CHAPITRE TROISIÈME
Machine à vapeur. — introduction en France. 1732. — Ses applications
aux mines. 4 732- 1777.
invention de ^^"^^ a découverte de Peraploi de la vapeur, attribuée par les Anglais au
la machine G$k Mp3 r r . r D
à vapeur. cgM B^^iPcomte de Worcester, et parles Français à Salomon de Caus, w^j ||Jr~Vappartient a Ce dernier et date de 1615; il est fort douteux que yi^^^^l'un ou Tautre ait exécuté quelqu'appareil ; cet honneur appartient
à Savery, capitaine Anglais; il construisit ses premières machines en 1698;
une seule fut employée à extraire Teau des mines ; son succès fut incomplet.
Cependant, la machine à vapeur, telle que nous la concevons aujourd'hui, date de Denis Papin , Français exilé par la révocation de redit de Nantes; son
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invention consiste à se servir de la vapeur d'eau pour faire le vide dans de grands espaces. Mais ses expériences furent faites sur de simples modèles ; il laissa à ses successeurs le mérite de l'application de son idée féconde et celui des inventions de détails qui seules peuvent assurer le succès d'une machine.
En 1705, Newcomen et Cawley, artisans Anglais, réalisèrent l'invention de Papin en l'améliorant. Ils construisirent une machine destinée à opérer des épuisements, dans laquelle se trouvait une chaudière à part où naissait la vapeur, ce qui n'existait pas dans l'appareil de Papin. Ils y firent aussi d'autres innovations , et s'associèrent au capitaine Savery, qui avait pris une patente pour ses machines.
Modifiée à plusieurs reprises par les nouveaux associés, cette machine ne larda pas à se répandre en Angleterre, et bientôt elle passa sur le continent (I).
Dans les commencements de l'exploitation de Fresnes , pour tirer l'eau des galeries d'une seule houillère, il fallait, avec la machine à molette, 20 hommes et 50 chevaux, marchant jour et nuit, La compagnie Désandrouin fit placer sur cette exploitation uue machine à vapeur de Newcomen , dite machine à feu ou pompe à feu, nom que conservèrent ces machines jusqu'à la Révolution ('2). Une fois montée, deux hommes suffirent, et touies les eaux d'une semaine furent enlevées en 48 heures (3). On comprend toute l'importance attachée à la
(1) Tout ce qui précède est tiré d'une notice de Watt, par M. Arago (Annuaire du bureau des longitudes pour 1839, p. 283 et suivantes.
(2) Les rédacteurs du Journal des mines , dans leur premier numéro , emploient le mot machine à vapeur et le font suivre de la note ci-après :
« Nous croyons nécessaire d'adopter cette dénomination au lieu de celle de pompe à feu, sous laquelle cette machine est plus connue jusqu'à présent. L'eau réduite en vapeur en est le moteur : le feu n'est que la cause de sa vaporisation : quant au mot de pompe , il est absolument impropre, puisque celte machine peut s'adapter a tout autre usage qu'à élever des eaux, et qu'elle sert en effet à mouvoir des soufflets de fonderie, des meules de moulin N'est-il pas ridicule de dire que des soufflets , que des meules sont mues par une pompe à feu , lorsqu'il n'y a pas de pompe dans le mécanisme. On n'a fait ici que do traduire l'expression anglaise steam engine. » ( Aperçu de ï extraction et du commerce des substances minérales en France avant la Révolution. — Journal des mines, 1. 1, p. 62).
(3) Morand, p. 467. — Bellidor, t. 2, p. 524.
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priorité (Tune telle innovation. Trois versions sont arrivées jusqu'à nous sur rintroduclion de cette première machine ; nous allons les donner toutes trois.
Première Si l'on en croit M. Adolphe Castiaux , ingénieur des mines d'Anzin , qui a '"te^nau"3 recueilli les souvenirs des plus vieux employés de la compagnie , Pierre Mathieu, Français, ayant eu connaissance des machines de Newcomen, résolut d'en construire une semblable. « Ni les obstacles d'une langue étrangère , ni la difficulté de pénétrer chez un peuple rival, difficulté que concevront ceux qui savent de quelle manière les Français étaient alors reçus chez les Anglais, ni les dangers que couraient ceux qui tentaient de surprendre les secrets de leurs découvertes , rien enfin ne put le retenir.
