‹ Histoire de la râevolution franðcaise (volume 2)Chapitre 18 sur 146 · LA VENDEE MENAGE · texte numérisé non relu

LA VENDEE MENAGE

de son vrai rôle. Talmont, quoique le dernier venu, avait son morales recommandaient Lescure. L'élection de Cathelineau titre de prince à mettre dans la balance. De hautes qualités le paysan avait ouvert à Stofflet d'attirantes perspectives.

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Uiarette, chef d'une armée indépendante de la grande armée, était un candidat qu'il semblait malséant de dédaigner et dangereux d'aigrir. Mais c'était du côte de Bonchamps et de

d'Elbée surtout que penchait l'opinion. Aussi étaient-ils. l'un et l'autre, de la part de leurs compagnons d'arme: l'objet d'un sentiment d'envie moins habile à se dissimuler.

Dans cet état de choses, il est probable que le choix d'un généralissime eût amené de graves conflits, si d'Elbée n'eût rais beaucoup d'adresse et de décision à brusquer le dénoûment. De longue main il s'était étudié à gagner les chefs secondaires ; il avait fait à Charetle, à Joly, à Royrand, des avances que les deux premiers avaient repoussées, mais qui furent acceptées par le troisième. Sûr de cet appui, il assemble un conseil de guerre, et insiste sur la nécessité de centraliser la direction des forces. Lescure, en ce moment, était malade. Bonchamps se trouvait retenu à Jallais par sa blessure. Stoftlet, que certaines préférences avaient irrité, gardait l'attitude du dédain. Gharette, fort loin de là, savait à peine ce qui se passait. D'Elbée fit seul l'élection. Voici comment fut composé le conseil de guerre : d'Elbée, généîalissime; Bonchamps, Lescure, Donnissan et Royrand, généraux de division ; Talmont et Forestier, généraux de cavalerie ; Marigny et Perrault, commandants de l'artillerie. Stoffiet, d'abord désigné comme simple membre, reçut ensuite le grade de major général.

Amer fut le dépit des intéressés. Gharette, selon le témoignage de Mme de la Rochejaquelein, « trouva tout cet arrangement de nomination fort plaisant. » De son lit, Bonchamps écrivit au nouveau généralissime une lettre de félicitations ironiques. Joly, oublié, «jura haine à la noblesse.»

L'élection de d'Elbée marque la date du rappel de Biron

Il y avait déjà plus d'un mois que l'inaction du général républicain était la source d'un mécontentement général et l'objet des dénonciations les plus vives. Dans une lettre au Comité de salut public, les représentants du peuple Choudieu, Tallien, Richard, Turreau et Bourbotte l'accusèrent d'avoir apporté dans l'organisation de la division de Niort une lenteur fatale ; de n'avoir pas soutenu l'avant-garde de cette division, aventurée parWestermann, et accablée à Ghàtillon d'une manière si terrible ; d'avoir entretenu avec Bordeaux, depuis que cette ville s'était déclarée fédéraliste, une correspondance suspecte ; de s'être livré contre les généraux patriotes, et, par exemple, contre le général Salomon, à des insinuations calomnieuses ; d'être resté sourd à toutes les sollicitations ayant pour but une diversion en faveur de la ville de Nantes, menacée.

Rien de plus louche en effet que la conduite de Biron. A Niort, il passait son temps en causeries vaines. Le soir, il montait à cheval, et, le chapeau à la main, parcourait les rues, suivi d'un inutile état-major. Lui demandait-on : « Mais quand vous déeiderez-vous à attaquer les brigands? » il répondait, d'un ton léger : « Ge sera bientôt. » Il fit cuire du pain pour huit jours, et ordonna de tenir prêtes trois cuils voitures, que réclamaient les travaux de la campagne. Chacun le croyait à la veille de se mettre en mouvement, il n'en fil rien. Le pain qu'il avait commandé, et qui était très-beau, se gâta : on fut obligé de le donner à un denier la livre pour servir de nourriture aux pourceaux. Pour comble de malheur, û était parvenu à acquérir sur les deux commissaires de la Convention à Niort, Bourdon (de l'Oise) et Goupilleau (de Fontenay), un ascendant qui endormait leur surveillance. Quelquefois il lui prenait fantaisie de disparaître, sans qu'on pût savoir, pendant plusieurs jours, où il se tenait, ce qui faisait dire à Bourdon (de l'Oise) : « Eh bien, écrivons lui : A Biron, dans l'univers. »

Les circonstances en Vendée étaient trop graves pour que ce jeu fût toléré longtemps : la Convention rappela Biron et le remplaça par Rossignol.

