BERNADOTTE
d obu6, qu'elle eût été entièrement détruite si Jourdan ne l'eût sauvée en menaçant le prince de Gobourg de brûler, par manière de représailles, toutes les propriétés des généraux autrichiens en Belgique.
C'est vers cette époque que Cobourg fut rappelé par l'empereur d'Autriche. Il avait un partisan zélé dans le ministre Thugut. mais un adversaire puissant dans l'Angleterre, qui
voulait l'armée aux mains de l'archiduc, Charles, avec Claiifayt et Beaulieu pour conseils. Son crédit, miné par les insinuations du comte Spencer, ne put résister à l'impression produite par ses revers ; Thugut dut l'abandonner, et Clairfayt le remplaça dans le commandement en chef de l'armée impériale.
Pendant ce temps, le Comité de salut public s'était activement occupé des moyens de reconquérir celles de nos places
encore au pouvoir de l'ennemi, c'est-à-dire Landrecies, Le Quesnoy, Valenciennes et Gondé.
Le mouvement général qui avait poussé nos troupes en avant n'avait pu s'exécuter sans laisser à l'ennemi le temps et l'occasion de s'approvisionner dans les places qu'il occupait, en ravageant le plat pays et en prenant aux campagnes environnantes grains, fourrages et bestiaux. De là, impossibilité de les recouvrer sans réunir des munitions énormes qui manquaient, et sans détacher des troupes considérables de la masse armée qui avait à balayer les frontières, ce qui, en l'affaiblissant, risquait de la compromettre. Même en supposant que ces places se fussent rendues, après un siège d'une durée ordinaire, en quel état nous seraient-elles revenues? Démantelées ; de sorte que, la frontière restant ouverte, il eût suffi d'une défaite pour remettre en question l'indépendance du territoire.
En de pareilles conjonctures, le Comité de salut public pensa « qu'il fallait, en frappant l'ennemi de terreur, l'obliger à se dessaisir de nos possessions, où, vu l'éloignement et l'abandon de ses armées, il ne pouvait plus se considérer que comme un voleur détaché de sa bande. » Cl- s considérations déterminèrent le fameux décret du 16 messidor (4 juillet^ . En voici le texte :
« Toutes les troupes des tyrans coalisés renfermées dans les places du territoire français envahies par l'ennemi sur la frontière du nord, et qui ne se seront pas rendues à disciétion vingt-quatre heures après la sommation qui leur en aura été faite par les généraux de la République, ne seront admises à aucune capitulation et seront passées au fil de l'épée. »
Il est à remarquer que, sur l'esprit qui dicta ce décret inhumain, le langage de Rarère, dans la séance du 16 messidor, fut tout autre que celui de Garnot trois mois plus tard. Dans son rapport du 1er vendémiaire (22 septembre), Garnot dit, en s'adressant à la majorité , alors thermidorienne : « La grande latitude que Vous aviez laissée à votre Comité sur le mode d'exécution des mesures militaires, lui donnait la facilité de diriger l'effet de cel'e-ci. 11 savait que ce n'était pas un décret de carnage que vous aoiez voulu rendre. » Mais Barère, à qui le Comité de salut public avait confié le rapport du décret proposé, qu'avait il dit à la Convention le 16 messidor (4 juillet; ? Il avait prononcé ces paroles pleines de sang, et qui, bien qu'à l'adresse des ennemis de l'intérieur, figuraient comme venant à l'appui des conclusions du rapport : « Transigez : ils vous attaqueront demain, et vous massacreront sans pitié. Non, non; que les ennemis périssent. Il n'y a que les morts qui ne reviennent pas. »
Restait à savoir si la générosité du soldat français ne mettrait pas obstacle à l'exécution d'une mesure vraiment sauvage, et c'est ce qui ne tarda point à paraître.
A peine le décret rendu, les représentants du peuple près l'armée de Sambre-et-Meuse avaient reçu l'ordre de le faire notifier aux villes de Landrecies, Le Quesnoy, Valenciennes et Condé. En même temps, il avait été décidé qu'un corps de trente mille hommes, tiré des forces disponibles des divisions de droite de l'armée du Nord et des garnisons de Maubeuge, Avesnes, Cambrai et Douai, serait chargé, sous le commandement du général Schérer, de la réduction des quatre places. Le 23 messidor (11 juillet), Jourdan écrivait à Schérer :
« Tu as connaissance, mon camarade, du décret de la Convention. Tu voudras donc bien le signifier à la garnison de Landrecies, lorsque lu seras en mesure d'appuyer la sommalion par de bonnes batteries. »
C'était sauver au commandant de Landrecies l'horrible al-
ternative, ou d'exposer la garnison à un égorgement en masse, ou de se déshonorer par une capitulation trop hâtive. Coup hardi de la part de Jourdan! Car l'ordre du Comité de salut public de sommer les quatre places à la fois et sur-le-champ était formel. Schérer, garanti par la lettre qui vient d'être citée, crut pouvoir retarder la formidable notification jusqu'au 28 messidor (16 juillet), jour où les batteries se trouvèrent en état d'intimider le canon de la place ; et elle se rendit à discrétion, avant l'expiration du délai fatal.
