DURANT LA DISSIPATION DE L'ÉGLISE
A mes bien aymés frères en nostre Seigneur, qui font les reliques de la dissipation de l'Eglise de Genève.
La miséricorde de Dieu nostre Père, et la grâce de nostre Seigneur Jésus-Christ vous soit tousjours multipliée par la communication du Saint-Esp
Mes frères, je m'estais abstenu jusques icy de vous est crire, espérant que les lettres de mon frère Farel, qui avoit pris cetle charge pour tous deux, vous pourroient suffire. Et aussi que je voulois oster tant qu’il m’estoit possible, l'occasion de mesdire à ceux qui la cherchent. C'est qu'ils ne peussent calomnier que nous téchons, en vous allirant à nous, de vous tenir en quelque partialité. Toutefois je ne me suis peu contenir en la fin de vous escrire, pour vous testifier l'affection laquelle je gardo tousjours envers vous, et la souvenance que j'ay de vous en nostre Seigneur, ainsi que mon debvoir le porte. Et
* Cette lettre à été imprimée en latin, dans l'édition de Genève, pafe 8. Voici la leure originale de Calvin, telle qu'elle se trouve dans la collection de la Bibliothéque publique de Genève.
-308 PIÈCES AVSTIMICATINES |
de zèle de Dieu, modérés par son Es,
de sa Parole. Davantago vous avoz à penser, que ces choses ne vous #0nt pas advenues sans la disponsation du Seigneur, lequel besongne mesme pour les iaiques selon le conseil de sa bonne volonté. Or
lion ous destournera de vos ennemys, pour ous ré. garder et considérer vous-mosmes ; et tellement con
facile de sous justifier auleunement di
néantmoins devant Dieu vostre conso
gée. En ceste manière ont foiet les se leurs tribulations. C'est que, de qu
la main de Dieu, et à leurs propres vic sant en eux-mesmes la câusc. .. .. 25502 84 quoy le Seigneur les deust ainsi affliger.
quelle estoit son iniquité en tone Néanimoins voiant que la première c
mesmes, d'aultant que les Babyloniens n rien à l'encontre d'eux, sinon par la permi)
da peuple d'Israël. Si le prophéte s adoncques combien vous en avez plus gra
KT Apoexotér. sos Et s'il lui a esté nécessaire de faire cela pour obtenir miséricorde de Dieu, quel aveuglementce serait à vous de vous arrester en l'accusation de vos ennemys, sans aul= cunes recongnoissances LE lesquelles péssent de beaucoup celles des Quant à nous, s'il est are de desbattre nostre cause contre tous les iniques et calomniateurs, qui nous vouldraient charger; je sçay que non seulement nostre conscience est pure pour répondre devant Dieu : mais nous avons suflisamment de quoy sous purger devant tout le monde. Et ceste assurance avons-nous asser tes difié, quand nous avons demandé de respondre, voire devant nos adversaires, à toutes choses qu'on nous vouldrait imposer. Al fault qu'un homme soit bien garny de tifications , quant il se Les en telle manière,.
Toutes fois quant il est questio: eee devant Dieu, je ne fais pas de double; qu'il ue nous ait humilié en ceste sorte, pour nous faire recongnoistre nostre ignorance, imprudence et les aultres infirmités } que de sa part j'ay bien seatyes en moy, et ne fais difficulté de les confesser devant l'Eglise du Seigneur. En cela faisant il ne nous fault craindre, que nous ne donniôns l'advantaige à nos énnemys, Car Daniel n'a pas justifié Nabuchodonosor on attribuant aux péchés des Israëlites l'oppression qu'ils souffraient soubs sa tyrannie, Mais plastost la confondre, montrant qu'il était comme un fléau de l'ire de Dieu, ainsi qu'est le Diable ex ses supposts. Non plus de danger y à se que nous subwettions nostre cause à vitupère ou en opprobre. Car si nous nous sommes présentés de satisfaire devant toutes les Eglises, et remonstrer que nous avions deûiment et fidèlement administré nostre office el encore de jour en jour
KT APPEXPICR, LE
que l'Éscriture le testific estre ; e'est qu'il cxalte l'hume ble et contemptible de la poulsièré, le pauvre de la fiento. Qu'il donne la couronné de joie à ceulx qui sont €n pleurs et larmes, qu'il rend la lumiëre à ceulx qui sont en ténèbres. Blmesmes qu'il sascite en vie ceux qui sont en l'ambre de la mort. Espérez doncq que ce bon Dieu vous donnera telle issue que rous surez occasion de le magnifier ct rendre gloire à sa clémence. Bt en ceste espérance consolez-vous et vous fortifiez à endurer patiemment la correction de sa main jusques à ce que il lui plaira rous déclarer sa grâce, Qui sera sans double assez Lost, moiennant que nous puissions le tout permettre à sa Providence, laquelle congnoist l'opportunilé des lemps, et veoit mieux <e qui nous est expédient que ne le pouvons conceveair.