« Il parvint, non sans avoir vaincu des obstacles de tout genre, à tracer le plan des pièces qui composent la machine atmosphérique , et revint établir à Fresnes, en 1732, sur la houillère des Petites- Fosses, une pompe à feu semblable à celle qu'il avait vue en Angleterre. »
Mais tandis que chacun admirait sa machine , lui seul n'était pas satisfait. « Il remarquait qu'elle ne produisait pas tout le travail qu'il en avait attendu , et, jugeant que quelques pièces avaient échappé à son examen, il traversa de nouveau le détroit et reconnut que les chaudières portaient un plat bord que 3 pieds de maçonnerie avaient caché à ses regards. Satisfait d'avoir trouvé la cause de l'imperfection de sa machine , il s'empressa de partir. Il était temps , quelques heures plus tard, il aurait été assommé par une populace furieuse » (I).
La seconde version est de J.-P. Mathieu, petit-fils de Jacques: « Dans l'intervalle, dit-il, des recherches ci-dessus dites (celles de 1725 à 1733), P. Mathieu , aîné des fils de Jacques, fut avec M. Désandrouin à Liège, pour prendre le plan détaillé d'une machine à feu qu'ils eurent de la peine à obtenir. Etant de retour, on la fit construire à Fresnes, près la maison de M. Renard (où le dit P. Mathieu eut la jambe cassée, la corde qui élevait une poutre ayant cassé au moment où il la dirigeait). Celte machine étant montée , on ne put la
(1) Mémoires de la société d'agriculture, sciences et arts de Valenciennes , t. 2, p. 218.
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mettre en mouvement faute d'un plat bord (le susdit Mathieu le devina). On fit venir d'Angleterre un nommé Sander qui, ayant inspecté toutes les pièces, fit démonter la chaudière, et fit construire ce plat bord ; alors la machine alla bien et fut conduite par le dit Sander plusieurs années. Cet homme, s'étant rendu difficile et ivrogne, la société fut obligée de s'en défaire, sans inconvénient, le troisième des enfants de J. Mathieu , du nom de Jean-Pierre (père de celui qui écrit ces lignes), quoique jeune encore, s'était rendu capable de la conduire et d'instruire d'autres » (1).
Nous trouvons la troisième version dans l'ouvrage bien connu de Bélidor, qui, peu de temps après la machine montée, fit plusieurs voyages à Fresnes pour pouvoir en donner la description On y lit : « Une preuve que cette machine a pris naissance en Angleterre, et qu'elle l'emporte sur tout ce qui a été tenté en France et en Allemagne à cette occasion , c'est que toutes les machines à feu qu'on a construit ailleurs que dans la Grande-Bretagne, ont été exécutées par des Anglais, telle est celle qui se rencontre à Fresnes, village proche Condé. . . » (2).
Constantin Périer partage l'opinion de Bélidor. Suivant lui , les premières machines d'Anzin , de Fresnes et de Vieux-Condé seraient toutes venues d'Angleterre. En 1810 , il aurait encore été à peu près le seul qui en construisit en France (3).
Cependant Christophe Mathieu (celui de la famille qui s'occupait spécialement de mécanique) dit qu'il exécuta la première machine à vapeur. « Dans le nombre infini des pièces qui la composent , soit en charpente , soit en cuivre, soit en fer, il n'y en a pas une que Christophe Mathieu , dil-il , n'ait été obligé de travailler de ses mains pour lui donner la forme » {h).
On lit dans les lettres de noblesse accordées au fils de Pierre Mathieu : « Le
(1) Mémoire sur la découverte, par J.-P. Mathieu.
