‹ Histoire de la recherche, de la découverte et de l'exploitation de la houille dans le Hainaut français, dans la Flandre française et dans l'Artois, 1716-1791Chapitre 49 sur 104 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Percemenl des puits. — Invention du covelage.

ols pensons qu'il ne sera pas sans intérêt de consigner ici quelques renseignements sur les principaux travaux exécutés par la compagnie Désandrouin et par la compagnie d'Anzin ; que ces détails sont même indispensables pour que Ton puisse se faire une idée suffisante des difficultés vaincues et des moyens employés pour réussir. Nous avons cru toutefois que ces détails embarrasseraient la marche de l'histoire de ces compagnies; c'est le motif qui nous a déterminé à les grouper dans cette quatrième partie.

Nous commencerons par faire connaître les travaux alors nécessaires au creusement d'une fosse. — Il faut remarquer que, dans les premiers temps, on ne pouvait opérer les recherches que par puits ; la sonde ne servait qu'à reconnaître les terrains supérieurs (1), ou , comme nous allons le voir , à reconnaître dans le fonds du puits, les terrains que Ton allait immédiatement approfondir. — En 1784, on sondait comme on le fait aujourd'hui (2); mais nous ne connaissons pas de sondages pour recherches remontant au-delà de 1 776 (.S).

percemeut La relation des travaux de la fosse du Pavé nous a été conservée, nous la

tle la fosse ilu Pavé.

transcrivons ici (4). — La fosse du Pavé est celle où Ton découvrit la houille

,7r,i à Anzin, comme on Ta vu plus haut (5).

Terres On commença par ouvrir la terre et faire un puits rond de 9 pieds de diamètre ;

maçonnées on je crciisa je \ o toises et l'on se contenta d1y faire une muraille de briques

pour contenir les terres , n'ayant point encore trouvé d'eau à cette profondeur.

En sondant le terrain on s'assura qu'il y avait encore 6 toises de terres ou terres pierreuses, avant que de rencontrer les eaux ; on continua donc à creuser et maçonner de la même manière , tandis que l'on établissait une puissante machine à pompe destinée à épuiser les eaux que l'on allait trouver.

niveau.

premier On y mit d'abord 2 corps de pompe en fer posés de front jusqu'à la surface ;

des chevaux lésaient mouvoir la machine. Les pompes commencèrent bientôt à jouer et les ouvriers atteignirent les eaux et purent y travailler.

(1) Voir ci-dessus p. 43.

(2) Pajot-Descharmes. Mémoire sur les mines du Ifainaut. 1784.

(3) Voir ci-dessus, p. 153.

(4) La relation que nous donnons ici est tirée de : — 1" Mémoire par demandes et réponses , p. 13 et suivantes. — 2" Observations sur le local, etc., p. 4 et suivantes. — 3° Dieudonné, t. 1 , p. 158 ( extrait du Journal économique de l'année 175G , t. 4, p. 82 et suivantes). — 4° Pajot-Descharmes, p. 295 et suivantes. — 5° Histoire de l'entreprise, par L. Mathieu.

Nous avons compare ces relations, corrigé ce qu'il pouvait y avoir d'erreurs manifestes dans l'une ou dans l'autre , et suppléé, l'une par l'autre , à ce qu'il pouvait manquer à chacune, prise isolément.

(3) Voir ci-dessus, p. 4"/.

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Dans la première journée , les pompes furent suffisantes; mais, le lendemain matin , ces pompes ne pouvant évacuer les taux à cause de leur trop grande abondance, il fallut établir une troisième pompe du liant en bas et augmenter le nombre des chevaux. Deux jours se passèrent à établir cette pompe.

Le troisième, elle alla Tort bien ; les eaux baissèrent, les ouvriers descendirent et travaillèrent pendant douze beures en se relayant. Dans ces douze beures ou creusa 3 ou 4 pieds de plus , mais les eaux étant devenues trop abondantes, il fallut établir une quatrième pompe , ce qui prit deux jours.

Ces quatre pompes de front en avaient exigé huit autres; ainsi, huit pompes pour les deux répétitions des dix premières toises , et quatre pour douze pieds qu'où avait enfoncé depuis le commencement du niveau , voilà douze pompes fonctionnant.

Les pompes étant en très- bon état, on vint à bout d'évacuer les eaux amassées pendant les deux derniers jours, et les ouvriers allèrent travailler au fond. Mais après deux heures, ils furent obligés de remonter , parce que , ayant donné atteinte à une grande coupe (1), les eaux dégorgèrent avec impétuosité , submergèrent la fosse et rendirent inutile le jeu de la machine.

Tous les sceaux des pompes furent changés ; on fit doubler le pas aux chevaux, et, après deux beures de travail forcé , les ouvriers purent descendre. Mais, à peine furent-ils à l'ouvrage, qu'un chevron de la machine cassa; il fallut vivement remonter.

