LIVRE CINQUIÈME
QUI COMPBEMD LA SUITE DE LA RÉFORMATION DE BERNE ET DIVERS AUlllES J^VÉNEMENS DE L^ÀNN^E 1828.
Lbs habitaDs du gouTernemenl d'Aigle ne furent pag les seuls qui exdièreni des troubles à roccasioD de la réformation. Cela se vit aussi en quelques endroits du pays allemand. Lentzbourg^ Froutingen et le Haul-Simnienthal ne voulaient point la recevoir. * Les sujets des monastères ne se contentaient pas de l'abolition des abus et des superstitions; ils voulaient encore être af-
Hotting. US.
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franchis des dîmes et des censés. * Ceax d'Interlackeit et des lieux voisins de Berne parurent les plus animes. Froutiguen avait renoncé d'abord à la messe et aboli les images ; mais irrités de se voir obligés de payer les dîmes et les censés comme auparavant^ ils rétablirent la messe. Les seigneurs de Berne leur envoyèrent des députés, le 27 roai^ pour les exhorter à revenir à la réformalion et à ne pas se laisser séduire de nouveau. ' La commune d'Adelboden n'avait point voulu entendre parler de changement de religion. Les députés eurent ordre d'y aller y d'assembler ceë gens-là et de leur dire que 9 s'ils ne voulaient pas quitter la messe ^ ils permissent du moins qu'on leur envoyât un habile ministre pour les instruire.
Ceux dlnierlacken, indignés de la cession que les religieux avaient faite de leur couvent aux seigneurs de Berne ^ envoyèrent une députation à Berne, pour demander d'être affranchis de toutes leurs redevances envers cette maison. ^ Et, comme on ne leur répondit pas d'abord à leur gré, ils se mutinèrent et menacèrent de s'affranchir eux-mêmes. On y envoya un conseiller de Berne pour leur remontrer leur devoir, accompagné du nouveau bailUf d'Interlacken et de Tavoyer d'Unterseen. Mais les paysans^ irrités de voie qu'on ne leur donnait que des paroles, et voulant se faire justice à euxmêmes , se jetèrent en armes sur le couvent dTnterlacken, avec upe telle furie que ces trois magistrats eurent de la peine h se sauver d'entre leurs mains. L'avôyerd'Erlachy accourut avec les députés du conseil de
* SteUler U. 7.
' Instr. A. 442.
^ Stettler 7. b. HoUiiif». &12.
A niTBRLACKBN. 7
Thoune ; mais il ne trouva pas plus de respect et de sour mission que les autres. Ils chassèrent aussi leur ministre^ qui fut oblige de s'enfuir dans les Alpes, et ils appelèrent à leur secours leurs voisins du canton d'Unterwolden, qui leur envoyèrent deux députes pour examiner Tétat des a£hires. Ces mêmes paysans se jetèrent dans la ville de Thoune , au nombre d'environ mille hommes^ résolus de porter leurs armc^ jusqu'à Berne ; vaais la bourgeoisie de Thoune , fidèle à son souverain, ne voulut pas les laisser passer, et quoiqu'ils fussent secourus par un parti de ceux du pays de Hasli , cependant ils ne purent rien faire et ils renvoyèrent les députés d'Untçrwalden. * Ceux du Bas-Simmenthal^ de Thoune, d'Unterseen et d'Unspunnen , etc., s'opposèrent vivetùbblI a eux^ tellement qu'ils se virent contraints d'accepter une trêve. On y envoya deux députés^ ^ qui^ appuyés des sujets fidèles des lieux queJQ viens de nommer, engagèrent les rebelles à rentrer dans leur devoir, en leur promettant leur grâce de la part du souverain ; ce qui se fit le 25 avril , et l'on convint que l'on examinerait amiablement leurs prétentions, dans une journée particulière , qui fut marquée au 4 mai suivant.
Gomme cette affaire était de grande conséquence, les Bernois prirent toutes les mesures possibles pour leur sûreté. Ik firent faire bonne garde partout^ appelèrent leurs alliés de Fribourg , de Soleure , de Bienne et de Lausanne à leur secours; firent exhorter leurs sujets à la fidélité, leur firent demander leurs sentimens sur cette affaire , et leur ordonnèrent d'envoyer des députés de chaque bailliage , pour assister à cette conférence.
' Stelllcr 8. a. *
' Savoir Hupsche ; trésorier, el Willadiiif}, baiiderej.
s LES TROUBLES SONT CALMÉS.