Après cette conquête, Schérer se porta sur Le Quesnoy. La tranchée ayant été ouverte le 7 thermidor (25 juillet), et les batteries ayant commencé à tirer le 13 thermidor (31 juillet;, ce fut le 16 seulement que Schérer, s'apercevant que le feu des assiégés était fort affaibli, leur signifia le décret de la Convention. Très-noble et très -belle fut la réponse du commandant : « Une nation n'a pas le droit de décréter le déshonneur d'une autre nation. » Les assiégeants reprirent donc leurs travaux, et les poussèrent avec tant de vivacité, que le commandant de la ville frissonna à la vue de l'abîme qui s'ouvrait.... Le 24 thermidor (11 août), il envoie comme parlementaires à Schérer deux officiers et un tambour : le général français refuse de les recevoir. Nouvelle députation, et, cette fois, suppliante. Le commandant offrait de se rendre à discrétion ; il assurait avoir regardé le décret notifié comme une simple sommation, accompagnée des menaces ordinaires en pareil cas; il demandait grâce pour ses soldats, auxquels, disait-il, il n'avait rien communiqué, et offrait sa tète en expiation. Duquesnoy, commissaire de la Convention près l'armée de siège, et Schérer , expédient aussitôt un courrier au Comité de salut public pour prendre ses ordres, et l'informer que, s'il persiste à vouloir qu'on passe la garnison au fil de l'épée, il doit s'attendre à voir les soldats désobéir.
Le Comité recula-t-il devant cette crainte, comme Jourdan l'a affirmé, ou, comme l'a affirmé Carnot, devant l'horreur d'une exécution portant sur des hommes seulement coupables d'ignorance? Il est probable que ces deux motifs agirent sur lui. Toujours est-il qu'il borna l'accomplissement de ses ordres à la recherche de ceux qui auraient résisté en connaissance de cause , et à l'insertion de la déclaration suivante dans les articles de la reddition de la place : « La garnison du Quesnoy n'a obtenu la vie qu'en se rendant à la merci de la nation française , et parce que les chefs ont offert de payer de leurs tètes leur résistance aux décrets de la Convention. »
Deux villes restaient à reprendre : Valenciennes et Condé. Duquesnoy demanda qu'on revînt sur le décret du 16 messidor, et Schérer, qu'on lui permît, du moins, de ne le notifier qu'après avoir suffisamment poussé les travaux. Le Comité de salut public fut inflexible , se croyant trop engagé aux yeux de 1 Europe pour reculer. Il ordonna donc que , sans aucun délai, la place de Valenciennes serait sommée, conformément à la teneur du décret, et que la plus grande publicité serait donnée à la sommation, afin que militaires et citoyens ne pussent, ainsi qu'au Quesnoy, alléguer leur ignorance.
Le commandant de Valenciennes , sommé de se rendre à discrétion, proposa de remettre la place , à condition que la garnison rentrerait en Autriche prisonnière de guerre sur parole et ne reporterait les armes qu'après avoir été échangée. Cet arrangement ne cadrait point avec l'exécution stricte du décret du 16 messidor; néanmoins, le Comité de salut public s'y prêta; et, le 10 fructidor (27 août), les Français prirent possession de Valenciennes, où les Autrichiens laissaient deux cent vingt-sept bouches à feu, huit cents milliers
de poudre, une immense quantité de fers joules, et nombre d'objets précieux
Cette capitulation ayant été signifiée au commandant de Condé, il ouvrit ses portes aux mêmes conditions, livrant aux républicains cent soixante et une bouches à feu, six nulle fusils, et trois cents milliers de poudre.
Ce fut le 13 fructidor (30 août) que Condé se rendit; et, ce jour-là même, le télégraphe en fit parvenir la nouvelle à la Convention, qui, pour consacrer l'indépendance du territoire reconquise, substitua au nom de Condé celui de Nord- Libre.
Tandis que Schérer avec quelques divisions de l'armée de