srncoi ii ur de reliées MOT Car si Loule vostre nltente répose en Dieu comme elle doïbt, c'est bien saison qûe vostre cœur soit assiduellement eslevé au Ciel, pour l'invoquer et implorer la miséricorde que vous espérez de luy. Entendez que le plus souvent, ce qu'il diffère le desir de ses enfans et ne lour monstre pas ei Lost son aide au besoïng, c'est qu'il les veult susci. ter el esmouroir à requérir sa bonté. Tant ÿ a que nous nous glorifions on vain d'avoir noëtré confiance en Luy, que nous ne la testifions en ÿ cherchant nostre refuge parprières, Davantage c’estichose certaine qu'il n'y a pas ane telle affection ot ardeur en nos oraisons comme il appartient; sinon que nous y porsévérions sans cesse. Je prie le Scigneur de Loute consolation vous reconfor- Ler ok soustenir en bonne patience, cepondant qu'il vous veult esprouver en ces’tribulalions, ét rous conserver en l'espérance des promesses qu'il faict en ses servi-
KE ARPENDIER, #15 vostro peuple à bonno paix et union, auquel certes. avons trouvé affections trop particulières et dommugeables non seulement au cours de l'Évangile, mais aussy à la conservation et entretenement de votre ville et république. Or nous sommes présentement certains que notre fidélité et leaulté en nostre ministère et nostre bon vouloir vers vous et voire république n’est, ne n'a esté, par grand nombre de gents , ainsy receu qu'il debvoit. Ains avons eslé el sommes journellement reputés pour infdèles , papistes e1 corrapteurs de l'escripture et pour tels qui ouldrions décepvoir votre peuple; qui nous est chose trop dure à porter,
Cecy savons-nous pour certains , paree que plusicurs mandés devant vos Seigneuries pour rendre raison de ce qu'il vous plairait; les interrogés ont rejeté toute leur ‘faulte sur nous, tant pour nos personnes en particulier que pour notre ministère, ainsy sommes à lort blasmés non point en notreprésence seulement, mais en la rostre et de vostre noble conseil, rejectant comment dict sur nous toutes leurs faulles eb insolences , lesquelles sont plusieures el grandes. :
Ces choses considérées et que l'injure ne lourne point sur nous lant seulement, mais aussy el plustost sur vous e1 vos ordonnances et mosme dé toute la reformation des églises de la Germanie et signantément de l'Eglise de Berne à laquelle conformement avez faict ordonnance pour la vostre : et nous conformement à leur doctrine qui ést purement érangelique , arons prosché ot preschons à voire peuple, estant certaïos par ln Parolle de Dieu que ce que nous enseignons est Lrès-véritable , ét néantmoins que notre ministère ne point seulement inutile , mais aussi Lourne en contemptement et mocquerie. Etdavan-
sin PIÈCES JUSFUICATIVES
tage que vosire ville et république à raison de Lelles par: tialités, tournerait en danger trop apparent. Et que nos personnes aussy ne seraient en souretéau milieu de tant de malveuillans , ca que ne priserions pas beaucoup, at tendu qu'il ne viendrait aulcua fraiete où édification. Donc humblewent vous sapplions, magnifiques Seigours, prenant loutes choses en bonne part et comme procédantes de trés-bon cœur onvers vous ol vosire ré- |) publique ; qu'il vous plaise commander que les causes el} raisons pour lesquelles nous avons esté et notre minie | ère Dan. devant Vos Excellence, nous soyent bai. Iées par oscript et signées par ME, votre Secrétaire, ctque les noms do coulx qui auroient porté Lelles parolles, soyent enregistrée par dovérs Vous; POUF y pourvedit comme de raison.
Oultre vous supplions bamblement tenter de si peu de service que noûs a) à vostre peuple, vous certifians qu'ils fidelle et partant d'an bon et véritable
Et pour l'advenir qu'il vous plaise si bon soit vous pourveoir d'aultres ministres doit la grâce de bien perseverer que en | avons bion continué. Car nous mi fruicts en co lou Lols que désirons ;
playra nous ordonner et signilier.
Promeltons néantmoins que en to nous seryons , que nous dermeurerons vos
ET APPENDKCE. M5
gard à loutes choses; faisons diligence de pourveoir partout selon vostre grande sagesse , prudence et vertu. Le dernier jour de décembre 1538.
Signés : Jehan Morand.
Anthoine de Marcourt.
Jacques Bernard.
Henry de la Mar.