‹ Histoire de la recherche, de la découverte et de l'exploitation de la houille dans le Hainaut français, dans la Flandre française et dans l'Artois, 1716-1791Chapitre 11 sur 104 · IO.V · texte numérisé non relu

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Et, comme si ce n'eut pas été assez de toucher au dernier période de la ruine la plus complote, ils avaient encore l'amertume de voir l'étranger se réjouir de leur désastre, tandis que les habitants du llainaut, quoique intéressés à la découverte, blâmaient ouvertement les dépenses faites jusque là pour le succès d'un projet qui, suivant eux, était attesté chimérique par les tentatives infructueuses de plusieurs siècles » (I).

Recherches „ L'inutilité de ces dernières épreuves, dit encore J. Désandrouin, et la

mit Anzin. . ,

médiocrité des produits des mines de r resnes , eu égard aux dépenses , n étaient (jue trop capables de décourager une compagnie dont la constance chancelait depuis long-temps ; le vicomte Désandrouin engagea ses associés à faire encore une recherche qu'il leur promit être la dernière s'il avait le malheur d'échouer. La confiance qu'il s'était acquise ranima le courage abattu » (2), et les travaux lurent recommencés.

Léonard Mathieu raconte autrement la reprise des travaux : « M. de Séchelles, dit-il, alors intendant de Valencienncs , voyant le désespoir des entrepreneurs, et jugeant que s'ils abandonnaient les recherches , personne après eux ne serait tenté d'y revenir, et que le charbon , supposé qu'il existât , serait perdu pour toujours, cette considération du bien public le détermina à engager les entrepreneurs à faire encore quelques efforts pour réussir, leur promettant les faveurs et la protection du gouvernement.

« Le sieur Mathieu (Pierre), qui dirigeait ces travaux , (son père continuait à diriger l'exploitation de Fresnes), voyant sa compagnie au moment de réussir, communiqua ses idées à M. de Séchelles; il lui représenta qu'ayant trouvé pour la première fois, depuis 1716 jusqu'en 1732 , trois petits filons de charbon de maréchal , il était de la plus grande probabilité qu'on découvrirait les grands corps de veines au nord, puisqu'on n'avait rien trouvé vers le midi, dans tous les endroits où on avait travaillé ; qu'il voyait à regret ses co-associés dans le sentiment d'abandonner. M. de Séchelles, qui aimait le sieur Mathieu , l'ayant vu

(1) Mémoire pour Désandrouin contre de Cernay, p. 9.

(2) Idem.

travailler pendant plusieurs années avec toute l'activité dont il était capable , résolut de déterminer toute la compagnie à reprendre les travaux, en leur promettant bonne fortune, ce qui ne manqua pas d'arriver » (1).

De ces deux versions, quelle est la plus sincère? Nous ne saurions le dire. Mais toujours est-il que dans la riche dotation qui depuis lors fut faite à notre pays, une belle portion de gloire et de reconnaissance revient à messieurs Désandrouin et Mathieu et même à monsieur de Séchelles(2).

Quoi qu'il en soit , la reprise des travaux une fois décidée , on s'établit le 20 août 1 733 à Anzin, près la porte de Yalenciennes , sur la rive gauche du pavé de Condé, où Ton commença une fosse (3). « On avait précédemment , dit L. Mathieu , tiré beaucoup de pierres blanches dans le même endroit, ce qui lit jaser le public ignorant qui s'écriait que la compagnie allait chercher le noir dans le blanc. » — Cependant, après dix mois de travaux incroyables (4), que M. de

(1) Histoire de l entreprise , par L. Mathieu. — Blavicr (Travail général sur les mines d' Anzin) raconu la chose de la même manière.

(2) Jean-Moreau de Sécuelles « naquit à Paris, le 10 mai 1690, d'un père qui avait été trésoriergénéral des Invalides. Il fut successivement conseiller au parlement de Metz et maitre des requêtes. Axant clé employé dans quelques affaires de finances par Desmarets, et lié avec Leblanc, ministre de la guerre , il fut compromis et envoyé à la Bastille avec celui-ci. En sa qualité de maître des requêtes, Moreau de Séchelles travailla au rétablissement des maréchaussées , il y mit l'ordre qui a rendu ce corps plus utile qu'il ne 1 était auparavant. Nommé en 1727 a l'intendance du Hainaut . par la protection de Leblanc, qui était rentré au ministère, il fil construire des casernes, des grenier* publics, des magasins , des grands chemins ( voir t. l''r, p. 61). Il établit des marchés , ordonna des dessèchements, encouragea les manufactures, fonda des maisons do charité, remit l'ordre dans les différentes communautés. Par ces moyens , les citoyens se trouvèrent déchargés des logements des gens de guerre ; le commerce et l'industrie furent ranimés. En 1741 , il déploya la plus grande intelligence dans la place d'intendant de l'année de Bohême. Il en fut récompensé par le litre de conseillerd'état el par l'intendance de Flandre. . . »

Contrôleur-général des finances en 1754 , Moreau de Séchelles renonça aux affaires en 1756 cl mourut le T>1 décembre 1760. « Sa lillo devint la seconde femme du lieutenant de police Hérault. .■I de .•(• mariage naquit M. de Séchelles, père du conventionnel » (Hioijraphie universelle) .

a Mémoire sur rétablissement de l'entreprise . par P. Mathieu. — Histoire de l entreprise , pai I.. Mathieu. — Mémoire pour Désandrouin contre de Cernay, p. S). — Observations sur le local, etc. p. * cl 1 1. — Mémoire par demandes et réponses, p. 11 et 28. — Pajot-Descharmes, p. 310. i Nous donnerons ailleurs le détail de ces travaux.