(2) Architecture hydraulique, t. 2, p. 311. (5) Sur les machines à vapeur, p. 4 et 11. (4) Projet dune seconde entreprise.
père du sieur Mathieu a surmonté tous ces obstacles; le secours d'une pompe à feu lui était nécessaire. Comme il n'en existait encore aucune en France, il passa en Angleterre , où , avec beaucoup de peine et de risques, il obtint la permission de voir celle que les Anglais y avaient exécutée. Quoiqu'il ait eu fort peu de temps pour l'examiner et qu'il lui ail été impossible d'en dessiner le plan, il eu saisit si bien Pensemble et les détails, qu'à son retour en France, il en fit établir une semblable » (I).
La compaguie d'Anzin, dans une lettre écrite en Tan IV à l'administration du département s'exprime ainsi en parlant des machines à vapeur : « Nous en avons les premiers fait l'essai à Fresnes , on ne les connaissait pas encore en France alors; nous en avons nous-mêmes dérobe le secret aux anglais » (2). — Toutefois, et jusqu'en 1783 au moins, la compagnie fut tributaire de l'Angleterre pour les cylindres qui , de 50 à 60 pouces de diamètre sur 12 pieds de hauteur, lui coûtaient chaque de 7 à 8,000 l. (3). Peut-être cela a-t-il fait dire que ces machines venaient d'Angleterre.
M. Ad. Castiau , dans des notes qu'il a bien voulu nous remettre, combat les opinions contraires à la sienne.
Sur la version de J.-P. Mathieu: « Le plat bord , dit-il, ne servant qu'à accroître la production de vapeur de la chaudière , il est évident que la machine devait marcher , quoique sans plat bord ; seulement elle ne devait pas produire autant d'effet utile. Aussi il doit y avoir ici inexactitude lorsque J.-P. Mathieu dit qu'on ne put la mettre en mouvement faute oVttn plat bord. Cette version est en contradiction avec toutes les idées reçues » (4). — Ajoutons que J.-P. Mathieu paraît assez mal informé quant aux détails de la pose de la machine. Ce n'est pas en la montant que Pierre Mathieu se cassa la jambe , mais , en 1 726,
(1) Ordonnance du roi de mars 1789 (pièces justificatives). ■ï, Lettre du 2j ventôse an IV.
(5) Déclaration des entrepreneurs en conséquence de l'arrêt de 1783. (4) Note de M. Ad. Castiau.
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en fesanl creuser deux avaleresses à Fresnes , comme lui-même nous rapprend (I).
Quant à l'opinion de Bélidor : « Sans l'histoire du plat bord , dit M. Castiau, nous n'aurions peut-être aucune tradition sur l'établissement de la première machine. C'est le fait principal , généralement connu , admis par tous dans le pays, irrécusable selon nous. Eh bien ! si la machine avait été construite par des Anglais, eussent-ils oublié le plat bord ? Si les pièces fussent venues d'Angleterre, eut-on envoyé une chaudière sans plat bord ? (2).
Première Quoi qu'il en soit , et que l'on adopte sur l'introduction de la machine de
machine .., uni •••11 • •
en France, rresnes, l une ou l autre de ces trois versions, il n en est pas moins vrai que cette machine fut la première introduite en France (3). MM. les ingénieurs du gouvernement ne font, par erreur, dater cette introduction que de 1749, sur une houillère de Liiry (4) ; mais nous lisons dans Trégold (7) que « les premières machines à vapeur établies en France sont antérieures à 1744; car Gensanne (6) en indique plusieurs en activité, entr'autres celle de Fresnes près Condé ; » et l'ouvrage dans lequel Bélidor raconte avoir vu cette machine , fut imprimé en
(1) Voir ci-dessus , p. 55.
(2) Idem.
(5) M. Castiau, dans ses nouvelles notes, nous dit bien qu'il a lu quelque part que plusieurs machines de Savery ont fonctionné dans le midi de la France. Mais de deux choses l'une . — Ou elles sont de Savery avant son association avec Newcomen , et alors ce ne sont pas des machines à vapeur, telle que nous la concevons aujourd hui , pour nous servir des expressions de M. Arago. Ce n'est point là la machine, datant, comme idée, de Denis Papin , comme réalisation de Newconme — Ou ce sont des machines de Savery et de Newcomen et alors resterait à connaître la date do l'introduction.
