II
ment de trois ou quatre mille hommes qui, en Bretagne, s'était formé sous la direction de Jean i houan et qui fut le foyer du brigandage connu sous le nom de chouannerie. Fleuriot avait été élu en remplacement de la Rochejaquelein, et Talmont ne put se résigner à ce qu'il considéra comme une préférence injuste.
Il laissait l'armée dans un état de détresse dont les lignes suivantes de Mme de la Rochejaquelein donnent une vive image : « J'étais vêtue en paysanne; j'avais sur la tète un capuchon de laine violet ; j'étais enveloppée d'une vieille couverture de laine et d'un grand morceau de drap bleu rattaché à mon cou par des ficelles ; mon cheval avait une selle à la hussarde, avec une schabraque de peau de mouton. M. Roger Mouliniers avait un turban et un dolman qu'il avait pris au théâtre delà Flèche. Le chevalier de Reauvolliers s'était enveloppé d'une robe de procureur, et avait un chapeau de femme par- dessus un. bonnet de laine, » etc. La démoralisation était au comble ; les nobles sentiments semblaient désormais éteints. Un trait le prouve : des officiers eurent l'infamie de se partager la caisse de l'armée.
Eu cet état, impossible que les Vendéens échappassent longtemps au coup mortel : ils le reçurent, le 3 nivôse (2 i décembre), à Savenay, où, atteints et cernés par Marceau, ils furent, non pas vaincus, mais exterminés. «Partout, écrivit Westermann, on n apercevait que monceaux de morts. Dans la seule banlieue de Savenay, plus de six mille corps ont été enterrés. »
Tel fut le dénoùment de ce qu'on appela la grande guerre de la Vendée. Tout ce que l'ivresse des discordes civiles peut produire d'héroïque et de barbare s'y déploya dans les deux camps, sur une échelle vraiment gigantesque. La Convention avait rendu un décret portant : « Toute ville de la République qui recevra dans son sein des brigands ou qui leur donnera des secours sera rasée. » Et, pour exécuter d'aussi terribles sentences, les agents ne manquaient pas. Quels mots affreux que ces mots de Rossignol, écrivant au Comité de salut public : « Il y a encore des hommes humains, et, "en révolution, c'est un défunt, selon moi! » Mais c'était un défaut, aussi, en contre-révolution, selon les \ endéens ; et nous n'aurons que trop tôt à retracer le tableau des horreurs dont ils se souillèrent. Oui, l'enthousiasme, la foi, le courage, le dévouement, une ambition sans repos, une cruauté sans frein, des jalousies misérables à côté d'une exaltation magnanime, voilà ce qui apparaît pêle-mêle et dans le camp des républicains et dans celui de leurs ennemis. Tant l'âme humaine contient A'abimes !