pouvaient leur offrir un asile et des ressources..., voilà quel fut le plan adopté par Turreau.

On ne l'exécuta que trop bien, si son but était d'arriver à la victoire par l'extermination. Les colonnes se mirent en mouvement et ne parcoururent le pays qu'en le couvrant de ruines. La colonne lancée sur Palluau se distingua par des atrocités telles, qu'elle mérita le surnom d' infernale.

Cependant, La Rochejaquelein, ayant réussi à passer, avec douze cents hommes, entre deux des colonnes de droite, s'empare de Chemillé. Son but était d'opérer une diversion en se glissant sur les derrières de l'armée républicaine. Mais cela

n'arrêta point Turreau, qui, comptant sur une forte garnison qui défendait Chollet, quitta cette ville pour aller chasser de Tiffauges un corps de rebelles, pendant que Cordelier coulait battre un autre de leurs détachements aux environs de Geste.

Ce fut quatre jours après cette dernière affaire, que la Vendée perdit son héros. La Rochejaquelein, accompagné d'une ordonnance qui lui tenait lieu de domestique, était à se rafraîchir dans une auberge située sur la route de Doué à Cholet, lorsqu'il vit passer un volontaire républicain. Sur-lechamp, il monte à cheval et se met à sa poursuite. Le volontaire, au bruit du cheval, se retourne, lâche son coup de fusil, atteint La Rochejaquelein, qui tombe mort, et luimême est tué par l'ordonnance. Les Vendéens tinrent cet événement secret le plus longtemps qu'ils purent, et ils avaient raison : le nom de La Rochejaquelein valait, pour eux, une armée.

Ainsi tombaient un à un tons les chefs do cette insurrection fameuse. Le faux évêque d'Agra avait été exécuté à Angers le 6 nivôse (26 décembre 1793), « aux acclamations d'un peuple immense. » Le 17 nivôse (6 janvier 1794), le général républicain Reaufort écrivait grossièrement, de Vitré, au président de la Convention : « L'ex-prince de Talmont, de Pérault, de Bougon, et cinq autres rebelles de marque, ont envoyé leur âme au Père Éternel; et comme ils n'avaient besoin que d'une obole pour le passage du Styx, je leur ai retenu vingt-quatre mille livres, que j'ai distribuées, par ordre du citoyen Esnue La Vallée, à la garde nationale de la Bazoche, qui a arrêté l'ex-prince, et aux soldats de la division que je commande. »

Antoine-Philippe de la Trémouille, prince de Talmont, avait été arrêté près de Fougères, déguisé en paysan, dans la nuit du 8 nivôse (27-28 décembre) 1793. C'était un homme d'une intelligence médiocre, très-hautain et peu fait pour les armes. Gras et goutteux à l'âge de vingt-huit ans, il apporta moins de force que d'embarras aux autres chefs, lorsqu'il les vint rejoindre, à l'époque de l'expédition sur Nantes C'est à son ambition inquiète que d'Elbée mourant attribuait en partie les revers des Vendéens. Nommé commandant honoraire de la cavalerie, on lui avait adjoint Forestier, fils d'un cordonnier; ce fut pour son orgueil une blessure cuisante, que la confiance accordée à Forestier par les paysans ne fit qu'envenimer. On a prétendu que, traîné devant la Commission militaire qui le condamna à mort, il dit à ses juges : « Faites votre métier, je fais mon devoir. » Ce sont les propres paroles que déjà l'on avait attribuées au marquis de Pontcallec, lors de son exécution dans l'affaire de Cellamare. Toujours est-il que le prince de Talmont, après avoir subi un interrogatoire que nous donnerons plus loin, mourut avec courage. Il fut exécuté à Laval, devant le château de sa famille.

Restaient Charette, Stofflet et Marigny, qui, après la mort de La Rochejaquelein, se partagèrent le commandement, sans qu'aucun d'eux voulût reconnaître un supérieur, les forces insurrectionnelles du Ras-Poitou obéissant à Charette, celles de l'Anjou à Stofflet, et celles du Poitou à Marigny.