Il fallut trois heures pour réparer cette pièce; les eaux étant remontées, il fallut six autres heures pour rendre la fosse praticable.

Les ouvriers descendus ne purent travailler à cause de Peau qui tombait d'enhaut et éteignait leurs lumières. On s'aperçut que deux sceaux des pompes supérieures étaient trop faibles ; on les changea et les eaux montèrent de qualre pieds.

I Ira- grandi: nappe d'eau.

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Deux heures d'un travail violent permirent aux ouvriers de descendre ; à peine descendus, ils durent remonter ; un cheval avait succombé sous le poids de la fatigue et la machine était arrêtée. Le cheval fut enlevé et remplacé sur-le-champ, et les eaux, qui étaient remontées de deux pieds, furent dissipées. Mais à peine avait-on recommencé à travailler qu'il fallut changer tous les sceaux des pompes qui étaient trop faibles, et les eaux remontèrent de six pieds. Un travail violent les dompta et on put travailler quatre heures.

Le progrès fait dans la fosse ayant nécessité rallongement des pompes, les eaux remontèrent de six pieds. Nouvel épuisement pendant quatre heures.

Les ouvriers sont au fond ; le premier poste de quatre heures a emporté la moitié des terres; les autres viennent pour le relever; on se flatte de vaincre, mais l'eau monte sensiblement. Les sceaux de pompe, trop faibles, furent changés avec célérité , et les eaux amassées extraites après deux heures d'un travail opiniâtre.

Les ouvriers travaillèrent pendant un pareil délai , puis atteignirent de nouvelles coupes qui firent monter les eaux avec abondance et impétuosité. On fut obligé d'établir de nouveaux corps de pompe et de donner du relâche aux chevaux exténués de fatigue : cela prit huit jours.

Quand les chevaux furent en état de travailler, il y eut six pompes de front établies, c'cs!-à-dire dix-huit corps de pompe. La machine était disposée pour y atteler douze chevaux à la fois.

On recommença la manœuvre avec dix chevaux, qui se trouvèrent fort chargés. Les eaux diminuèrent sensiblement; les ouvriers se préparèrent à descendre , mais la machine s'arrêta ; un œillet du balancier s'était rompu , il fallait lui en substituer un autre et recommencer l'ouvrage.

Les chevaux doublèrent le pas, et deux heures après les eaux avaient fait place aux ouvriers qui travaillèrent deux fois vingt-quatre heures sans accident. Mais lout-à , oup ou atteignit une coupe qui jaillit si abondamment que les six pompes de front et l'activité des chevaux, puissamment excités, ne purent épuiser l'eau.

La fosse n'avait alors que vingt— deux pieds de profondeur dans le premier niveau des eaux ; il restait quatorze pieds à creuser pour arriver dans les bleumarnes (I) , et trois pieds dans les glaises , pour pouvoir cuveler cette partie de la fosse. Ce qui était fait n'était rien en comparaison de ce qui restait à faire. Plusieurs associés voulaient abandonner; niais J. Désandrouin estima qu'il fallait battre les eaux, c'est-à-dire les épuiser continuellement sans toucher au fond. Cet avis fut adopté.

En conséquence , on fit jouer les pompes pendant quinze jours et quinze nuits sans arrêter, si ce n'est pour relayer les chevaux ; après ce travail extraordinaire, les eaux furent dissipées.

Si Ton considère que lorsqu'il s'agit d'élever des terres et des eaux, leur poids augmente à mesure que la fosse s'approfondit ; si on ajoute que dans celte fosse, le volume des eaux s'est toujours accru à mesure qu'on creusait , il est évident que le creusement de ces quatorze derniers pieds dans le premier niveau a exigé plus de force , de temps et de dépenses , que proportionnellement les travaux antérieurs.

Premiers Après que les ouvriers eurent passé ce niveau et recoupé trois pieds de bleus-

bleus-marnes. , „ , , . .. „ ,

marnes, on commença le cuvelage qu on ht carre. Un établit au iond quatre

Cuveiage. pièces de bois de chêne de huit à dix pouces carrés aux quatre parois de la fosse ; on les fit joindre d'une manière si ferme et si juste que les eaux ne sauraient filtrer par derrière. Ces quatre pièces , que l'on prolongea en remontant , étaient disposées de manière à recevoir de côté et d'autre de larges madriers de chêne de six pouces d'épaisseur. A mesure qu'on les fesait entrer de force , on les garnissait par derrière de mousse et d'un mortier de chaux et de cendres. Cette charpente , ainsi construite , alla se réunir à la maçonnerie des seize toises supérieures.

