‹ Histoire de la râevolution franðcaise (volume 2)Chapitre 25 sur 146 · JOUR DAN · texte numérisé non relu

JOUR DAN

5, avec deux enfants en bas âgej, pour aller faire part à Dubois-Crancé de son dessein de soulever la population, dûtelle y laisser la vie : car il ne faut pas perdre de vue qu'une commission mibtaire était appelée à juger en dernier ressort, ii Lyon, « les délits concernant la sûreté publique pendant le siège, » et déjà quatre personnes, par sentence de cette commission, avaient, été fusillées. La femme Rameau tint parole. Elle retourne à Lyon sans y ramener ses enfants ; court de

quartier en quartier répandre les sentiments qui l'animent, ameute les ouvriers en soie, et rend à la République les canonniers de garde à la porte ^aint-Clair.

Telle était la situation, lorsque le trompette envoyé par Couthon entra dans la ville. Les administrateurs n'osent convoquer les sections, prévoyant trop leur réponse. Mais le peuple se rassemble en tumulte, se présente à la Commune, et demande impérieusement communication des paquets

reçus. Il fallut promettre que les sections seraient consultées ; et les administrateurs, qui ne cherchaient plus qu'à gagner du temps, pour faciliter à Précy. à ses compagnons d'armes et à eux-mêmes des moyens sûrs d'évasion, renvoyèrent au lendemain, 8 octobre, la convocation voulue par le peuple. Ainsi, leur unique préoccupation maintenant était la fuite; la fuite, en abandonnant à des vengeances qu'ils prévoyaient devoir être terribles cette cité qu'eux seuls avaient mise au bord de l'abîme! Un magnanime jeune homme, Laurent Ponthus Loyer, crut pouvoir prévenir ce qu'il regardait comme un déshonneur II va trouver les chefs et leur dit : « Au quatorzième siècle, pour détourner la vengeance d'Edouard III, Eustache de Saint-Pierre et quelques autres habitants de Calais s'avancèrent à sa rencontre, la corde au cou, en victimes expiatoires Imitons-les, en allant nous dévouer à la colère des assiégeants et nous charger de tout l'odieux de ce qu'ils nomment la rébellion. Ce sacrifice inattendu les désarmera sans doute, puisqu'ils sont Français ; mais , s'il entrait dans leurs desseins de nous faire périr, nous aurions du moins, en expirant, assouvi leur fureur et procuré la paix à nos concitoyens. >> Mais les administrateurs préférèrent recourir à des négociations combinées de manière à assurer la fuite ou à la couvrii .

Ils convoquèrent donc, le 8 octobre, une assemblée générale des sections où ne se trouvèrent, ni ceux d'entre eux qui s'étaient le p'us signalés dans les mesures de résistance, ni Précy et les siens La délibération eut le résultat prévu. Des commissaires sont nommés pour aller traiter, avec Couthon et ses collègues, de la reddition de la ville. Les conditions imposées par ceux-ci furent que les portes, carrefours, lieux de défense intérieure ou extérieure, canons et munitions de guerre seraient livrés ; qu'il y aurait désarmement général de la population; que tout individu qui paraîtrait en armes

irait fusillé; que tous les patriotes détenus depuis le 29 mai seraient représentés aux portes de la ville, au moment où les troupes de la Convention y feraient leur entrée; que Précy et son état-major seraient mis en état d'arrestation.

Le débat durait encore, lorsque le bruit se répand, au camp de Sainte-Foy, que les rebelles se préparaient, cette nuit-là même, à une sortie : d'où la conclusion que c'était dans l'unique but de la favoriser que les commissaires lyonnais avaient été envoyés au quartier général. Seulement, on n'indiquait pas d'une manière précise sur quel point devait avoir lieu la tentative de fuite. Aussitôt, sans donner le signal d'une attaque générale, Doppet ordonne partout une surveillance exacte et une bonne défensive. Mais l'ardeur d'un des postes conventionnels brusqua le dénoûment. Une redoute fut emportée, du côté de Saint- Just: dans la nuit du 8 au 9 octobre, la ville se trouva ouverte.