Séebelles no cessa d'encouraçer par sa présence (I), travaux qui n'eurent de

Découverte .... . . , • • ,

de la h..uiii.> relâche m jour ni nuit, on découvrit , le 24 juin 1 734, de la houille qui , par les

> Anzin

essais , fut jugée convenir à tous les usages, et surpasser celle de l'étranger ('2). — I ne plaque de cuivre, placée , il y a environ 20 ans, dans un des bureaux du chantier actuel de la compagnie d' Anzin , à l'endroit même où eut lieu la découverte, la rappelle en ces termes:

« Ici était la fosse du Pavé, clans laquelle le charbon a été, après de long ues recherches , découvert à Anzin, le 24 juin 1734,

» Par MM. DÉsandrouin et Pierre Taffin. »

Celle fosse du Pavé était la 12e que Ton creusait utilement (3). — La veine sur laquelle on tomba était « une veine droite , superbe , appelée la Grande Droiteuse , sur laquelle la fosse avait élé par le plus grand hasard le plus heureusement placé » (/i). — L'année 1 735 fui employée à monter l'exploitation (5), c'est-à-dire à faire une seconde fosse et à la mettre en communication avec la

(0 Histoire de l'entreprise, par L. Mathieu. — Travail général cleBlavier.

j Mêmes autorités qu'à la note 3 de la p. précédente. — « Le charbon que fournissait ces veines, dil Monnet, est de la meilleure qualité; il est très-peu piriieux, il est d'un beau noir, ferme et cristallin, et fort recherché pour les travaux de forge. II convient d'ailleurs dans tous les cas où le charbon de terre peut être employé. On en tire des masses considérables , ce qui fait voir qu'il est ferme et solide dans sa situation naturelle s > Allas et description minéralogique, 1780, p. 54). — « Ils trouvèrent le fruit de leurs recherches par du charbon, lequel, parles essais, fut jugé convenir a toutes sortes d'usages » (Mémoire sur les mines et minières de la subdélégation de Valenciennes).

(3) Dans — 1° Observations sur le local , etc., p. 4, — 2° Morand, p. 41", — 3° Dieudonné, t 1. p. 164, cette fosse est indiquée comme la douzième ; — dans 1 Brard. p. 7. — 2° du Souich, p. G, — elle est indiquée comme la quatorzième. — De compte fait , nous la trouvons la douzième , puisqu'il y en a eu treize en tout (sans les inutiles ou avaleressest . y compris la seconde fosse du Pavé, commencée après la découverte (voir le tableau à la p. 49;.

L'erreur vient sans doute de ce que , dans sa notice; sur les recherches du Pas-de-Calais . M de Bonnard , qui place la découverte de Fresnes après celle d Anzin , fait venir cette dernière après que l'on eut creuse inutilement quatorze puits sur les territoires d'Aubry, Bruai , etc. (Journal des mines, 1809, t. 2C, p. 42G ). — Il y a la une suite d'erreurs qui n'ont pas besoin d'être réfutées.

i Histoire de l'entreprise, par L. Mathieu.

I Mémoire pour Dcsandrouin contre de (ernay, p. 9.

première, et ce fut en 173G seulement que « l'ouvrage a été mis en sa perfection » (1).

LMaik sur la ^e ne ^ut Pas toulcf°'s sans hésitation que les travaux de la fosse du Paré découverte. furcnt menés à bonne fin. L. et J.-P. Mathieu racontent qu'arrivé au troisième niveau des eaux, quinze jours furent donnés à Pierre Mathieu pour trouver les dicves , après quoi les travaux devaient être abandonnés. Ce délai fut accordé, dit Jean-Pierre, par MM. Désandrouin et Tafïin, « malgré le désir que témoignait M. Richard de combler la fosse » (2). — Pierre Mathieu, craignant de ne pouvoir atteindre les dièves dans ce délai , fit sonder au fond de la fosse , les rencontra et les traversa jusqu'au rocher ; étant descendu pour animer les foreurs, il vit la surface de Peau couverte d'une écume noire ; il fit immédiatement retirer la sonde et recueillir cette écume; un des morceaux noirs, gros comme un grain de blé, fut placé sur un brasier ardent et s'enflamma; « ce qui , dit Léonard, donna bien de la joie au sieur Mathieu et à toute la compagnie , qui fut bientôt instruite de cet événement qui rendit le courage à tout le monde » (3).