(4) Comptes-rendus des travaux des ingénieurs des mines , années 1855, p. 20, 1856, p. 65. — Bésumé des travaux statistiques, 1858, p. 16. — M. de Tilly, qui écrivait en 1758, et indique sommairement les travaux importants des différentes exploitations de France , ne parle que de 2 machines à feu : celles de Liltry et l'autre en Bretagne. « M. le duc de Chaulnes , dit-il , et M. le comte d'Hérouville. . . . ont établi une machine ù feu comme celles de Flandres » (Mémoire sur l'utilité, etc., du charbon minéral , p. 17). — Il y avait donc alors, en 1758, deux machines à vapeur seulement sur toutes les houillères de France, quand la compagnie d'Anzin en avait 5 au moins ( voir ci-dessus p. 67).
(5) Traité des machines à impeur, traduit de l'anglais par Mellet, p. 85.
(6) Machines approuvées par l Académie des sciences, t. 7, p. 500.
La date de la pose se trouve d'ailleurs authentiqucmenl prouvée par la requête précédant l'arrêt du 20 mars 1735, qui accorde à la compagnie Désandrouin une prolongation de concession ; on y lit : « Indépendamment des dépenses journalières qu'exige l'exploitation des fosses ouvertes à Fresnes, ils y ont, depuis environ deux ans, fait construire à grands frais une machine à feu ... . dont le succès est connu du sieur intendant de la province. . . » Pour le peu donc que Ton admette que la requête ail dû précéder l'arrêt de quelques mois, nulle date ne peut être mieux établie. Ajoutons que, d'après Jacques Mathieu, on commença à poser la machine en 1731 . Elle coûta 75,000 1. (I).
n Les Belles se considèrent comme nos devanciers dans l'usage de la machine
Première D °
machine dans à vapeur. Suivant M. Toilliez, dans un mémoire couronné par la société des Beige. sciences, des arts et des lettres de Mons , les premières machines à vapeur de la province actuelle du Hainaut a été montée, en 1725, à Lodelinsaert , dans l'arrondissement de Charleroi , par des Liégeois déjà en possession de ces nouveaux appareils. Son constructeur se nommait Mathieu Misonne. Son cylindre, de 38 pouces (I m. 12) était en fer battu ; la tradition rapporte que l'ouvrier qui le forgea mourut par suite de la chaleur à laquelle il fut exposé dans celte opération. Cette machine, qui existe encore, fonctionna jusqu'en 1834. Plus que séculaire, elle a travaillé pendant 109 années consécutives. — Dans l'arrondissement de Mons, on ne vit de ces machines qu'en 1734, 1740 ou 1750, suivant les diverses versions recueillies par M. Toilliez (2).
Si réellement , dès avant 1725 , la machine à feu était introduite dans le pays de Liège, et si en cette année elle le fut dans le Hainaut Impérial , il n'est pas besoin de dire que la machine de Fresnes ne serait pas la première introduite
(1) Note de J. Mathieu.
(2) Mémoire sur l'introduction et l'établissement des machines à vapeur dans le Hainaut, p. 16. — On peut voir au^si : Statistique de la Belgique. — Mines, usines minéralurgiques , machines à vapeur- 184:2. p. XII. — Quant à l'histoire de Misonne, qui mourut pour avoir forgé le cylindre, elle est également racontée à Anzin. Le forgeron Lebacq , y dit-on, mourut pour avoir forgé le cylindre qui servit a la première machine d'Anzin, la seconde de la compagnie. Un fait certain, c'est que ce cylindre existait encore il y a quelques années, et que les personnes qui l'ont vu , nous ont dit que c'était d'un travail incroyable.