Pendant ce temps, Précy avait pris ses mesures, et le

ictobre, à six heures du matin, il débouchait sur la rive

'te delà Saône, à la tête d'une troupe divisée en trois

corps, dont le dernier, formant l'arrière-garde, marchait sous

I induite du comte de Virieu. Le dessein de Précy était de

pass i la Saône au-dessus de Trévoux, de gagner le départe-

i du Jura, de pénétrer en Suisse par les montagnes de

Saint- Claude, et d'aller se ranger sous les drapeaux du prince

de Condé. Un instant, la fortune parut lui sourire : les deux

premières divisions de sa petite, armée réussirent à traverser

les lignes des assiégeants ; mais la dernière l'ut moins heu-

3e. Vivement attaquée, elle fut taillée en pièces, et Virieu,

son chef, qui avait entendu la messe avant de partir, resta

parmi les morts. Cet échec fut décisif. Les compagnons de

Précy se découragent, se dispersent, et sont assommés

comme des bêtes fauves partout où le paysan les rencontre. Précy lui-même n'échappa que par miracle. Après avoir erré plusieurs jours dans les bois, accompagné de deux des siens, Legoult et Madinier, il fut recueilli, au village de Sainte- Agathe, dans les montagnes du Forez, par un cultivateur hospitalier, chez lequel il demeura pendant neuf mois, caché au fond d'un souterrain.

Dès la nuit même où ils avaient appris que Lyon devait se soumettre, Gouthon et Maignet s'étaient occupés des subsistances avec la plus généreuse sollicitude. Douze commissaires, envoyés par eux dans les départements voisins, firent parvenir, le 9 octobre, jour de l'entrée des troupes, une partie des provisions demandées; mais, comme elles ne suffisaient pas, les assiégeants, par une inspiration vraiment française, gardèrent pour les assiégés la moitié de leurs rations ; si bien qu'on put dire à la lettre qu'ils étaient entrés dans Lyon le pain à la main. Ce fut aussi d'un élan soudain qu'ils jurèrent de protéger les propriétés, toutes devenues nationales, ou appartenant à des patriotes, soit fugitifs, soit opprimés.

Couthon, de son côté, avait apporté à Lyon, avec un désir fougueux de soumettre la ville, le parti pris de la pacifier. Sentant combien la destruction de ce foyer d'industrie importait à l'Angleterre, il eût voulu pouvoir le conserver à la République; d'autant qu'en y consacrant ses soins, il ne faisait que se conformer à la politique qu'avec Robespierre et Saint-Just il représentait au sein du Comité de salut public.

Cette politique, sans avoir encore publié son programme, se laissait déjà deviner à de clairs symptômes. Une fermeté inébranlable, mais en même temps une aversion décidée pour toute exagération, voilà ce qui la caractérisait, et ce qui venait de se révéler, à la Convention, d'une manière frappante.

Le 3 octobre, l'Assemblée ayant adopté un rapport présenté par Amar contre les Girondins inculpés, et un membre ayant demandé qu'on décrétât d'accusation, comme étant leurs complices, soixante-treize de leurs collègues, signataires d'une protestation en leur faveur, Robespierre n'avait pas hésité à combattre cette dernière mesure, en termes qui méritent d'être rappelés : « La Convention nationale ne doit pas chercher à multiplier les coupables, c'est aux chefs de la faction qu'elle doit s'attacher; la punition des chefs épouvantera les traîtres et sauvera la patrie. S'il en est d'autres parmi ceux que vous avez mis en état d'arrestation, le Comité de sûreté générale vous en présentera la nomenclature, et vous serez toujours libres de frapper. Mais faites attention que, parmi les hommes que vous avez vus traîner le char des ambitieux, il en est beaucoup d'égarés.... » Ici, des murmures l'ayant interrompu, il reprit avec force : U Je dis que vous avez ordonné un rapport sur les signataires de la protestation, et qu'il est de votre justice d'attendre ce rapport. Je dis que la dignité de la Convention lui commande de ne s'occuper que des chefs. Je dis que, parmi les hommes arrêtés, il en est beaucoup de bonne foi, mais qui ont été égarés par une faction hypocrite. Je dis que, parmi les signataires de la protestation, il s'en trouve, et j'en connais, dont les signatures ont été surprises! Qu'on me montre de nouveaux coupables, et l'on verra si je ne suis pas le premier à appeler sur leur tête la vengeance des lois. »

Gouthon ne négligea rien .pour faire prévaloir à Lyon la politique ferme, vigilante, mais modérée que Robespierre essayait à Paris.