Un succès éphémère précéda les désastres que présageait aux Vendéens cette rivalité de leurs chefs. Stofflet ayant réuni à son armée les débris de celle qui avait été battue à Geste, résolut de s'emparer de Chollet. Le général de brigade Moulin y commandait, ayant six mille hommes sous ses ordres, et jugeant un échec impossible. Turreau était moins confiant. Informé du dessein de Stofflet, il envoie ordre à Cordelier, qui n'avait pas encore quitté les environs de Geste, de

se rapprocher de Ghollet, pour être à la portée de secourir cette place. Arrivé à une demi-lieue de la ville, Gordelier trouve toute la garnison en déroute sur le grand chemin de Nantes. Moulin, atteint de deux coups de feu au moment où il cherchait à rallier ses soldats, s'était hrùlé la cervelle de déses poir. Gordelier se fait jour à travers les fuyards, charge'les vainqueurs, qui, rompus à leur tour, sont rejetés en désordre dans Ghollet, hachés dans les rues, ou chassés et poursuivis jusqu'à deux lieues au delà.

Pendant ce temps, Charette était dans le Bocage. En évitant le général Duquesnoy, qui avait l'ordre de l'y chercher, •il surprend et enlève le poste de Légé, petite ville dont la situation était très-avantageuse. Mais il ne peut ou n'ose s'y maintenir, et, atteint, à peu de distance de là, par Duquesnoy, il est vaincu, perd huit cents hommes, et se voit contraint de ramener les déhris de son armée dans les repaires du Bocage, où le général Haxo s'élance à sa poursuite , à la tête d'une colonne de quatre mille hommes. D'Elhée avait dit de Gharette qu'il était un « excellent voltigeur ; » et si jamais il le prouva, ce fut alors. Tantôt en avant, tantôt sur les flancs ou les derrières de la colonne républicaine , il la forçait à mille marches et contre-marches , et ne lui laissait pas une minute de repos. Mais ce ne pouvait être qu'à la condition de n'en point avoir lui-même et d'épuiser ses propres troupes. D'ailleurs, Haxo ayant pris le parti d'enlever toutes les denrées qu'il rencontrait sur sa route, de brûler tous les moulins , de détruire tous les fours , Gharette ne tarda pas à être réduit aux abois. Les soldats qu'il traînait après lui étaient devenus si desséchés et si pâles, qu'on eût dit une armée de fantômes. Un peu de farine écrasée entre deux pierres et qu'ils faisaient cuire sur des tuiles, fut, pendant près de trois semaines, toute leur nourriture. Ils comptaient parmi eux quantité de femmes venues des marais, et qui, pleurant leurs maris morts, fuyant leurs chaumières incendiées, n'avaient plus d'autre refuge qu'auprès de Gharette. La plupart étaient nu-pieds et couvertes de lambeaux. Lui, ne s'était jamais montré moins disposé à renoncer à son faste, comme l'attestaient son chapeau chargé de plumes, sa cravate garnie en dentelles, ses vêtements violets brodés en soie verte 3t en argent, son cortège, enfin, composé de jeunes et jolies femmes.

Il est douteux qu'il eût joui plus longtemps des honneurs de cette souveraineté errante, si la fortune ne fût venue très à propos le délivrer d'un adversaire qui l'égalait en activité, et le surpassait en talent. Dans la chasse qu'elle donnait à Charette, la cavalerie du général Haxo s'étant laissée aller à devancer l'avant-garde de plus d'une lieue, elle fut surprise dans un bois entre Esnay et la Mottc-Achard. Haxo accourt, franchit un fossé, et reçoit une balle dans la poitrine. Un instant après, son cheval s'abat au milieu d'un fossé. Il allait être pris vivant : il employa ce qui lui restait de force à saisir un de ses pistolets et se brûla la cervelle. Furieux de sa mort, ses soldats, dont il était adoré, s'écrient tous : « Marchons aux brigands! » On reprend le combat, et les Vendéens sont mis en fuite. Mais la division d'Haxo venait de perdre en lui le souffle inspirateur, et Charette y gagna d'être mis à même de prolonger quelque temps encore sa résistance.

Pour imprimer aux opérations un redoublement d'activité et augmenter le nombre des troupes agissant d'une manière offensive, les représentants du peuple près l'armée de l'Ouest avaient lancé deux arrêtés, dont l'un ordonnait l'évacuation de Ghollet, et dont l'autre sommait tous les habitants de la Vendée de quitter le pays, sous peine d'être réputés rebelles.