Les seDtiinetis des sajels furent partagés ; mais cependant le plus grand nombre se trouva dispose à garder la fidélité k leur souverain. Le jour étant venu , Vavoyer de Berne reprocha aux paysans d'Interlacken leur rébellion, et fit lire les articles de leurs plaintes. ^ On les examina ; les magistrats y répondirent pour soutenir leurs droits , cependant en usant de modération a leur égard, et leur cédant quelque chose. Les députés du pays , qui étaient là comme aiintres entre leur souverain et les rebelles d'Interlacken , ayant examiné les rabons de part et d'autre 5 prononcèrent unanimement de la manière suivante : 1^ « Que la ville de Berne demeurerait en paisible possession de tous ses droits , etc., et qu'eux , comme fidèles sujets, y maintiendraient leur souverain. 2^ Que ceux d'Interlacken et leurs adhérens rendraieht à leurs seigneurs de Berne l'obéissance qu'ils leur doivent, et leur paieraient les dtmes et les censés. 3^ Que, pour ce qui regarde leurs autres griefs, on enverrait à Inlerlacken même une dépulation de la ville et du canton pour les examiner sur les lieux, et pour chercher les moyens d*a<icommoder tout. 4® Enfin, que le souverain, à leur prière, pardonnerait aux rebelles, avec déclaration que, s'ils retournaient en faute, on aiderait sérieusement à les punir, comme ils le mériteraient. » Là-dessus les seigneurs de Berne et leurs sujets convinrent ensemble , et se promirent mutuellement de se défendre et de se maintenir les uns les autres dans la possession de leurs droits légitimes, cependant sans préjudice de la réformation. ^ Et l'on fit de tout cela un traité en forme, qui fut rédigé par écrit et scelle en pré-
* Sletllcr 8. b.
' Id. 9. a.
RELIQUE DE S. bAaT. 9
seBce d^uoe députalion dé. Zurich. En exécution de cette sentence, on députa huit personnes de Berne^ quatre du petit et quatre du grand conseil, avec un député de chacune de ces quatre villes, Thoune^ Bourgdorff ou Berthoud, Lentzbourg et Nidau, et cinq autres du reste du pays. Les députés étant arrivés à Interlacken^ le 17 mai , examinèrent avec beaucoup de patience les plaintes dé ces gens-*là pendant douze jours. Ceux de Grindeiwald étaient les plus roides, et voulaient absolument ou qu*oii rétablît la messe, ou qu'on les affranchit des dîmes et des censés. Enfin^ Ton en vint à un bon accommodement, qui contenait^ pour la plus grande partie, divers adoucissemens à Tégard des dîmes , des censés et des autres droits ; de plus une levée de cinq mille livres de biens fonds en faveur des pauvres , et la distribution des aumônes. Les frais de cette assemblée tombèrent sur les moines, qui avaient possédé In terlacken et qui, se repentant de la démarche qu'ils avaient faite, avaient beaucoup donné lien à ces troubles. L'accommodement fut accepté et ratifié par le conseil souverain de Berne. Il y avait dans le voisinage une caverne , ou l'on tenait une tête qu'on disait être la tête de S. Béat> le prétendu apôtre du pays. * C'était un lieu fort considérable chez les superstitieux^ qui s'y rendaient de tous côtés en pèlerinage. Comme l'on sut qu'un certain prêtre avait ^ entrepris d'enlever cette tcte, pour l'emporter dans quelque ville catholique , le^ Bernois^ pour prévenir les abus qui pouvaient s'en ensuivre, y envoyèrent trois députés , qui la firent enlever le 1 8 mai et la firent ensevelir honorablement dans le couvent d'interlacken. Nonobstant cette e?(pcdîlion, Ton a vu, dans ces derniers
* StcUlcr Si. a.
iS ]fcDIT SUR LB6 yBTBS.
plidté suisse. Je. souhaiterais que vous sussiez avec quelle diligence^ avec quelle dévotion^ non-fleulement le peuple^ mais aussi les seigneurs vont a la S^® Cène. Je n'en sais aucun qui soit demeuré en arrière. De sorte que j'espère que ceux qui jusqu'ici se sont opposés à l'Evangile^ pourront être gagnés. »
On observait encore à Berne à peu près toutes les fêtes de l'Eglise romaine. Les magistrats publièrent ( le 21 juin) un édit sur cette matière ^. et réduisirent les fêtes a un nombre qui leur parut petit, en comparaison de l'an* cienne pratique. Cet édit portait défense de chômer d'autres fêtes que les suivantes; savoir : 1^ les diman* ches. 2*^ Les jours des Saints Apôtres. 3® Noël. 4® Saint Etienne. 5^ Le nouvel an. 6^ Les rois. 7^ La fête dé saint Vincent, patron de la ville. 8^ La Chandeleur. 9® L'Annonciation. 10^ Pâque. 11^ Le lundi de Pâque. 12° L'Ascension. IS'' La Pentecôte. 14° Le lundi de Pentecôte. 15° Les dix mille chevaliers, qu'on chômerait jusqu'après le sermon. 16° Saint Jean-Baptiste. 17° L'Assomption de la S'*' Vierge. 18° La Toussaint; en tout vingt-six fêtes , (outre les dimanches), dans lesquelles on devait chômer ; cependant avec cette réserve que les ministres pourraient permettre le travail à leurs paroissiens, surtout en été, pour recueillir les fruits de la terre , lorsqu'on en verrait la nécessité indispensable. *
Dans le même édit, ils défendirent de prêter serment au nom des saints, voulant qu*on ne le fît qu'au nom de Dieu seul.