Cette enceinte achevée, on laissa rasseoir pendant quelques jours la couverture de mortier, chaux et cendres que l'on avait mise pas derrière ; ensuite , ou retira

I] Voir a la p. 194.

le peu d'eau qui s1était amassée, et on eut soin de calfater exactement toutes les jointures comme celles d'un bateau. Ainsi, Peau ne pouvant plus pénétrer par ce cuvelage, il demeura à sec et Ton put travailler eu sûreté.

Des neuf pieds de bleus-marnes que Ton rencontre après le premier niveau, il en restait six à traverser. Les pompes, qui devaient servir encore et qui occupaient la fosse, ne permettaient pas d'établir une machine pour remonter les terres; ce fut à force d'hommes qu'on dut le faire.

Deuxième A mesure qu'on avançait, on sondait le terrain. On trouva au-dessous des

niveau, dit . . . , ,,x , , . ,, T

forte-toise, bleus-marnes un banc de pierres grises \\) entrecoupe et plein d eau. La première ouverture qu'on y fit causa une inondation si effrayante que ce second niveau commença dès lors à être appelé forte toise, à cause de l'extrême abondance des eaux et de la difficulté de les vaincre.

On délibéra sur les moyens d'épuiser ces nouvelles sources, qui résistaient à tout ce qu'on employait pour les tirer. Le chef de la compagnie fit observer que le niveau du terrain où la fosse est ouverte excède d'environ douze toises le niveau du lit de la riviérette (aujourd'hui le canal). Il y a, de la fosse à la rivière, 214 toises. Il n'importe, on fit percer dans toute cette longueur un aqueduc souterrain à 1 0 toises du sol (2). Le gain de ces 1 0 toises devait faciliter et abréger d'autant l'évacuation des eaux, car il permettait la suppression de deux répétitions de pompes de hauteur ; mais il laissait subsister tous les autres obtacles qui devaient s'accroître de la plus grande profondeur de la fosse.

Cependant, l'achèvement de cet aqueduc, dont nous reparlerons toul-à-1'heure, ranima l'espérance des entrepreneurs et excita l'émulation des ouvriers. On recommença pour le deuxième niveau des eaux les mêmes opérations que pour le premier; et bien que le deuxième n'ait qu'une toise de profondeur, il fut, malgré le secours de l'aqueduc, aussi difficile à passer que le premier.

(1) Les pierre grises, comme les bleus marnes, sont de3 argiles calcaires, voir p. 194.

(2) Voir la carte à la p. 105.

Deuxièmes bleus-marnes.

Troisième niveau.

Troisièmes bleus-marnes.

Diêves.

Tourlia.

Rocher.

Sous le deuxième niveau se trouve une seconde couche de bleus-marnes, comme la première de neuf pieds d'épaisseur, sur laquelle on anticipa trois pieds comme ci-dessus , afin d'établir un second cuvelage. Ce cuvelage fut établi, comme nous Pavons vu , à commencer par le fond jusqu'au premier, et relié avec lui de manière à n'en faire qu'un.

Ce cuvelagc achevé, on enleva les six pieds restant de bleus -marnes qui recouvrent un troisième niveau, dont les eaux ont tant d'impétuosité, qu'à la première ouverture elles jaillirent à la hauteur de six pieds. Mais , dès qu'on eut puisé les premiers bouillons, elles perdirent insensiblement cette activité; elles ne lurent pas à beaucoup près aussi abondantes qu'à la forte toise.

Cependant, au premier abord, plusieurs accidents arrivés à la machine , joints à la découverte du troisième niveau , avait fait décider l'abandon des travaux si dans quinze jours on ne trouvait pas les dièves. Ce fut alors que Pierre Mathieu obtint quelques parcelles de charbon au moyen de la sonde (1).

Ce troisième niveau est profond de neuf pieds ; il repose sur un troisième banc de bleus-marnes , sur lequel on prit encore trois pieds pour établir un troisième cuvelage qui fut relié au second, comme le second l'avait été au premier. Alors seulement on put se dispenser de pomper.

Sous ce banc de bleus-marnes se trouve le banc des dièves (2) ou lit de terre glaise où il n'y a ni coupe , ni filtration. Ce banc a onze toises d'épaisseur.

Après les dièves vient une couche de huit pieds de terre verte compacte, nommée tourtia (3), où l'eau ne pénètre point , et enfin le rocher.

Aussitôt arrivé sur le rocher, on y établit un dernier cuvelage qu'on fit remonter jusqu'au précédent, avec lequel il fut relié.

(1) Voir ci-dessus, p. 48.

(2) Voir p. 194.

(3) Grès vert.

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maçonnes.

Tels furent les travaux que nécessita le percement de cette fosse qui assura l'existence de la compagnie Désandrouin. On peut résumer ainsi les terrains traversés (1) :

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