‹ Histoire de la recherche, de la découverte et de l'exploitation de la houille dans le Hainaut français, dans la Flandre française et dans l'Artois, 1716-1791Chapitre 1 sur 104 · Histoire de la recherche, de la découverte et de l'exploitation de la houille dans le Hainaut français, dans la Flandre française et dans l'Artois, 1716-1791 · texte numérisé non relu

Histoire de la recherche, de la découverte et de l'exploitation de la houille dans le Hainaut français, dans la Flandre française et dans l'Artois, 1716-1791

elqi es hommes éminents, disions-nous dans l'introduction placée en têle du premier volume de cette histoire, quelques rares institutions en harmonie avec les besoins

(fil des peuples , quelques guerres civilisatrices sont par fois venus

en

aide aux progrès , au développement et à la diffusion des richesses , -,*:/ cela n'est pas douteux. Mais combien de rois, de ministres incapables ou égoïstes , combien d'institutions barbares , combien de ,.-:•. guerres impies ont entravé, arrêté ces progrès tandis qu'un agent perséveramment civilisateur, méconnu, toujours exploité, mé-

prise long-temps, le travail, que l'on nous permettra de personnifier ici , continuait son œuvre si souvent et si violemment interrompue » (1).

Nous ne pouvions prévoir, en élevant notre faible voix, en 1847, pour glorifier le travail, le rôle qu'on lui ferait jouer en 1848. Certes , personne n'a plus de sympathie que nous pour les travailleurs, et notamment pour les ouvriers, travailleurs d'autant plus dignes d'intérêt, qu'ils sont , dans L'état actuel des choses , moins aptes que quiconque à aviser aux moyens d'améliorer leur sort (2). Et cependant nous avons gémi , comme tous les bons citoyens, en voyant transformer ce nom de travailleur en titre de noblesse , par ceux-là même qui proclamaient l'égalité , en voyant prodiguer ce titre aux seuls ouvriers, et même aux ouvriers industriels, en quelque sorte à l'exclusion des ouvriers agricoles. Gomme tous les bons citoyens , nous avons gémi, en voyant offrir, au nom du travail, une prime à la paresse et décorer du nom d'ateliers nationaux ces réunions d'où le travail seul semblait exclu. Nous avons gémi en entendant ces promesses imprudentes et ces flatteries journalières adressées à des hommes, qu'en peu de jours on amena , du désir Légitime de voir progressivement améliorer leur sort, au désir de dominer à leur four, nobles de création républicaine, • [lie nous devions, nous plébéiens, rencontrer dans la rue , comme nos

(1) Voir t. t , p. liij.

(2) No, sympathies no soûl pas du lendemain — En 185 4 , nous étions l'un des défenseurs dos ouvriers mineurs d'Anzin, dans la fameuse affaire des Quatresous, el tout récemment , en 1847, nous réi i. unions pour le peuple le droil de manger du sucre , de boire . à meilleur marché, el le vin el la

bière. Nous propos a .1 cet effet, au congrès central d'agriculture, un projet de suppression îles

droits qui pèsent sur ces produits , .woi- avantage pour le trésor, projel <|ui ne put être discuté parle 1 ongrès, iaute de temps, maie qui avail été adopté par la commission qu'il avait nommé,

rinj

pères rencontraient jadis, sur les grands chemins, la noblesse féodale. Tant il est vrai que le plus honnête est bientôt perverti, quand il se croit le droit de substituer sa volonté à la loi qui ne peut émaner que de la volonté de tous.

Tout homme qui se voue à l'agriculture, à l'industrie, au commerce, est un travailleur (1) , qu'il soit maître ou qu'il soit ouvrier. Le maître et l'ouvrier sont utiles à l'état à des titres différents ; ils sont solidaires l'un de l'autre. On sait la fable des membres et de l'estomac. Soulever les ouvriers contre les maîtres, c'est vouloir la ruine et des uns et des autres.

Il n'est personne, s'occupant un peu de mines, qui ne sache que les mines de houille, exploitées d'abord par de simples manouvriers, sans chefs, sans guides, ont vu gaspiller leurs richesses jusqu'à leur exploitation régulière par des compagnies. Il n'est personne qui ne sache que pour une compagnie qui a le privilège de s'enrichir , vingt ont le privilège de se ruiner. Mais ce que l'on ne sait pas assez , ce sont les tribulations, les craintes, les espérances, les déceptions de ces hommes de cœur et de tête qui apportent , au service d'une industrie qu'ils veulent créer, avec toute l'ardeur dont ils sont possédés , leur talent, leur tems, leur fortune , en un mot leur présent et leur avenir. Tels nous verrons Désandrouin et Taffin, qui certes sont, à plus juste titre que les ouvriers qu'ils dirigeaint et fesaient diriger par leurs ingénieurs , des travailleurs, travailleurs à l'intelligence desquels le pays doit sa richesse.