Le nouveau général était un homme d'habitudes simples et vraiment républicaines; il avait beaucoup de courage, de

désintéressement, de loyauté et de modestie. Mais, un patriotisme plus fougueux qu'éclairé l'ayant asservi à l'influence d'hommes qui ne le valaient pas, il avait contre lui le caractère d^ son entourage et la moralité équivoque de ceux qui, tels que Ronsin, affectaient d'être ses protecteurs. Il ne possédait, d'ailleurs, aucun des talents propres à justifier son élévation et à braver l'envie. Le coup de fortune qui le mettait si soudainement sur la même ligne que le comte de Canclaux ne pouvait manquer d'apparaître comme un scandale aux yeux des officiers de bonne maison, — et la Républiqu en employait encore beaucoup. Son autorité risquait donc, sinon d'être méconnue ouvertement, au moins d'être combattue sous main et à chaque instant contrariée : c'est ce qui arriva, comme nous le verrons.

Une semaine s'était à peine écoulée depuis l'élection de d'Elbée, lorsque Lescure reçut de Montaigu une lettre où Royrand lui donnait de fâcheuses nouvelles et demandait as sistance. Voici ce qui avait eu lieu. Des républicains, détachés de la division de Luçon, avaient imaginé d'enlever par ruse le poste de Pont -Charron. Ils se déguisent en paysans, et parviennent à franchir la ligne des sentinelles en se faisant passer pour des royalistes pris par les bleus et qui désertent. Reçus sans défiance, ils ne se déclarèrent qu'en mettant le sabre à la main. Les Vendéens, n'ayant pas le temps de se reconnaître, prirent la fuite en désordre; Sapinaud de la Vérie, qui les commandait, fut égorgé, et le poste resta aux républicains.

Le corps de Royrand se trouvait de la sorte très-exposé : les chefs de la grande armée, avertis, se hâtèrent de marcher au secours, et résolurent d'attaquer Luçon.

On a vu comment, dans une précédente affaire, Sandoz, général de la division de Luçon, avait déserté le champ de bataille, au moment même où ses officiers remportaient la victoire. Une pareille conduite ne pouvant demeurer impunie, Tuncq fut choisi pour lui succéder. Il se présente, et voilà que les soldats volontaires se mutinent. « Sandoz ! criaient-ils furieux. Nous ne voulons que Sandoz ! » Le passage suivant de Mercier du Rocher nous apprend de quels motifs honteux provenait cet enthousiasme pour le général destitué : « Sandoz faisait des sorties qui étaient de vrais brigandages. Il souffrait que, dans les communes que les brigands n'habitaient point, des soldats allassent enlever meubles et bestiaux. Ge n'était, certes, pas un beau spectacle que la rentrée de ces volontaires chargés de butin : des oies, des poules, des veaux, des moutons étaient l'ornement de leur triomphe, et rappelaient assez bien ce qu'on rapporte descompagnons de Romulus, quand ils rentraient dans Rome, après une incursion sur les terres de leurs voisins. » Il est juste de dire qu'à côté de ces pillards sans pudeur, la troupe de ligne donnait l'exemple de la subordination ancienne, et revint toujours de ces tristes expéditions sans porter une seule pièce de maraude. Quoi qu'il en soit, l'émeute militaire excitée par l'installation de Tuncq n'eut pas de suites sérieuses, grâce au départ volontaire de Sandoz, et la marche des Vendéens sur Luçon fut une occasion toute naturelle de fortifierson pouvoir en déployant ses talents pour la guerre.

Le 29 juillet, prévenu qu'un des escadrons ennemis battait la campagne, il fit approcher son bivac du pont de Minclaye, où il plaça des vedettes, et ses troupes passèrent la nuit sous les armes. Le lendemain, vers midi, les vedettes se replient sur le bivac . l'ennemi passait déjà le pont et se formait en colonnes. Jamais lutte ne fut à ce point inégale Les Vendéens, conduits par leurs plus vaillants capitaines, les d'Elbée, les la Rochejaquelein, les Lescure, s'avançaient an nom-

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