‹ Histoire de la râevolution franðcaiseChapitre 35 sur 156 · DE CALONNE · texte numérisé non relu

DE CALONNE

Vers la fin de novembre 1786, une sentinelle de faction, la nuit, dans une des cours de la Salpètrière, fit passer à une femme qui servait Mme de La Motte, un billet sans signature. On y disait à la prisonnière : * Vous êtes exhortée à ne pas perdre courage, et à prendre des forces pour une longue route : on s'occupe des moyens de changer votre

sort. » Une autre lettre, toujours remise par le factionnaire, demanda le dessin de la clé propre à faciliter l'évasion. Le dessin fut livré, et le soldat inconnu apporta quelque temps après la clé libératrice, ainsi que des vêtements d'horr.:ne qu'on parvint aisément à faire tenir à Mme de La Motte, le mot d'ordre ayant sans doute été donné en secret à la su-

périeure. Rendue ainsi à la liberté, Mme de La Motte partit pour Londres, où son mari l'attendait.

Elle ne doutait pas qu'elle ne dût son évasion à la reine, mais cette conviction était loin d'avoir calmé son ressentiment; aussi lisait- on dans un journal anglais, vers le commencement de l'année 1 787, l'annonce suivante : « Il n'est bruit, dans les salons de Londres, crue d'une publication importante qui va jeter un jour nouveau sur l'affaire du collier. »

Répétée bientôt par les feuilles de Paris, la nouvelle pénètre à la cour et y jette le trouble. Marie -Antoinette prend l'alarme. Une négociation est ouverte avec M. de La Motte, pour la suppression de l'écrit annoncé; il s'agissait de l'honneur : M. de La Motte consentit à ce qu'on parlât d'argent; et, pressée par la reine, à l'insu du roi, la duchesse de Polignac partit pour Rath, où deux cent mille livres payèrent un silence qui ne fut pas gardé !

Tel fut cet événement, célèbre et si longtemps obscur. D en resta dans les diverses cours de l'Europe une impression fâcheuse pour Marie -Antoinette, jusque-là que l'empereur François II, son neveu, la crut à demi coupable. On raconte qu'après l'arrêt du 31 mai 1786, le procureur général dit à M. Robert de Saint-Vincent, un des plus ardents défenseurs du cardinal : « Monsieur, sans le vouloir, vous venez d'ébranler les bases de la monarchie. » C'était aller trop loin. Les bases d'une monarchie solidement construite ne s'ébranlent pas ainsi ; il y faut le travail des âges et le flot rongeur des idées. Et cependant, parmi les causes secondes de la Révolution, celle-ci fut certainement la plus éclatante, la plus active. Dissolution des cours, misères de la grandeur, fortune des courtisans minée par l'excès de leur égoïsme et de leur bassesse, désordre dans le jeu des pouvoirs, immolation des droits de la vérité aux intérêts de la force, haines lentement amassées dans le cœur du peuple, impuissance de la royauté, quand elle décline, à se relever par la justice ou à se maintenir par l'arbitraire; en un mot, tout ce qui accuse le vice des institutions monarchiques, l'affaire du collier le rassembla, le résuma, le mit en relief. Et quel châtiment infligé à l'orgueil des maîtres de la terre, que le" spectacle du trône où s'était assis Louis XIV, compromis et entraîné dans les complications d'une intrigue de comédie!

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