(1) 11 est bien entendu que nous ne prétendons pas que ceux-là seuls sont des travailleurs.

Sans anticiper sur ce que nous avons à raconter de leurs exploits pacifiques, disons, qu'alors qu'ils se mirent à chercher la houille dans nos pays (1710), ce combustible n'était point, en France , comme aujourd'hui, une richesse certaine. La houille ne s'appelait pas encore le pain de l'industrie, elle n'était point ce que l'on nomme vulgairement une marchandise de défaite.

Savary raconte que « le bois étant devenu très-rare et très cher à Paris en 1714, ou y amena quelques bateaux de charbon de pierre, qui se débitèrent d'abord assez bien aux ports de l'Ecole et de St. -Paul , le peuple y ayant couru en foule ; et même plusieurs bonnes maisons en ayant voulu essayer dans les poêles et les cheminées des antichambres; mais la malignité de ses vapeurs, et son odeur de souffre en dégoûtèrent bientôt ; et la vente des premiers bateaux n'ayant pas réussi , les nouveaux marchands cessèrent d'en faire venir pour la provision do Paris » (1).

En 17G9, malgré le haut prix du bois, les Parisiens en étaient encore à ne vouloir pas se servir de charbon de terre. Morand fesait alors des expériences pour établir les avantages de la substitution <îc la houille au bois pour le chauffage domestique (2). Le préjugé était tel que lo duc de la Vrillère crut devoir saisir de cette question l'académie des scien-

(1) Dictionnaire du commerce, t. 2. p. 219, au mot charbon. — Morand pense que celte tentative a été faite avec de la tourbe, et non du charbon ; si ce fut, ajoute-t-il , avec du charbon , « il est probable qu'on avait fait un mauvais choix de houille » (Mémoire sur la nature, les effets, etc., du charbon de terre, p. 26 et 21).

(2) Morand. Mémoire sur la nature , les effets , etc., du feu de charbon de terre. Avertissement. p. 15.

ces (1). L'académie partagea l'opinion de Morand (2); un décret de la fatuité de médecine de Paris fut rendu dans le même sens (3). Morand n'en recourut pas moins à l'avis des médecins de Louvain (4) , de Liège (o), de Valenciennes (6), de Lyon (7), de Londres (8) et de St.- Eiienne (0).

« Ce n'est que de nos jours, dit Gensanne(lO), en 1780, qu'on a trouvé

(1) Morand, p. IS. Par lettre du 14 octobre 1769.

(2) Idem , p. 184 du mémoire. — On disait que l'usage de la houille et la fumée qu'elle répandait dans l'atmosphère, occasionnaient des maladies de poitrine. On disait que la vapeur de la houille dans les appartements noircissait le linge dans les armoires. On disait que le feu de charbon portait atteinte à la blancheur du teint.

Parlant des linges, dentelles, coeffes renfermées dans les armoires , a on ne les trouve point, dit Morand ( quoi qu'on en puisse dire), roussies , comme on le voit ordinairement dans nos pays. J'en parle d'après l'expérience constante des Liégeoises, qui sont au moins aussi curieuses que nos Françaises de conserver la blancheur à leur linge et à leurs ajustements » ( Idem , p. 7 ).

Parlant de l'effet produit sur le teint a à Valenciennes , . . . . dit-il , où, depuis quarante ans , on

n'emploie que le charbon de terre pour le chauffage , les femmes ne se sont pas encore aperçues

que cet usage ait fait aucun outrage à leur teint » « Les Anglais n'ont rien moins que le teint

olivâtre » (Idem, p. 139 et 140 ).

(3) Idem, p. 191.

(4) Idem, p. 1C7.

(5) Idem, p. 197.

(6) Idem, p. 201. Avis du 15 janvier 1770 ( pièces justificatives). [Vt Idem, p. 212.

(8) Idem, p. 216.

(9) Idem, p. 220.

(10) Mémoire sur la manière de préparer le charbon de terre, etc., p. 1. — Gensanne raconte qu'en 1778 les états du Languedoc reçurent des propositions pour dessoufrer et épurer le charbon dont on se servait dans la province. Ces propositions étaient faites par la compagnie qui avait obtenu un privilège pour ce motif.

