‹ Histoire de la Réformation et du Refuge: dans le pays de NeuchatelChapitre 5 sur 8 · L*ÉGLISE RÉFORMÉE DE FRANGE · texte numérisé non relu

L*ÉGLISE RÉFORMÉE DE FRANGE

royaume. Ce n'était plus concilier; c'était opprimer. Ainsi fut rompu ce colloque si pompeusement an-^ nonce. Il est fort douteux que les Guises eussent jamais espéré et désiré un résultat sérieux.

Mais si le résultat matériel fut nul, l'effet moral fut immense. Les réformés avaient exposé leur foi devant les chefs du royaume. Cela seul semblait leur assurer déjà une existence légale. Coligny présenta dans ces jours-là k la reine-mère une liste de 2,150 églises réformées, en France ! Viret, le réformateur Yaudois, dans un séjour au Midi, vit se rassembler autour de sa chaire, k Nimes, un auditoire de 8,000 personnes ! Dans l'Agenois, 300 paroisses d'un seul coup mirent bas la messe! Un pasteur du Midi écrivait k Farel k celte époque que 4,000 et même 6,000 ministres ne seraient pas de trop pour répondre aux besoins delà France ! Et le chancelier de L'Hospital lui-même déclarait au pape que le quart du royaume était séparé de la communion catholique. Les temps qui suivirent le colloque dePoissy sont certainement le point culminant du développement de la réforme française. L'Hospital profita de cette position nouvelle pour proclamer hardiment, dans une assemblée des notables du royaume, le principe de la tolérance religieuse. « On peut, dit-il, se séparer de « l'Eglise de la majorité sans cesser d'être citoyen, K et lors même qu'on n'a pas le même culte, on peut « vivre dans la paix. » Ce principe, qui nous parait aujourd'hui si simple, était alors proclamé pour la

première fois. Plût k Dieu qu'il eût pénétré immédiatement dans le droit public français ! Quelles immenses calamités eussent été éditées !

La Ligue, effrayée de ces principes, se hâta d'appeler à Paris son chef, le duc de Guise , qui était alors dans ses terres en Lorraine. Dans le voisinage de son château était la ville de Yassy. Le dimanche l" mars 1562, Guise part pour Paris avec une escorte de deux cents cavaliers. Il passe près de cette petite ville. Il entend le son des cloches. «Qu'est-ce que cela?» demande-t-il. «C'est (( le prêche des Huguenots ! » lui répond un des siens. « Par la mort-Dieu, » s'écrie-t-il furieux, « on les huguenottera bien tantôt d'une autre ma-" « nière ! » Ses soldats entourent la grange qui servait de temple aux réformés ; ceux-ci ferment les portes : on les enfonce. La tuerie commence. Au bout de quelques instants soixante personnes gisent sans vie sur le carreau, deux cents autres sont bles^ sées, plusieurs mortellement-, les cadavres sont dépouillés comme sur un champ de bataille. Ce massacre était-il prémédité? Nul ne peut le dire. Quoi qu'il en soit. Guise y avait manifestement consenti.

Le bruit de cet événement affreux se répandit promptement dans toute la France. Israël/ à tes tentes! tel fut le mot d'ordre qui sortit de la bouche de tous les réformés. On massacrait leurs frères en pleine paix! Le meurtrier, non-seulement n'était

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pas puDi, mais était reçu en triomphe par la population de Paris ! Les protestants saisirent leurs armes, comme quand on voit sa maison forcée par une troupe de brigands, et la guerre civile commença !

On a dit que , de toutes les guerres , les plus affreuses sont les guerres civiles. Il est également vrai de dire qu'entre toutes les guerres civiles les plus affreuses sont celles de religion. La France en est témoin ! Mais, dans la souffrance générale, qui eut de beaucoup la plus large part? Les protestants, sans doute. D'abord ils étaient la minorité, et quand la violence règne, on sait quel est le sort des minorités. Ensuite les protestants étaient en général des hommes de foi et de conscience -, ils répugnaient a user de tous les moyens; ils respectaient les propriétés, les femmes, les enfants. Leurs adversaires, au contraire, ne connaissaient aucun frein à leur cruauté et à leur violence. C'est ainsi que les guerres de religion se poursuivirent pendant plus d'une trentaine d'années avec de courtes interruptions, sur le sol français, de province k province, de ville k ville, souvent de château k château , de maison k maison , dans la même localité , dans le même hameau !