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dans nos contrées. Mais la version , ou plutôt la date de M. Toilliez est loin d'être généralement admise.
première M. Briavoine avoue que : « l'époque exacte de leur introduction en Belgique m,pChlanos d^'s ne peut être qu'assez difficilement établie. Le pays de Liège eut la première, Liège. ce fajt est reconnu par les habitants du Hainaut et ne saurait être contesté; mais on varie sur l'époque. Les déclarations de plusieurs industriels de Liège font remonter, suivant les uns, jusqu'à 1722 (la statistique du gouvernement dit 1723) (1), et, suivant les autres , seulement jusqu'en 1730 ou même 1733, rétablissement de cette machine importée d'Angleterre. Elle fut montée sur une houillère de la Montagne-St. -Gilles, qui appartient à la famille Masillon. » — «C'est à Lodelinsart (arrondissement de Charleroi), ajoute-t-il , qu'on a vu fonctionner la première pour cette province , la seconde pour la Belgique. » — Puis il cite la version donnée plus haut , et conclue en ces termes : « Ainsi l'honneur de l'importation appartient aux Liégeois; dans la version de M. Toilliez, Vannée seule -pourrait être à discuter *> (2).
Première C'est donc un fait constant , que la première machine à vapeur introduite en
Belgique. Belgique l'a été dans le pays de Liège, la seconde à Charleroi. Si donc la première avait été importée en 1730 ou 33, comme le déclarent certains industriels de Liège, la seconde n'aurait pu être introduite en 1725. Pour M. Briavoine, ce fait est peu important, fixant comme il le fait à 1749 l'introduction en France, et à 1774, l'introduction en Hollande (3). Mais pour nous il en est autrement; il importerait de savoir si les dates de MM. Briavoine et Toilliez ne sont pas erronées ou tout au moins incertaines.
Un passage de Jars paraît contredire la date de M. Toilliez. Parlant des ma-
(1) Statistique de la Belgique. — Mines, usines minéralurgiques, machines à vapeur. 1842, p. XIII. — M. Castiau a recueilli plusieurs renseignements sur l'introduction de la machine en Belgique. Il en est qui la font remonter jusqu'en 1720. Mais tous ne reposent que sur la tradition et tous se contredisent. Nous nous abstiendrons donc de les reproduire ici.
(2) Briavoine, t. 1, p. 226.
(3) Idem, p. 228.
chines à vapeur, Jars écrivait, dans un mémoire de I7GT: « Il ri y a pas plus de 40 ans qu'elles sont introduites dans le pays de Liège; on en compte actuellement quatre en action » (I). D'après ce document , l'introduction à Liège ne pouvant être reportée au-delà de 1727, celle dans le Hainaut , reconnue postérieure, ne pourrait dater de 1725.
Ce passage contredit bien plus encore la date de 1722 pour le pays de Liège. Resterait donc 1730 ou 1733, dates qui ne reposent que sur de simples dires.
Dans les Délices des Pays-Bas, édition de 1743, on lit que les habitants de Namur travaillent aux mines et carrières. Parmi les machines dont ils se servent pour enlever Peau , on en remarque une qui est mue par la seule fumée. C'est X invention nouvelle d'un Anglais. — Etait-ce vingt ans après l'introduction que l'on devait dire X invention nouvelle ?. . . .
Admetlra-t-on , avec M. Castiau , que la machine de Fresnes fui construite par Pierre Mathieu sur les plans qu'il se procura en Angleterre, ou, avec Bélidor, que cette machine fut montée par des Anglais , et alors il est probable qu'elle a la priorité sur les machines de Belgique, ou tout au moins elle seule a une date certaine qui lui permet de revendiquer cet honneur.
Admettra-t-on , au contraire, avec J.-P. Mathieu, qu'on alla en prendre le plan à Liège avec de grandes difficultés, il faudra convenir que celle de Liège a la priorité, qu'elle date de 1 730 ; mais il sera certain que celle de Fresnes l'a suivie immédiatement. Et, en effet, il n'est pas possible d'admettre que J. Désandrouin, seigneur de Lodelinsaert, et Pierre Mathieu, dont le père avait été bailli de ce village, aient été chercher ailleurs les plans d'une machine qu'ils pouvaient si facilement se procurer dans la seigneurie du vicomte Désandrouin.