Il met en garde contre l'application du charbon épuré, que l'on prétend préférable à tous les emplois, et indique ceux auxquels il est véritablement utile pour remplacer le bois. Il publie les moyens d'épurer le charbon , de faire du coke , et se défend toutefois d'avoir surpris le secret de la compagnie privilégiée (Idem). — Le privilège dont il est ici parlé et dont nous avons déjà dit un mot, t. 1, p. 165, avait été accordé par arrêt du 7 août 1778 (pièces justificatives^

le moyen de préparer le charbon de terre, et de le rendre propre à la fonte des mines de fer. »

L'exploitation d'une mine de houille n'offrait donc point, en 1746, comme aujourd'hui , en cas de réussite , une fortune assurée ; et cependant Désandrouin et Tanin n'hésitèrent point. Nous les verrons à l'œuvre, ces travailleurs infatigables.

Il ne faut pas croire toutefois, que le respect que leurs actions nous inspirent, amoindrisse en rien nos sympathies acquises depuis longtemps (1) aux ouvriers qui, au prix d'un labeur aussi dangereux que pénible, continuent chaque jour, chaque heure , l'œuvre de ces hommes d'élite. Mais pour être juste, il faut l'être envers tous, et pour être juste envers tous, s'il faut tenir compte aux ouvriers de leurs besoins, il faut tenir compte à leurs chefs de ce qu'ils ont fait pour les satisfaire, il faut surtout, avant tout , connaître exactement les faits ; quelques uns méritent d'être cités.

En 1790, la compagnie d'Anzin employait 4,000 ouvriers ; elle en a 7,000 aujourd'hui.— En 1790, elle payait à la main d'œuvre 1,080,000 fr.; elle lui a payé , en 1847, 3,500,000 fr. — D'où il suit, qu'elle employé 3,000 ouvriers de plus , que ces ouvriers reçoivent un salaire double de celui qu'ils recevaient en 1790 , à part les autres améliorations apportées à leur sort.

Ce n'est pas tout : le capital de la compagnie est évidemment beaucoup plus considérable aujourd'hui qu'en 1790. La compagnie , qui

(I) Voir la noie, ci-dessus, p iriij

xiij

livrait annuellement à eette dernière époque à la consommation, moins de 4 millions de quintaux métriques de houille, en livre de G à 7 aujourd'hui. — Et cependant, alors qu'il résulte de cette augmentation de production et de la hausse des salaires , pour la main-d'œuvre en général une rémunération plus que triple , et pour chaque ouvrier une rémunération double , les dividendes distribues aux actionnaires sont numériquement peu augmentés , c'est-à-dire moindres , comparativement au capital employé. D'où il suit , que l'ouvrier seul ( il n'est point ici question du consommateur) a profilé du plus grand développement donné aux exploitations de la compagnie des mines d'anzin (l).

(I) Pour démontrer l'exactitude de nos assertions, il est nécessaire d'entrer dans quelques détails. Les chiffres que nous donnons ci-après sont tirés ou déduits : — pour 1790 , des faits recueillis et produits dans ce volume (p. 137, 160,179), — pour 1848, delà brochure récemment publiée par M. Lebret, associé-régisseur-gérant de la compagnie des mines d'Anzin (Du sort des travailleurs et de l'organisation du travail dans les mines d'Anzin, p. 10, 12, 18 et 19). Nous avons eu aussi recours à quelques renseignements particuliers dont la source nous garantit l'exactitude.

L'ouvrier mineur, proprement dit , celui qui pioche la mine , a vu son salaire plus que doublé , de

1790: 1848: Différence:

1 fr. 12 1/2 2 fr. 50 \ fr. 57 1/2.

Ce salaire étant pour la tache et non pour la journée , les bons ouvriers pouvaient et peuvent gagner

par jour :

1790: 1818: Différence:

1 fr. 67 5fr. 50 1 fr. 65.

Si la différence du gain que peut faire un bon ouvrier, par jour, est un peu moins considérable qus la différence à la tache, cela tient à ce que , en 1790 , l'ouvrier descendu dans la fosse , travaillait 12 heures, et qu'il u'en travaille aujourd'hui que 8.

Il faut donc dire qu'un bon ouvrier mineur gagnait en

1790 1 fr. 07 en 12 heures,

el qu il gagne en 1848 5 50 en 8 heures , non compris 25 centimes d'in-

demnité pour la descente dans les fosses de la profondeur de 400 mètres et au-delà. — Le temps de descendre et de monter n'est pas compris, bien entendu, dans ces huit heures.