Quatre colonnes, dont le point de réunion était Montaigu, sillonnèrent le pays, brûlant bourgs et villages, précédées par la terreur, et laissant derrière elles la dévastation. Harcelés sans relâche, poursuivis sans intermittence, frappés sans miséricorde, les Vendéens qui refusent de se soumettre cherchent quelques points d'appui sur différentes parties du rivage de la Loire : ils sont chassés successivement de Lire, de Ghâlonne, de Mont Dejean. Ils se cachent dans les bois et tentent d'y former des établissements . les forêts de Toufou, de Maudebert, de Lépo, du Prince, de Roche-Servière , de Vezins sont fouillées tour à tour, et les nouveaux établissements détruits.

Mais, outre que l'excès de cette répression farouche donnait à la résistance l'énergie du désespoir, tous les fugitifs courant se grouper soit autour de Charette , soit autour de Stofflet, il en résultait pour ceux-ci un accroissement de forces ; et s'ils avaient à lutter contre la pénurie des subsistances, c'était là un fléau que les colonnes dévastatrices ne pouvaient répandre sur leur passage sans en souffrir cruellement elles-mêmes.

Vers la fin du mois de mars , par exemple, les troupes qui occupaient l'arrondissement de Machecoul et de Challans étaient réduites au quart de la ration de pain; et ce fut la nécessité d'avoir des vivres qui, plus encore que le désir de purger la côte , fit prendre la résolution d'attaquer le Marais .

L'entreprise était difficile. Nul moyen d'introduire de l'artillerie ou de faire usage de la cavalerie dans un pays entrecoupé de fossés. Et quels ennemis étranges que les habitants du Marais ! Prodigieusement agiles et capables d'égaler un cheval à la course, ils étaient gens à franchir, au moment >ù on croyait les atteindre, des fossés de quinze pieds de large. Chaque maréchain portait sa carabiné en bandoulière, et tenait à la main une longue perche à l'aide de laquelle il sautait de marais en marais, de manière à défier toute poursuite. Il y avait des compagnies entières ainsi organisées ; et c'est ce que Pageot appelait sa cavalerie.

Ce Pageot était un marchand de volaille , devenu chef des royalistes dans le Marais, à force d'audace et de férocité. Quand ses soldats saisissaient un prisonnier républicain, son grand plaisir était de le faire mettre en croix, et de l'exposer aux regards des troupes de la République, qu^ les marais séparaient des siennes. Il occupait le bourg du Perrier, où il avait fixé son quartier général, et d'où il lançait ses ordres sanguinaires. C'était une bête fauve qu'il s'agissait de forcer dans son antre.

Sur ces entrefaites, Turreau fut rappelé, mais l'expédition n'en fut pas moins poussée avec vigueur; on réunit tous les moyens de communication prompte ; on fit venir de Nantes des canots ; on organisa un bataillon de pionniers.

A la nouvelle de ces préparatifs, Gharette songe à tenter une diversion en faveur de Pageot, son digne émule ; et, le 18 germinal (7 avril), il vient fondre, à la tète d'un rassemblement de huit mille hommes, sur le poste de Challans, qui n'était défendu que par huit cents républicains. Quelqu; inégal que fût le combat, les républicains, sous le commandement du général Dutruy, se battirent avec tant de furie, qu'ils demeurèrent maîtres du terrain. Charette, après avoir perdu quatre cents des siens, prit la fuite le dernier, et rentra dans le Bocage, la rage dans le cœur. Il ne tarda pas à y être rejoint par Pageot, qui non-seulement ne put repousser l'invasion du Marais, mais ne parvint à s'échapper que grâce à la parfaite connaissance qu'il avait du pays.

Quelques avantages remportés aux environs de Saint -Flo-

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rent, par Stofilet et Marigny, ne compensaient pas ces revers des royalistes, que vint bientôt aggraver la rivalité de leurs chefs.

Gharette et Stofflet, jaloux l'un de l'autre, l'étaient tous les deux de Marigny. Cependant, la nécessité d'agir en commun

devenant de jour en jour plus manifeste, une conférence, dans ce but, eut lieu à Jallais entre les trois chefs. Là il fut convenu que les trois armées attaqueraient de concert. La marche à suivre fut réglée, le jour de l'attaque fixé , un lieu de rendez-vous indiqué. Marigny, en s'en retournant, ren-

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