Des malveillants excitaienl les soldais à violer leur serment

LA REVOLTE DE LYON ÉTOUFFÉE

de respecter les propriétés; Gouthon, de concert avec Laporte et Maignet, annonce que quiconque sera pris à piller sera fusillé dans les vingt-quatre heures.

Les vengeances privées brûlaient de s'assouvir; Gouthon fait publier par Doppet, l'écho fidèle de ses pensées, une proclamation où les soldats sont adjurés de se prêter à la répression de tout act^ arbitraire

Le travail s'était arrêté, paralysé par la peur; Gouthon, Laporte et Maignet ordonnent que les ateliers soient ouverts et que les relations commerciales reprennent leur cours.

L'esprit sectionnaire s'agitait; Gouthon, Maignet et Chà- U'uuneuf-Randon défendent aux citoyens de s'assembler en sections , jusqu'à ce que toute fermentation dangereuse ait disparu.

Il eût été peu équitable de comprendre dans la même catégorie ceux des rebelles qui avaient été saisis les armes à la main, et ceux qui, moins ostensiblement, s'étaient engagés dans la révolte, nul doute ne pouvant exister à l'égard des premiers, et une erreur étant possible à l'égard des seconds Gouthon, d'accord avec ses trois collègues Châteauneuf-Randon, Maignet et Laporte, institua, pour juger les cas de flagrant délit, une commission militaire, et, pour examiner les autres cas, une commission « de justice populaire, » procédant par voie de jurés, et soumise à une stricte observation des formes

La condescendance fut même poussée jusque-là que le désarmement des Lyonnais, annoncé dès le 1 1 octobre, n'était pas encore commencé le 13.

Dubois-Crancé et Gauthier, qui, quoique frappés d'un décret de rappel, avaient sollicité et obtenu d'entrer à Lyon, n'appartenaient pas, comme Gouthon, « au parti des gens de la haute mam; « ils relevaient du « parti des gens révolutionnaires , » ils suivaient la bannière portée dans le Comité de salut public par le sombre Billaud-Varenne, par le frénétique Collot d'Herbois, et par ce Barère que sa pusillanimité même asservissait aux violents. La grande modération de Gouthon leur déplut. Ils lui reprochaient d'ailleurs, dans le secret de leur cœur, la place qu'au dernier moment il était venu prendre dans la victoire. Ils s'étudièrent donc à le décrier, mais sourdement, et sans affronter son influence. Soutenus par Javogues, homme de la trempe de Gollot-d'Herbois, ils commencèrent à insinuer que la fuite de Précy et de ses complices était due aux ménagements de Gouthon; ils firent remarquer que la cohorte des rebelles était sortie par l'endroit le plus favorable à son dessein, le faubourg de Vaize; ils parurent étonnés de la lenteur mise à désarmer la population, attribuant à cette lenteur la perte de trente mille fusils pour la République ; ils trouvèrent mauvais qu'en entrant à Lyon Gouthon ne se fût pas entouré d'un appareil militaire et n'eût pas montré « ce visage sévère qui convient au représentant d'une grande nation outragée. » Ils cherchèrent enfin à se créer un parti parmi les membres de l'ancienne municipalité, ceux de l'ancien club central et quelques chefs de l'armée.

Informé de ces manœuvres, Gouthon les dénonce à la Convention. Mais, avant même que sa lettre fût parvenue à l'Assemblée, Robespierre et Saint-Just avaient arraché au Comité de salut public un arrêté qui changeait le rappel de Dubois- Crancé et de Gauthier en un ordre formel de les appréhender au corps et de les amener à Paris ; ordre rigoureux à l'excès, que la Convention révoqua presque aussitôt après l'avoir sanctionné.

Cependant, quelle conduite fallait-il que l'Assemblée tint à l'égard de Lyon?