XIUJ

Augmenter les capitaux productifs , livrer à la consommation des produits plus nombreux, employer un plus grand nombre d'ouvriers

En 1790, la compagnie employait 4,000 ouvriers.

Tant aux travaux du fond qu'à ceux du jour. Elle en emploie aujourd'hui 7,000

En plus 3,000

Elle dépensait en salaire , en 1790 1,080,000 fr.

en 1847, elle a payé 3,500,000

En plus 2,420,000

Ce qui donne un salairo moyen annuel, par ouvrier :

en 1790 de 270 fr.

en 1847 500

E» Plus 230, soit , à raison de 300 jours par an

en 1790 0 fr. 90 par jour,

en 1847 l 66

En plus 76 c.

Ces faits constatés, nous savons bien qu'il y a à tenir compte de la différence de la valeur de l'argent, en 1790 et en 1847 et 48. Aussi croyons-nons qu'il est intéressant de comparer les chiffres des bénéfices distribués aux actionnaires, ou la rémunération des capitaux, avec les chiffres des salaires donnés aux ouvriers, ou la rémunération du travail manuel.

La répartition annuelle entre la main-d'œuvre et le capital se fesait , eu 1790 , dans la proportion

suivante: au capital 1,200,000 fr.

à la main-d'œuvre 1,080,000

c est-à-dire par parts à peu près égales.

Dans ces derniers temps, la répartition peut être évaluée aux chiffres ci-après (!) :

au capital i ,800,000 fr.

à la main-d'œuvre 3,500.000

(1) On comprend que nous no pouvons prendre pour base de la production et des bénéfices actuels

'" "'"""' sceptionnel dons lequel nous nous trouvons , nous aurions zéro dune pari et un chiffré

insignifiant do 1 autre. Nous avons remonté à plusieurs années et fait une moyenne, et nous avons troiiNe que la production était, en moyenne , de 6 à 7,000,000 q. m. et les bénéfices distribués aux

'"" '""'s dfl lacompagnte, du chef des établissements houillers, de 6 à 7,000 fr. au dénie, dont

le nombre: est un peu moindre à eause des retraits opérés par la compagnie.

tout es élevant \o taux du salaire, ce sont là évidemment des progrès que l'on aime à constater.

Sans doute , dans la voie du progrès il y a toujours à faire ; peutêtre même quelques-uns diront-ils que l'on pouvait faire davantage. Nous n'avons point à nous prononcer sur cette question ; nous ne pourrions le faire qu'après avoir étudié l'histoire de ces mines, de 1791 à 1818, comme nous l'avons fait de 1716 à 1791. Au surplus nous ne voulons ici , comme dans tout le cours de notre travail, qu'indiquer les faits, rapprocher les plus saillants, les mettre en quelque sorte en lumière, nous renfermer, en un mot, dans notre modeste rôle d'historien. Nous laissons à d'autres le soin de tirer les conséquences.

Notre tâche est terminée , nous livrons au public le deuxième et le troisième volumes complétant notre travail (1). Nous n'avons jamais élevé nos prétentions jusqu'à un succès; notre but a été de réunir dans

En 1790, la compagnie livrait annuellement au

commerce 3,750,000 q. m. de houille.

Dans ces derniers temps, elle en livrait 6,300,000

D'où il résulte que la compagnie d'Anzin , avec un capital évidemment beaucoup plus considérable qu'en 1790 , et sans augmentation de bénéfices ,

produit 2,750,000 q. m. de houille,

donne 2,420,000 fr. de salaires ,

emploie 3,000 ouvriers de plus qu'elle ne produi-

sait, ne donnait et n'employait , en 1"90 ; en d'autres termes , en prenant pour unités les chiffres de 1"90, ou a, approximativement :

1790: Ces dernières années :

Bénéfices 1 1

Produits 1 2

Salaires 1 3 1 /2

Ouvriers 1 13/4

(1) Ces deux volumes paraîtront par demi-volume d'aujourdui au 31 décembre.

le cuire que nous avons tracé (1), le plus possible des documens épars , généralement inconnus, qui concernent l'une des plus belles , des plus riches industries de nos pays; de rendre à ceux qui l'ont créée, l'hommage qui est dû à tout citoyen qui, à un titre quelconque , a bien mérité de la patrie. Heureux si nous avons approché du but : heureux si nous avons réussi à mettre sous la main des hommes spéciaux quelques renseignements utiles. Si notre travail peut rendre quelque service , tel mince qu'il soit , nous serons assez payé de nos peines.

ifôQgaasr1^ — -" —

(1) Voir l'introduclion du t, t .

PIREMIIlteE PARTIR

Page 1