Quoi qu'il en soit , répétons-le , la machine de Fresnes fut évidemment la
(1) Voyages métallurgiques, p. 286.
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première introduite en France, 14 ans avant celle de Litry, qui ne fut pas même la seconde , car, en 1737, on en monta une autre à Anzin (1).
Première M. Ad. Castiau, dans la notice que nous avons déjà cité, dit que la machine
incontinent' ('e Fresnes ml 'a lumière , peut-être , introduite sur le continent (2). Depuis, de nouvelles études sur cette question lui ont appris qu'une machine de Savery, perfectionnée par Deragalien, a été établie , en 1 71 7 ou 18, dans les jardins de Pierre-le-Grand , près de St.-Pétersbourg (3), et qu'une autre machine fut établie, en 1723, sur une mine de Konisberg, en Hongrie, par un anglais nommé Polter (4).
Machines de Après Newcomen , dont les machines furent employées en grand nombre aux travaux des mines, vint le célèbre Watt , qui modifia la machine à feu, et spécialement en inventant le condenseur. Celte innovation date de 1765. Il prit une patente en 1T69.
La routine repoussa d'abord les inventions de Watt. En 1774, il s'associa à Boulton de Soho et obtint du parlement une prolongation de sa patente pour 25 années. Les associés montèrent à Soho, près Birmingham, les établissements qui, depuis, ont été, pour toute l'Angleterre, l'école la plus active de mécanique pratique.
On y fit construire, d'après le nouveau système, des pompes d'épuisement de très-grande dimension. Des expériences montrèrent qu'à égalité d'effet, elles économisaient les trois quarts du combustible que consommaient les machines de Newcomen. Dès ce moment, elles se répandirent dans tous les pays de mines (5).
(1) Voir ci-dessus p. 63.
(2) Mémoires de la Société d'agriculture de Valenciennes , t. 2, p. 218.
(3) A treatise on the steam engine by farey, p. 115.
(4) On trouve effectivement dans le Theatri machinarum hydraulicarum de Jacques Luepold, Lcipsic, 1725, l'indication de cette machine à feu. Construite par Potters à Kœnigsberg, en Hongrie, elle fait, depuis un an, dit Luepold, un trés-bon effet. T. 2, p. 2(H et planche 54.
(5) Ce qui précède est extrait de la notice de M. Arago (Annuaire du bureau des longitudes , 1859, p. 285 et suivantes).
Ne sont point employées
a Anziu.
Employées
en Hainaut
impérial.
Application de la machine
à passer
les eaux des
niveaux.
Cependant, la compagnie d'Anzin , à qui revient l'honneur de l'introduction en France des machines de Newcomen , ne leur lit point suivre le progrès que leur imprimait le célèbre mécanicien Anglais. Les machines de la compagnie n'eurent aucune part non plus aux perfectionnements qu'y apportèrent Smeaton et autres. Celles employées en 1824 dans ses établissements étaient encore telles qu'on les voyait en Angleterre en 1730 (1). Une seule amélioration fut apportée aux machines de la compagnie d'Anzin ; nous voulons parler du balancier ou du contre-poids fesant fonction de second balancier (2).
Nos voisins du Hainaut Impérial eurent pour la première fois, en 1785, une machine du système de Walt, à simple effet, à pression de vapeur; elle fut montée par les frères Périer, de Chaillot , au charbonnage des Produits, sur Jemmapcs. Mais, malgré l'économie notable de force et de combustible que réalisait cette machine sur celles de Newcomen, la seconde fut seulement établie en 1828(3).