Que la révolte eût été dirigée par des royalistes, impossible

de le nier. Leur chef était ce même Précy qui, au 10 non:, avait combattu dans les rangs des Suisses, et à qui Louis XV I avait, en quittant son palais, adressé ces paroles : « Ah! fidèle Précy! » L'état-major s'était trouvé composé de marquis "t de comtes; une foule d'émigrés, accourus de divers points, avaient combattu au premier rang; et le but qu'ils se proposaient était assez nettement indiqué par le drapeau décoré de fleurs de lis que Doppet venait d'envoyer à la Go vention Mais la ville de Lyon, prise dans son ensemble, pouvait-elle être avec justice accusée de royalisme ? Ne contenait-elle pas un grand nombre de républicains sincères, quoique opposés à la Montagne? Le soin avec lequel les royalistes s'y étaient vus forcés de cacher leur drapeau n'avait-il rien qui parlai à des âmes républicaines? Et n'était-ce pas ici le cas d'appliquer, en faveur des hommes de bonne foi égarés, la politique si noblement avouée par Robespierre le 3 octobre? Il était bien évident, d'ailleurs, que ruiner Lyon, la plus riche ville de France par ses fabriques, c'était ménager à nos ennemis, à l'Angleterre surtout, un triomphe assuré sur notre industrie. Comment oublier que, sous Louis XIV, les Anglais, en guerre avec la France, avaient offert six millions pour la destruction du commerce lyonnais?

Ainsi pensaient, clans le Comité de salut public, les gens de la haute main; la conduite de Cou thon le prouve de reste mais tel n'était pas le sentiment des gens révolutionnaires ; el ceux ci, quand il leur arrivait d'avoir l'appui des gens d'examen, Prieur, Garnot et Lindet, formaient une majorité contre laquelle échouait, quelque grand qu'il fût, l'ascendant moral de Saint-Just et de Robespierre.

Ajoutez à cela que l'idée de faire un exemple qui attestai au vieux monde ce que le nouveau monde portait en lui de puissance inexorable était la seule qui fût en rapport avec le tempérament de la Convention, la seule cpii eût chance de convenir au génie exalté des Jacobins, la seule enfin qui pût emprunter de la force aux prodigieuses passions de cette époque prodigieuse.

Quel cruel moment pour Robespierre que celui où ses rivaux du Comité de salut public le réduisirent à l'alternative. ou de paraître faiblir, ou de condamner, en consentant à la ruine de la seconde ville de France, et la politique de Gouthon et la sienne propre !

Quoi qu'il en soit, ce fut sur un rapport présenté par Barère, au nom du Comité de salut public, que la Gonventi m rendit, le 12 octobre, le décret le plus terrible dont il soil fait mention dans l'histoire :

« Il sera nommé par la Convention nationale une commission extraordinaire de cinq membres, pour l'aire punir militairement et sans délai les contre-révolutionnaires de Lyon.

« Tous les habitants de Lyon seront désarmés. Leurs armes seront distribuées sur-le-champ aux défenseurs de la République. Une partie sera remise aux patriotes de Lyon qui ont été opprimés par les riches et les contre-révolutionnaires.

« La ville de Lyon sera détruite, tout ce qui fut habité par les riches sera démoli, il ne restera que la maison du pauvre, les habitations des patriotes égorgés ou proscrits, les édifices spécialement employés à l'industrie, et les monuments consacrés à l'humanité ou à l'instruction publique.

« Le nom de Lyon sera effacé du tableau des villes de la République.

<c La réunion des maisons conservées portera désormais !■■ nom de Ville aff'anchie.

« Il sera élevé sur les ruines de Lyon une colonne qui attestera à la postérité les crimes et la punition des royal

fie cette ville, avec cette inscription : Lyon fit la guerre a

LALIREKTÉ; LYON n'eST PLUS ! »

La popularité est loin de valoir ce qu'elle coûte, lorsque, pour l'obtenir ou la conserver, il faut mentir aux autres et se mentir à soi-même. Goût lion n'entendait certainement pas servir d'instrument à la ruine de Lyon; et pourtant la crainte pusillanime de paraître manquer d'énergie le domina si bien, qu'ayant reçu le décret du i 2 octobre, il écrivit au Comité de salut public, dans une lettre destinée à être communiquée à la Convention : « La lecture de votre décret du 12 du premier mois nous a pénétrés d'admiration. Oui, il faut que Lyon perde son nom De toutes les mesures grandes et vigoureuses que la Convention nationale vient de prendre, une seule nous avait échappé, celle de la destruction totale. «