Après trois guerres civiles, suivies de trois traités de paix k chaque fois violés perfidement par les catholiques, aucun changement décisif ne s'était opéré dans la position respective des partis. Le roi lui-même flottait indécis entre la Ligue et les ré-

Si 8 SIXIÈME CONFÉRENCE.

Tormés. Les Guises étaient inquiets de l'ascendant que prenaient sur lui les chefs protestants et particuliorement Coiigny. A ce moment se passa un événement en comparaison duquel le massacre de Vassy n'est plus qu'un jeu d'enfant. C'était en 1572. La cour célébrait les fêtes du mariage d'Henri de Béarn, plus tard Henri IV, l'un des chefs des protestants, avec la propre sœur du roi. Les partisans les plus illustres de la Réforme avaient tous été invités k Paris. On préconisait déjk cette union comme le signal de la réconciliation entre les deux partis-, quatre Jours s'étaient passés en Jeux, festins, mascarades, ballets. Le vendredi 22 août, l'amiral de Coiigny revenait du Louvre-, à ce moment un assassin, payé par le duc de Guise, tire sur lui un coup d'arquebuse chargé de trois balles. L'amiral est grièvement blessé. Dès l'aprèsmidi, le roi le visite. La mère et le frère du roi, Catherine de Médicis et le duc d'Anjou, le voient s'entretenir intimement avec l'amiral. Ils tremblent que celui-ci ne s^empare tout à fait de l'esprit du roi et que le triomphe du protestantisme ne soit le résultat de ce rapprochement. Hs reviennent alors k un projet déjà plus d'une fois agité entre eux, mais toujours différé : celui de se défaire, en un seul Jour, par un massacre général, de tous les protestants français' ! Mais

^ La question de la préméditation de cet immense

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comment gagner le roi k un pareil plan? On ne lui demande d'abord que la mort de Coligny. On exige de lui cette mesure au nom de la sûreté du trône et de la paix du royaume. aHé bien!» répond le malheureux Charles IX comme saisi d'un accès de frénésie : « Qu'on tue Coligny, je le veux ^ « mais aussi tous les huguenots, aBn qu'il n'en « reste pas un pour me le reprocher. » Cette parole est avidement saisie comme un assentiment k la mesure projetée. Aussitôt commencent les préparatifs. La nuit du samedi au dimanche , 23 au 24 août, ou de la Saint-Barthélémy, est choisie *pour consommer le massacre. Pendant la journée du samedi, Gnise envoie ses émissaires ^ il exalte la populace de Paris; les membres de la Ligue s'arment en secret; ils ont l'ordre de ceindre un brassard blanc aûn de se reconnaître dans les ténèbres. La nuit fatale était arrivée. L'heure convenue venait de sonner. Charles hésitait encore k donner le signal suprême; une sueur froide lui coulait du front. « Avez-vous peur P » lui dit sa mère. Il se lève furieux, et répond : « Hé bien ! «commencez! » Il était près de deux heures du matin. La grande cloche de l'église de Saint- Germain-VAuxerrois s'ébranle. Au son du tocsin, de toutes les portes s'élancent les catholiques

forfait a souvent été débattue et résolue en sens contraires. Nous nous sommes rattachés à Texposition toute récente de Soldan» qui nous a paru tout concilier.