On ne doit pas seulement à la compagnie d'Anzin l'introduction en France des machines à vapeur, mais encore l'application première de ces machines à l'épuisement des niveaux d'eau dans les fosses en tentative (4). Si on en croit
(1) Notes de M. Casliau. — Constantin Périer, dans sa note sur les machines, p. 11, dit: « Au moment où j'ai commencé à m'en occuper, il n'y avait que quelques-unes de ces machines près Valenciennes ; elles étaient sur l'ancien principe, et telles qu'elles sont décrites dans Bélidor. »
(2) On voit, dans le Mémoire concernant les mines à" Anzin , par Blavier, Prud'homme et Brigaudin, 1783, que la pompe à feu du Beau-Jardin avait un double balancier. — M. Castiau nous fait observer que le second balancier n'est qu'un contre-poids appelé ici hydraulique, appliqué à la machine de Newcomeu. — Pajot-Descharmes (p. 223) nous dit que: « C'est en 1 78-4 que la compagnie d'Anzin appliqua à l'épuisement des eaux de ses mines les machines à vapeur à double effet et à balancier, ix l'instar de celle employée avec la même destination sur les fosses de Bois-le-Bossu dans le ci-devant Hainaut Autrichien. » — Nous dirons avec M. Castiau que Pajot-Descharmes se trompe évidemment, qu'il confond la machine à double effet avec celle à double balancier. D abord les machines d'épuisement de Wall n'étaient pas à double effet mais à simple effet (voir Lectures on steam engine by dT Lardner et autres). En fait, les machines de Watt existant à la compagnie d'Anzin sont à simple effet, elles viennent de Chaillot et la première fut posée en 1802 par Constantin Périer (Annuaire statistique du Nord , an XI .
(3) Mémoire sur l'introduction des machines à vapeur, par Toilliez , p. 25 et 39 .
(4) Pajot-Descharmes. p. 223 et 230.
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Pajot-Descharmcs, celte opération s^était toujours faite, jusqu'en 1784, à force de bras ou de chevaux, les machines de Newcomen ne servant qu'a l'épuisement des puits et galeries (I). On construisit , pour celte expérience , un bâtiment en bois, afin de faciliter le transport de la machine aux diverses fosses dont on aurait à passer les niveaux (2).
Ce fait , exact en lui-même, remonte toutefois à une date antérieure. Déjà, en 1744, on avait tenté de faire servir une machine à feu à l'épuisement des eaux, sur deux puits en tentative, à Fresnes, nommés Elisabeth Dalliez; quelques années après, on renouvela l'essai à Anzin sans plus de succès (3). Mais L. Mathieu nous apprend qu'on a passé les eaux à la fosse St-Jean, commencée le 15 novembre 1780 , avec une machine à feu en bois, et qu'on y a trouvé un torrent extraordinaire ; qu'on a placé, le 10 septembre 1781 , sur la fosse de la Longue-Planche , une machine à feu en bois pour passer le torrent. Elle donnait 8,000 livres d'eau à chaque aspiration. « Il faut , dit L. Mathieu , être, charbonnier d'Anzin ou avoir le diable au corps pour vouloir passer de pareils niveaux » (4). — Enfin, l'ingénieur Blavier, d'après un mémoire de Mathieu, du 3 novembre 1781 , dit qu'on venait de finir le travail de trois nouvelles fosses avec la machine à feu en bois, lorsqu'on jugea nécessaire de commencer celle delà Longue- Planche (5). Or, les fosses les plus nouvelles en remontant, à partir de celle de la Longue-Planche, étant St-Jean en 1780, Oisy et St. -Pierre en 1777 (G), ce serait de cette dernière année au moins que daterait utilement l'application de la machine à feu au passage des niveaux.
Pour ceux qui connaissent les difficultés occasionnées par les eaux souterraines qu'on rencontre dans nos localités , la substitution de la machine à vapeur aux machines à molettes, pour épuiser les eaux dans les fosses en tentative , est un
(t) Pajot-Descharmes p. 227..
(2) Idem , p. 55.
(5) Mémoire sur l établissement de l'entreprise, par P. Mathieu — Voir ci-dessus p. 62 et 65.
[A) Registre de L. Mathieu.
(5) Travail général sur les mines d'Anzin.
(6) La longue-planche est l'avaleresse dont il est question ci-dessus p. 152 — Voir aussi p. 155 et le tableau n° 6, p. 155.
bienfait plus grand encore que l'introduction de la machine à feu et son application à l'épuisement des galeries (I). Ces innovations étant dues en France , soit à la compagnie Désaodrouin , soit à la compagnie d'Anzin , honneur leur en soit rendu.
