‹ Histoire de la réformation de la SuisseChapitre 193 sur 257 · AC ROI DE NAVABRE · texte numérisé non relu

AC ROI DE NAVABRE

Ik décembre 1357.

Sire, Aianl entendu la grâce que Dieu vous* avoîl faîcle de s'approcher de vous pIusfamilicremeDt que jamais, pour vous certifier droiteoient de ta pure vcrïlc de l'Evangile de son Fils Jésus-Cbrist nostrc souverain roy, j'aj' prins la hardiesse de vous escrire, espérant que pour l'hoiK ncur et la révérence que vous portez au maislre a qui je sers, vous daigerez bien recevoir la présente , laquelle vous offrant et rooj el tout le service auquel il vous plairoit m'emploier, vous rendra bon et fidèle tesmoignage, si je n'ay la faculté cl moien de roonstrer par cffecl combien je suis voslre, pour le moins que le courage n'y deffaull point. Aussi pource que j'ay entendu que de vostre grâce vous me portiez bonne affection, cela m'a tant plus enhardy pour m'asseurer que j'aurois bonne entrée, et humaine envers vons. Qui plus est, je me liens asseuré, quand vous verrez que je ne désire auttrc chose,

eîdod que Dieu soit glorifié eo vous, voire pour voslre bien et salul, que vous souffrirez volunliers d'estro cxhorlé par moy au aom de celuy, qui a loule aulhorité euvers dous. Car selon que les roys et princes oot a fiousteair uue charge difficile, tant plus ont-ils besoing d'estre adverlis quel est teur devoir. Et voila aussi pourquoi Dieu a notamment commandé, que les roys appliquassent leur estude plus que tes personnes privées a proflitcr en la foy. Car de faict selon que Dïeu les eslevant en haulte dignité, les approche plus de soj, il les oblige quant et quant à s'emploier de lant meilleur courage a faire tout debvoir envers tuy ; comme aussi ce n'est pas raison que les princes terriens qui ne sont que ses officiers et lieutenants, veulent estre obéis, el que )uy qui a l'empire souverain, soit fraudé de son droit. Or c'est aujourd'hui le temps plus que jamais, que grans et petits se doibvenl efforcer a faire que Dieu soit aervy selon qu'il le mcrile- Car on veoît tout si corrompu etpervertj, que la pluspart de ce qu'on appelle service de Dieu, ne sont que faulsetés deteslablcs, que le Diable a forgé pour faire que le vray Dieu soit déshonoré. Car si les gêna de basse condition et de nul crédit sont tenus en tant qu'en eux esl , el que leur petitesse le porte , de mettre peine que Dieu soit purement adoré : îl faull bien que les grans, et ceux qui sont eslevcz plus hault s'emploient au double, et chacun selon sa mesure ; pensez, Sire, quand Dieu après vous avoir cboisy pour estre prince d'une si noble maison, vous a aussi retiré des ténèbres de superstitions ou vous estiez plongé comme les aultres, et vous a illumine en la cognoissancc de l'Evangile de nosire Seigneur Jésus, ce qui n'est pas donne a tous : n'a pas voulu que la foy que vous avez reçeuc demcurast enclose en vous el comme ensevelie : mais pluslost que vous soyez

et petits. Et is regardent

uoe lampe ardente pour esclairer et graos et de faîct Redoublez pas, que beaucoDp de gens regardent a vous : et Dieu les y adresse, affin que voos Boiez plus soilicilè a vous acquitter a raonslrer le chemin beaucoup d'aultres. D'un costé il vous doit Boovemr qui soing nous devons tous avoir, que l'honocurde Dîeuso maintenu en son intégrité, selon qu'il est dit au PsaunK^, le zete de la maison m'a consumé, el les opprobres ta faicls sont lombes sur rooy. Par quoy la pnre doclrina eo laquelle Diea veult estre glorifié, nous doit estre «■ précieuse, qu'en la voiant obscurcie, voire comme lie par erreurs, abus, tromperies, et illusions de Satan, oostre zèle se doit allumer, pour nous y opposer en qu'en nous est, et selon que Dieu en donne le nioîen chacun. Mesme cesle sentence doit tousiours retentir vos aureittes par laquelle Dieu prononce qu'il rendra bcH norables ceux qui l'auront honoré. D'auUre pari, Sire^ les soupirs et angoisses de tant de pauvres fidèles men-^ lent bien d'estre exaulcés de vous pour prendre cooragt a leur subvenir, el leur procurer quelque allégement qn'il vous sera possible. Et a présent l'occasioa s'y oC fre plus que jamais en ceste assemblée des Estais. GrI il cet vraisemblable qu'en traitant de ce qaî concenu le gouvernement public, l'article de la religion ne seil point oublié. Je scay combien la chose sera odieos^ que vous sousteniez la querelle de Jésus-Christ : maîi 81 vous. Sire, qui devez estre l'organe de tous enfans d^ Dieu, avez la bouche close, qui osera ouvrir la sienne po sonner mot. N'attendez pas que Dieu vous envoyé qai que message du ciel : mais tenez pour résolu, qo'en vo appelant en tel lîeu et degré, il vous produit pour sa; tesmoing et procureur de sa cause. Et d'aultant plusl magnaDimité qui est en vous se doit ici dcsploîer