Rien ne répondait moins qu'un pareil langage à la secrète pensée de Coutlion , et la preuve, c'est qu'il n'y conforma nullement sa conduite. Plus d'une semaine s'écoula sans que rien annonçât de sa part l'intention d'exécuter les ordres de l'Assemblée. Il avait reçu, dès le 15 octobre, le décret rendu le 12, et ce fut le 26 seulement que le signal de la destruction fut donné par lui. Comme ses infirmités l'empêchaient de marcher, il se fit placer dans un fauteuil et porter devant un des édifices de la place de Bellecour, qu'il frappa d'un petit marteau d'argent, en ayant soin de dire : La loi te frappe. .'mot remarquable, à l'adresse des anarchistes, et qui empruntait des circonstances une signification particulière! Dans le cortège figuraient quelques hommes armés de pioches et de leviers; mais il ne leur fut pas enjoint, même alors d'en faire usage , et la répugnance de, Couthon à détruire le foyer de l'industrie française devint de jour en jour plus marquée.

Tant de modération n'était pas pour plaire à tous ceux qu'animait un impatient et brutal esprit de vengeance; mais, si Couthon n'avait pas montré assez de courage dans ses lettres à la Convention, il en montra du moins, et beaucoup, dans chacun de ses actes. Informé que, non contents de dé-1 clamer contre les retards de la commission de justice, certains meneurs allaient jusqu'à se permettre des arrestations arbitraires, il signa et fit signer à ses collègues Maignet, Laporte et Châteauneuf Randon, l'arrêté suivant :« Nul ne pourra être privé de. sa liberté qu'en vertu d'un arrêté des représentants du peuple, ou d'un mandat d'arrêt d'une autorité constituée. — Tout individu qui en aura fait emprisonner un autre ou qui l'aura privé de la jouissance de sa pro priété par la voie des scellés, ou autrement, sans un ordre légitime, sera considéré comme ennemi du peuple et mis en état d'arrestation. — Le fonctionnaire public qui aura abusé de sa place pour opprimer des c'.toyens et s'emparer de leur propriété, sera dégradé publiquement et exposé pendant trois jours consécutifs sur une des places de cette ville, avec un écriteau portant son nom, sa qualité et ces mots : Prévaricateur dans ses Jonctions! — Tous les bons citoyens sont invités, au nom de la patrie, de la justice et de l'humanité, à dénoncer avec courage aux représentants du peuple les abus, les injustices et les prévarications dont ds seraient victimes ou qui pourraient être à leur connaissance. »

Ce n'est pas que Couthon prétendit glacer le moins du monde l'action révolutionnaire en tout ce qui touchait aux vrais intérêts de la République: loin de là! Mais, à la politique sage et forte qu'il eût voulu inaugurer, il fallait des points d'appui; et c'est ce qu'il ne trouva point à Lyon. Il s'aperçut bientôt qu'il risquait de s'aliéner les uns, à cause delà violence de leurs passions, et qu'il serait impuissant à ramener les autres, à cause de l'obstination de leurs préju-

gés. "L'esprit public, écrivait-il douloureusement, est perdu en cette malheureuse ville ... Il nous faut une colonie de bons citoyens, qui, transportés sur une terre pour ainsi dire étrangère à la République, y transplantent les principes révolutionnaires »

Autre sujet de préoccupation . Dubois -Crancé était à Paris. où il faisait retentir le club des Jacobins de ses plaintes ; et Couthon ne tarda pas à apprendre que, dans une séance de ce club soupç/tnneux, Collot-d'Herbois, parlant de l'évasion de Précy, s'était écrié ironiquement • «.... Comment les Lyonnais ont-ils pu s'ouvrir un passage? . Ou les rebelles ont passé sur le corps des patriotes, ou ceux-ci se sont dérangés pour les laisser passer. » Collot-d'Herbois ne nommait pas son collègue, mais l'attaque était suffisamment claire Elle -avertissait Couthon des accusations meurtrières qu'il allait s'attirer, pour peu qu'il hésitât à exécuter le décret du 12 octobre. Ne voulant pas se charger de cette responsabilité sanglante, il obtint qu'on la lui épargnât, et elle fut acceptée, le 30 octobre, par deux hommes bien faits pour se présenter aux Lyonnais comme les messagers de la mort : Collotd'Herbois et Fouché.

Page 1