Quelques Nous ne donnerons pas la description de la première machine de Fresnes, on
mots sur les .
machines de la trouve avec les plans tlans lîélidor, dans Morand, plus exactement encore dans
la compagnie . . . . r . . , . /t 1 ivt
u Anzin. liossul (2), d après M. Dubuat , ingénieur a Lonue. Nous terminerons par quelques mots d'un mémoire de Pajot-Descharmes et d'un autre de Duhamel qui feront voir ce qu'étaient, vers 1784 , les machines servant à l'épuisement des ea.ix des galeries que le premier appelle machines à feu fixe , par opposition aux machines à feu en bois , qui, servant à passer les niveaux, étaient transportées d'une fosse à l'autre.
« Les corps de pompe, dit Pajot-Descharmes, sont de bois-blancs, assemblés en forme de douve, retenus par des fretles ; ils ont de diamètre depuis 12° jusqu'à 18°. Les pompes qui fournissent l'eau aux chaudières sont en cuivre; elles peuvent avoir 8". Les dimensions des cylindres sont depuis 30 pouces jusques à 60°. Les chaudières ont 15 pieds; deux heures suffisent pour les chauffer lorsque l'eau est froide, une heure lorsqu'elle est tiède. Tous les huit jours on enlève de leurs parois les écailles salines déposées par les eaux extraites des fosses. La \itesse de ces machines est de douze impulsions par minute. Leur travail est de
(1) « Ces eaux, dit Pajot-Descharmes , qu'on appelle communément des niveaux, ne peuvent être facilement épuisées que par des machines à feu. Celles mues par des chevaux sont rarement assez puissantes; elles en exigent un grand nombre ; leur travail est presque toujours forcé, il en périt considérablement , ce qui , à la longue, devient très-frayeux » (Mémoire de 1784 ). — On peut voir ce qui en fut à la fosse du Pavé.
Voici ce qui se passa a la fosse de la Longue-Planche en 1781 : « L'on monta une pompe à feu; le bâtiment est en bois. On a placé trois pompes de 9 pouces de diamètre ; étant submergé d eau , on plaça la quatrième et la cinquième de 15 pouces. Ces cinq pompes étaient attachées au même cheviron avec chacune leurs pieds de fer pour arranger les geules des pompes à mesure qu'on les fait descendre. L'on met aussi des buses de bois avec des cercles de fer pour ralonger les pompes. On a été obligé d oter les trois pompes de 9 pouces pour en mettre aussi de 15. Malgré tous ces efforts, on n'a point su maîtriser les niveaux, on abandonna le 24 décembre » (Mémorial de Michel Dumout).
■2 Traité élémentaire d'hydrodinamique, t. 1, p. 120.
»mm 228 mm*
huit heures par jour. Il faut deux hommes pour le service ; la dépense en charbon pour une machine dont le cylindre est de 40°, est de 15 à 1G mannes en huit heures (l).
Les eaux des galeries « sont élevées, dit Duhamel , par des machines à feu de 000 à 900 pieds de profondeur. Les pistons des pompes ont G et 7 pouces de diamètre. On est accoutumé ici à mettre les pompes en six répétitions pour chaque machine , en sorte que dans un puits de 600 pteds, chaque pompe a 100 pieds, et pour un puits de 900 pieds elle doit avoir 1 50 pieds » (2).
Coût d'une Nous avons dit que la première machine à vapeur coûta 75,0001. — En 1784
machine. .
«une machine à feu, dit Pajot-Descharmes, avec un cylindre de /i0 pouces, coûtait, montée, près de 30,000 fr. n (3). — En 1781 , la société d'Aniche avait fait prix pour la sienne à 45,000 1. (4).
(1) Mémoire de Pajot-Descharmes. 1784.
(2) Inspection des mines de charbon du Hainaut, Flandre et Artois, 1783.
(3) Pajot-Descharmes, p. 321.
(i) Délibérations des directeurs des 6 juillet 17S0el 15 janvier 1781.
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