‹ Histoire de la râevolution franðcaiseChapitre 151 sur 156 · CHAPITRE YII · texte numérisé non relu

CHAPITRE YII

L'AMBITION DE MIRABEAU

errière les agitations se nouaient les intrigues Or, les faits les moins instructifs ne sont pas ceux que cachent dans leur ombre les coulisses de l'histoire.

Nous avons dit la naissance et les progrès de la faction du comte de Provence, celui que, depuis l'avénement de Louis XVI au trône et conformément à la grammaire de la cour, on appelait Monsieur. Dans les derniers mois de l'année 1789, cette faction prit à son service un instrument qui, moins décrié, lui eût été fort utile : Mirabeau.

Il y avait alors deux hommes dont Mirabeau enviait , avec une rage intérieure mal dissimulée, la popularité et la puissance ; Necker au pouvoir lui inspirait un sentiment de colère qu'il aimait à revêtir des formes du dédain , et il s'indignait, dans le vol de son orgueil, de voir Lafayette devenu maître, par la garde nationale, des mouvements de la place publique. Entre ces deux noms dont le bruit l'importunait, entre ces deux grandes situations qui envahissaient toute la place qu'il eût voulu occuper , il lui semblait que son génie manquait d'air, il étouffait ; il fallait l'entendre, exhalant son dépit ! Necker n'était qu'un méprisable charlatan , dont la renommée faisait pitié et que son incapacité pompeuse aurait dû faire rougir. Lafayette était un sous grand homme , un Cromwell-Grandisson, un Gilles-César, un général Jacquot. Ainsi se vengeait Mirabeau furieux; mais ce qui prouve les souffrances d'un cœur blessé n'est point ce qui les soulage , quel spectacle terrible que celui que présente, à cette époque de sa carrière, Mirabeau vu de près ! Il brûle de monter, de gagner les hauteurs , et sa mauvaise réputation est là qui l'écrase d'un poids impossible à soulever ; il est rongé de voluptueux désirs , tourmenté de besoins insatiables , et la misère l'enveloppe. Qui payera ses dettes? Elles sont considérables et il en est d'étranges, il en est de honteuses; marié déjà depuis dix-sept ans, il doit encore à Anne Pottevin le prix de ses habits de noces, et il est réduit à lui dire pour lui faire prendre patience Je vais être ministre, cela est sûr. Je vais être ministre ! Il aspire en effet à le devenir, et violemment; pourquoi? Ce n'est pas seulement parce qu'il a soif de gouverner, c'est parce qu'il faut qu'il vive !

Un jour, raconte M. de 'La Marck, c'était au mois de septembre 1 789 , Mirabeau vint chez moi de très - bonneheure, et d'un air préoccupé me dit : «< Mon ami, il dépend « de vous de me rendre un très -grand service. — Parlez. « t- Je ne sais où donner de la tête , je manque du premier « écu, prêtez-moi quelque chose. » Je lui offris un rouleau de cinquante louis, le seul que j'eusse à ma disposition. Il me remercia beaucoup et me dit : « Je ne sais pas quand je « vous le rendrai, je n'ai pu encore regarder à la succession « de mon père et déjà mes parents me font des procès. »

Le personnage à qui Mirabeau s'adressait était un homme de cour . il comprit tout de suite quelle prise donnaient sur un tel tribun son immoralité , ses passions et sa détresse Il vit la reine, mais plus fière alors qu'elle ne le fut quelques mois après, Marie -Antoinette s'écria : « Nous ne serons jamais assez malheureux , je pense , pour être réduits à la pénible extrémité de recourir à Mirabeau »

Lui, cependant, il avait résolu, ou de se faire accepter ou

L'AMBITION DE MIRABEAU

de s'imposer, tour à tour souple et hautain, également prêt

à conseiller et à menacer, tantôt rampant jusqu'au pied du trône par des chemins couverts, tantôt se répandant en violences qui glaçaient le roi d'épouvante. On se rappelle comment d avait, à Yersadles, dénoncé le repas des gardes et

mis en jeu la responsabilité de la reine, montrant de la sorte quel ennemi c'était qu'un ennemi de sa taille. Eh bien, quinze jours s'étaient à peine écoulés depuis l'installation forcée «le la cour à Paris, que déjà il s'essayait au rôle de conseiller secret.

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