La semaine suivante ils publièrent encore, (le 28 juin) un nouvel cdit de reformation , contre les images
* B. Arch. Mand. p. 15.
DE LA
i6 ABOLITION DES SKE VICES BT&AR6ERS.
remporta de beaucoup en faveur de celte abolition. Les seigneurs j donnèrent les mains , et publièrent le 24 août un édit provisionnel pour défendre celte pratique^ en attendant un édit complet. * L'année suivante ^ pour commencer par eux-mêmes, et pour donner bon exemple à leurs sujets , tous les seigneurs de TElat, depuis le premier jusqu'au dernier, assemblés en conseil souverain , prêtèrent serment de renoncer a toute pension de princes étrangers et à leur service ; et ils en donnèrent avis a leurs sujets le 21 septembre 1529. ^ Enfin Ton publia Tédit projeté pour cette ré^ forme. ^ On y dit : «c D'autant que les dons et les pensions des princes et potentats , de la manière qu'on les a pris jusqu'à présent (savoir aux dépens de son sang et du sang d'autrui), et l'intérêt particulier, sont les plus grandes abominations devant Dieu , qui aveuglent et fascinent^ entièrement les cœurs des hommes, ensorle que par-la tous les conseils et les jugemens deviennent suspects , et Ton ne se fie plus à ceux qui en sont entachés, particulièrement à la magistrature. Et que de plus on a vu par-là de puissans royaumes, villes et pays ruinés, comme Rome ^ et d'autres puissantes villes. A ces causes, pour éloigner tous ces maux et conserver nos villes, nos terres et nos sujets, dans un état paisible , tranquille et chrétien , en considération des maux, des pertes et des médisances qu'on avait es-
* Mandat. B. p. 170.
* Mandat. B. p. 171.
« Ib. p. 174.
'^ VerblSnden.
^ Rome avait été prise et pillée Tan 1527 par rarniée impériale, commandée par un général françaiâ , et composée d'Espagnols et d'Allemands. Sur quoi voyez Sleidan , Liv. VI.
ABOLITION DtS SEEVICBS ÉTRANGERS. 17
suyés par le passe , où noire honneur avait été attaqué^ et afin que nous puissions éviter la colère de Dieu^ nous avons reçu et arrêté l'ordonnance suivante et perpétuelle, ^ et nous avons juré à Dieu de la garder à perpétuité.
« Premièrement, comme il est raisonnable que celui qui fait la loi s'y soumette le premier et l'observe dans sa conduite, aussi est-ce notre entière volonté, que nous et nos descendans renoncions entièrement k toutes sortes de dons, présens ^ loyers et pensions de tous princes et seigneurs étrangers. Défendons k tous nos bourgeois ou habitans de Berne, et généralement a tous nos sujets et habiians de nos terres , de quelque condition qu'ils puissent être , de prendre ou recevoir aucun argent ni aucun autre présent, de quelque prince ou seigneur que ce soit, de quelque manière que ce soit, ou par don de présent, ou par promesse pour l'avenir, ni médiatement, ni immédiatement.
D Que ni la ville de Berne, ni aucune autre ville ou communauté, ni aucun particulier ne prendra absolument rien , excepté seulement ce qui était conforme au traité de la paix générale de la Suisse (Landsfrid) et aux autres traités précédens, savoir : 1^ la pension qui est due au trésor public de la ville de Berne pour cause de la paix conclue a Frîbourg entre la France et la Suisse. 2^ Celle qui revenait de Tunion héréditaire avec l'Autriche et la Bourgogne. 3® Enfin celle qui revenait des anciennes alliances de la ville de Berne avec la maison de Savoie; tout autre pension exclue.»
NB. L'article de cette dernière pension fut rayé le 13 juillet 1544. Il ne faut pas oublier que déjà dès le