armés. Guise, avec trois cents soldats, court à la demeure de Goligny. On poignarde le gentilhomme qui ouvre la porte. Goligny est averti que sa maison est forcée. « Il y a longtemps « que je suis prêt k mourir, )) répond Tamiral, (( mais vous, sauvez-vous! » Un Allemand, nommé Besmes, domestique de Guise, entre dans la chambre du malade : ((N'es-tu pas TamiralP » dit-il k Goligny, qui s'était levé , et que la faiblesse obligeait à s'appuyer contre la muraille. « Oui , c'est « moi, » répond celui-ci. Besmes lui enfonce son épée dans la poitrine , et lui porte un second coup k la tête. «As-tu achevé?» lui crie Guise impatient, dans la cour. <( G'est fait ! monseigneur. » « Jette-le par la fenêtre, pour que nous le voyions (( de nos yeux! » Il soulève le corps de l'amiral, qui, respirant encore, se cramponne k la croisée, et le précipite dans la cour. « Je le connais, c'est « lui-même , » dit Guise , en donnant un coup de pied au cadavre. ((Gourage, compagnons*, nous (( avons bien commencé ! Aiions aux autres ! Le roi «l'ordonne! » Goligny était âgé de S5 ans. Au moment ou il fut surpris par la mort, il avait auprès de lui Merlin , son pasteur, qu'il avait fait appeler pour prier avec lui.

Le reste de la nuit se passa en massacres ; hommes , femmes , enfants , tout ce qui s'appelait huguenot fut égorgé. Ivre de fureur, Gharles IX lui-même prit une arquebuse et tira sur ses sujets.

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Cette tuerie dura quatre jours dans Paris. Le jeudi, dans ces rues inondées de sang , le clergé fit faire une procession générale. On célébra un jubilé. Une médaille fut frappée avec cette légende : La piété a réveillé la justice. Le massacre se propagea dans les provinces et y dura plus de six semaines. On connaît et on vénère les noms des gouverneurs qui refusèrent, au péril de leur vie , de tremper dans un pareil crime. Â Meaux, les protestants furent d'abord tués par Tépée*, puis, comme cela allait trop lentement , assommés avec des marteaux de fer. A Rouen il périt , en quatre jours, six cents protestants. A Toulouse, à Bordeaux, à Bourges, mêmes scènes de meurtre et de carnage ! A Lyon , ce fut encore plus affreux. Le gouverneur fit enfermer tous les protestants, les fit égorger par coupes réglées, et Ton vanta Tordre qu'il avait su mettre dans cette afiaire. Des centaines de corps flottants et jetés par le fleuve sur ses bords, épouvantèrent le3 riverains du Rhône, dans le Dauphiné et la Provence.

Il y eut dans tonte la France , selon la moindre appréciation, trente mille victimes-, selon la plus considérable, faite par l'archevêque Péréfixe, cent mille. Si l'on ajoute à ceux qui ont péri de mort violente ceux qui sont morts de misère, de faim, de douleur, les enfants sans pain, les femmes sans abri , les êtres abandonnés , on reconnaîtra que le dernier chiffre n'est pas au-dessus de la réalité.

L*Europe entière s*ébranla en sens opposé»

au bruit de cette nouvelle ! A Rome, le messager qui rapporta fut gratifié de mille pièces d'or. Le pape célébra un service d'actions de grâces avec ses cardinaux, fit tirer le canon au château Saint- Ange, célébrer un jubilé et frapper une médaille. Madrid partagea l'ivresse de Rome. Dans notre Suisse, la nouvelle arriva h la fin d'août. Les églises se prosternèrent dans la poussière, comme des filles à l'ouïe du meurtre de leur mère. A Genève et à Neuchâtel fut ordonné un jeûne public. Il est probable que ce jeûne s'est perpétué dans celui que nous célébrons chaque année au mois de septembre.

Quant aux protestants français , ils n'avaient jusqu'alors combattu que contre la Ligue-, mais dès ce moment ils commencèrent k voir dans leur roi lui-même un ennemi. Lk où la guerre était possible, elle se ralluma avec fureur. On parle encore du siège de Sancerre, dont le pasteur Jean Lerry a écrit les détails jour par jour. Les protestants, assiégés pendant plus de dix mois, finirent par être réduits \k manger des limaces, des taupes , des herbes sauvages , du pain fait avec de la farine de paille hachée et d'ardoises pilées , des harnais de cheval , et même le parchemin de vieux livres détrempé dans de l'eau. Presque tous les enfants au-dessous de douze ans moururent ; un jeune garçon de dix ans disait k sa mère : <( Pour*

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