Commence- ^e ne ^ut c'onc °ju1aPrcs mx llu'1 ans de recherches (4) que la compagnie dé. ment mile de couvrit des mines qui lui donnèrent l'espoir d'être un jour dédommagée de ses

I exploitation. ' , * J "

pénibles travaux ; et ce n'est vraiment qu'à cette époque que l'on peut fixer le commencement utile de cette exploitation devenue depuis si florissante (5). — Il faut pourtant se garder de l'erreur dans laquelle est tombée l'adminisiration des mines, en assignant la date de 1734 à la découverte de la houille dans le Hainaut Français (0) ; car , nous avons vu le charbon non-seulement trouvé à Fresnes en 1 720 , mais encore exploité en \ 724 , si pas avec bénéfice , du moins d'une manière continue.

(1) Note de J. Mathieu.

(2) Mémoire sur la découverte, par J.-P. Mathieu.

(5) Histoire de l'entreprise, par L.Mathieu. — Travail général de Blavier.

(i) Du 1« juillet 1710 au 24 juin 17Ô4. — Le premier morceau de charbon conquis il Ânzin n'a pas coûté 34 années de travaux non interrompus, comme le disait en 1821 la compagnie d'Anzin (Réponse aux réclamations pour la diminution des droits , p. 19). — C'est déjà beaucoup trop de 18 ans.

(5) Dieudonné, t. 1, p. 164.

(6) Résumé des travaux statistiques de l'administration des minas, en 1836, p. 10, — en 1853, p. 15.

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Ensemble des travaui

de la compagnie

Dépense?

Les travaux faits , jnsques et y compris les deux fosses du Pare , se résument

ainsi :

Puits tentés inutilement à Fresnes et à Escaupont , avant

l'invention du cuvelage 0 )

A Fresnes, après celte invention 6 > '21

En différents endroits 9 *

Puits utiles sur Fresnes M | . r.

Puits d'Anzin 2 (

Ensemble 34 puits

creusés de 1 7 1 G à 1735, dans l'espace de dix-neuf ans. (Voir le détail au tableau ci-joint).

Quant aux dépenses occasionnées par ces travaux , nous avons vu qu'elles avaient été , jusqu'à la découverte de la houille à Fresnes, de 139,687 livres;

que pour les travaux inutiles, de 1725 à 1732, en différents

endroits, on dépensa 204,250

et pour la machine à feu 75,000

Les puits inutiles sur Fresnes, postérieurs à la découverte , ont dû coûter, proportionnellement aux neuf puits mutiles ci-dessus 1 36,1 66

On estime que chaque puits utile coûta à la compagnie de GO à 72,000 I. (3), ce <jiii ferait, pour 15 puits 858,000

Ensemble 1 ,413,103 livres.

— Cette môme erreur se retrouve dans le Journal des mines, année 1807, t. 26, Notice de M. deBonnnrd. p 126, — et dans l'ouvrage de MM. Dufresnoy et Elie de Bcaumont (Explication de la carte géologi([ui> de France. 1. 1 , p. ~'->G . — Elle se trouve également dans Monnet (Atlas et description minéralogique de la France, 1780, p. 56). — Il est plus étonnant de rencontrer la même erreur dans un mémoire de la compagnie d'Anzin (Réponse aux réclamations pour la diminution des droits, 1821. p. 5 ). i Dieudonné, t. t, p. 102.

Les Irais généraux , et maints autres frais , ne sont pas compris dans ce calcul, pas plus que les frais d'extraction ; mais nous ne soustrayons pas non plus de la dépense le prix des charbons vendus. — Toujours est-il que, malgré l'insuffisance de ces données, le chiffre de quatre millions qu'aurait coulé la première gaillette de charbon, au dire de la compagnie d'Anzin (I), nous semble exagéré , et, en effet , J. Désandrouin , qui fut dès l'origine un des principaux intéressés, dit luimême n'avoir fourni, pour sa part, que la somme, alors énorme, de 100,000 écus [300,000 livres} (2).

Tant de travaux , tant de sacrifices, tant de persévérance rendent à jamais dignes de la reconnaissance publique les créateurs de cet établissement auquel le pays doit sa richesse; et cependant, c'est à peine si Jacques et Pierre Désandrouin, si Pierre Taffin; si Jacques et Pierre Mathieu sont connus de nous. — .Nous essaierons, dans la limite de nos faibles moyens, d'acquitter une délie que l'on peut à bon droit appeler nationale en consacrant à ces hommes , et à quelques-uns de ceux qui les suivirent dans la carrière qu'ils avaient ouverte, la dernière partie de ce travail.

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l Uémoirepour MM. Désandrouin, Taffin, etc . contre MM. Lasalle et compagnie, an Xl\ , p 3. —

ta réclamations pour la diminution des droits, 1821, p, 19 — Réponse à l'avis de M. le préfet

1 dans i affaire de la compagnie Dumas, '20 avril i s r> < i . p 24. — Ces trois mémoires parlent de

llion . une lettre des intéressés, adressée en l'an IV au département, va plus loin ■ Nosfamilles,

ette lettre , ont dépensé plus de six millions pour faire la découvert! du charbon

• ,; noire pour Désandrouin contre de Cernay , p 75.

DIKSIÈME PA1TIE

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