nesme encores qu'il y euat quelque craiole pour les difficullcs qu'on y veoil, d'aullant que c'est a Dieu de munir les princes d'un esprit franc ei libéral ; recourant a ^uj, je vous supplie de vous évertuer, comme c'est a ce coup qu'il en est be&oîng: ou il «si a craindre que la. porte ne soit fermée pour l'advenir. Si l'ouverture n'est pas encore d'approuver le bien en plaine liberté et condamner le mal : c'est bien pour le moins de requérir qu'il soit conjçneu de la cause : et que tant de pauvres gens ne soient point condan^nés a crédit. Mesme il semble bien qu'on puisse remonstrer par raisons favorables, que ce n'est le repos et profit du royaulmo, d'y procéder par exécutions violentes , d'aultant que les feux ne fout que multiplier te nombre de ceux qu'on persécute: tellement que le sang sert lousiours de semence. Il semble bien aussi, que sans donner occasion a ceux qui ne peuvent encorcs gousler l'Evangile de s'cscarmoucher par trop, on pourroit mettre en avant quelques poincts qui ne leur seroicnt pas tant en horreur : comme d'alléguer pour exemple si un homme se conlentoit de prier Dieu et avoir Jésus-Christ pour son advocal, de le faire mourir pour lelle querelle, que c'est une rigueur trop excessive : et qu'il y auroit danger que Dieu ne fusl irrité contre le pays : attendu que les apostrcs et disciples de nostre Seigneur Jésus , qui sont les vrays miroirs et patrons de la cbrestientc, n'ont jatoais sceu que c'estoit de prier les saîncls trepassps. Il y a aussi d'aultres abus si lourds et énormes, qu'il n'y a nul propos de les dissimuler. Et toulesfois si lost que quelcun en voudra remons- Irer quelque chose, il sera tenu pour hérétique sans s'enquérir plus oultre : qui est une extrémité insupportable. Il y a aushi un aultre advertissement bien digne d'eatre faicl. Car d'aultant plus qu'on cuide empescher le cours

de la ParoDe de Dieu, et maiateDÎr les abus eo leur po»eessioD, beaacoup de gens deviennent profanes sens loy ne sans fo; : pource que plusieurs se mocquenl hardiloeol en leur cœur de toute la papanllé, sachant qu'il n'y a qu'ignorance et sottise : et toutesfois craignant le danger de leur vie, rcjeclcnt toute instruclioo. Et a la vérité s'il n'y est proveu de bonne heure, on sera esbay, que le royaulme sera rempli de telle infection . Et pleu^l ■ Dieu que ceulx qui sont les plus cruels a faire mourir les pauvres gens, ne fussent pas tels contempteurs de Dieu, et mocqueurs de toute religion. Mais il est a désirer que le roy soit advcrly , que si on persiste d'opprimer les bonnes simples gens, qui par bon zèle, et crainte de Dieu ne s'accordent point a la façon commune, il est a craindre que telle vermine ne gaingue et occupe lool le pays : cnsorie qu'il sera trop tard d'y remédier. Je desirerois bien. Sire, que vos affaires souffrissent de lire un petit traité, que je fïs il y a douze ans passés, quand les Estais de l'Empire esloient assemblés pour les diffe* rens de la religion. Mesmes je vous oseray bien supplier, qu'il vous plaise prendre le loisir de passer par dessus, pour eslre mieux informé quelle procédure il seroît expédient de tenir, non pas que je présume de vou3 donner reigle : mais pource que je me confie que vous ne dédaignerez pas d'apprendre soit par moy ou par aultre quelle est la volonté de celuy auquel vous désirez de complaire en tout et partout, affîa de vous y conformer Stre, après m'eslre Ires-humblement recommandé a voBtre bonne grâce je prieray noslre bon Dieu et père de vous avoir en sa garde, vous gouverner par rEepril. de sagesse , droilturc et constance, et vous faire rcrde plus en plus. -^ Ce 14 de décembre 1557

APPIHDICB. S45

A KADAHE DE LOVGUEVILLE , HARQUISE DE ROTHELLIR.

5 jaiiTierl558.

Madame,

Cependant qu'il tous souvienne qoe Dieu non Bcole* ment nous propose nostre pleine félicité la haolt : mais liussi nous promet de nous tenir icy-bas en sa garde. Je croy, au reste, que l'homme lequel je tous ai adressé sera desia par delà. Je ne luy ay voulu bailler la présente , craignant les rencontres. Je cognois de longtemps sa preudhomie et intégrité^ pour vous en rendre bon lesmoignagne

Ce 5 de janvier 1558.

Yostre tres-humble serviteur , Charles Despeville.

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