‹ Histoire de la râevolution franðcaise (volume 3)Chapitre 91 sur 106 · MADAME ROLAND · texte numérisé non relu

MADAME ROLAND

Quant aux Duprat, ils entraient dans la carrière en se tenant par la main. Et cependant le jour devait venir où à l'aîné, son dénonciateur, le cadet, nommé membre de h

Convention, écrirait : « Marat est votre ami, et vous concluez de là qu'il doit être le mien!... — Vous ne pouvez concevoir par quel charme Barbaroux est parvenu à me chan-

ger?... — Oui, je suis Girondin... — Lâche! votre mémoire passera à la postérité la plus reculée comme celle de l'assassin du vertueux Al tel. »

Tels étaient, à Avignon, les chefs du parti militaire. L'armée qu'on avait envoyée contre Garpentras ayant été licenciée, ils durent songer, pour conserver leur influence, à entrer ou à se maintenir dans l'état-major de la garde nationale, qu'on était justement en train de renouveler, et c'est ici qu'entre eux et la municipalité la lutte prit un noir caractère. On était assemblé dans l'église des Cordeliers. Tout à coup une tombe est ouverte, et plusieurs citoyens sont menacés d'y être enterrés tout vifs : Duprat est réélu colonel et Tournai lieutenant-colonel. C'était peu. Afin de tenir attachés à leur parti les soldats de Monteux, Lescuyer et les siens demandent à l'assemblée électorale de payer à quarante sols par jour le service au camp , réclamation dont le chiffre fut réduit à quinze sols par la générosité du soldat. Mais les fonds manquaient, et la municipalité était trop heureuse de pouvoir justifier son refus en montrant les caisses vides. Que faire? On avait des cloches : qui empêchait de les fondre? Les ornements d'église abondaient : qui empêchait de les vendre? C'est ce que proposèrent hardiment les chefs de l'armée. Grande émotion dans la ville des papes ! mais elle servit à frapper un coup médité depuis longtemps. Entraînés par les meneurs, les soldais se jettent, furieux, sur la maison commune, aux sons redoublés du tocsin ; les officiers municipaux sont arrêtés , traînés en prison , et avec eux vingt-deux citoyens, parmi lesquels un beau jeune homme qui avait été un des premiers sectateurs de la Révolution. Il se nommait Niel, et sa mère, douée d'une figure charmante, passait pour avoir conquis sur le cœur de l'abbé Mulot, un des trois commissaires, un empire qui la perdit, hélas !

Ces commissaires, on s'en souvient, étaient, outre l'abbé Mulot, Lescène-des-Maisons et Verninac. Représentants de la France à Avignon et revêtus du titre de médiateurs, ils ne surent ni rien faire, ni rien empêcher. Ce fut tout au plus si, sur leur demande instante, le parti victorieux consentit à élargir douze prisonniers. Alors, soit découragement, soit effroi, Verninac et Lescène-des-Maisons retournèrent à Paris : Mulot resta, retenu par une préoccupation dont sans doute il chérissait le tourment.

A la place de la municipalité renversée, les vainqueurs avaient mis soixante administrateurs provisoires, si étrangement choisis , que le seul d'entre eux qui sût quelque peu écrire était un certain abbé Rarbe. Ils usèrent et abusèrent de la puissance. A Sorgues, leurs adversaires ayant été désarmés par eux, Mulot y envoie des troupes, qui sont assail lies à coups de pierres et font feu Pochi, officier municipal, est tué sur le toit de sa maison. Les troupes restent maîtresses du pavé.

A cette nouvelle, de terribles clameurs retentissent dans Avignon. Rovére, une des têtes du parti dominant, dénonce l'abbé Mulot comme un proconsul altéré de carnage. Les administrateurs provisoires font une descente dans la maison ■ de Mme Niel, et l'on y trouve un billet textuellement conçu en ces termes': « Nous venons de porter le coup que nous devions porter, au nom de la France. N'en veuillez pas à l'ami de votre fils. » Point de signature; mais l'écriture était de Mulot : on la reconnut, et sur-le-champ on arrêta Mme Niel, soupçonnée de complicité dans quelque étrange complot.

En même temps, les administrateurs provisoires allaient visiter et faisaient transporter chez le trésorier de la ville une malle pleine d'argenterie dont l'ancienne municipalité avait confié le dépôt au mont-de-piété.

Ce déplacement, qui ressemblait à une spoliation, l'arrestation violente de Mme Niel, la vente des cloches qui se poursuivait, l'excitation croissante et en sens inverse des colères allumées par l'expédition de Sorgues , tout semblait fournir aux papistes l'occasion de mettre la ville en émoi. Ils la saisirent avec un emportement aussi aveugle que barbare. Le dimanche 1 6 octobre, les paysans, accourus de toutes les campagnes environnantes, purent lire, affichés à l'entrée de chaque rue, des placards où était écrit ce mensonge : « Le

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